Le nouveau plan grec est-il trop optimiste?

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Il y a un accord de principe, mais pas encore un accord politique sur le 3e plan d'aide à la Grèce. Le montant de ce troisième plan depuis le début de la crise de la dette grecque, pourrait atteindre 85 milliards d'euros sur trois ans. Que contient l'accord? Est-il tenable?

Le texte de l'accord entre le gouvernement grec et ses créanciers sur un troisième plan d'aide à la Grèce a été déposé au parlement dans la nuit de mardi à mercredi, même si tout n'est pas réglé pour son approbation politique par les partenaires européens du pays.

  • La Commission européenne a mis un bémol en notant qu'il y avait bien un accord, mais "au niveau technique à ce stade", et qu'il fallait désormais "une évaluation politique", sans qu'on sache très bien quelle forme elle devait prendre.
  • Pour le ministre finlandais des Finances Alexander Stubb, parler d'accord est "un bien grand mot". "Il y a encore du travail sur les détails", a-t-il mis en garde mardi. Or, Athènes agit comme si l'essentiel était résolu.

La liste des réformes qui conditionnent ce nouveau financement sur trois ans, pouvant aller "jusqu'à 86 milliards d'euros" selon le projet de loi, a été déposée à l'assemblée (400 pages) en vue d'être ratifiée par les députés.

• Quand? Le Parlement ne précise pas si l'examen du texte en commission débutera mercredi, comme le souhaitait le Premier ministre Alexis Tsipras, ou jeudi. La présidence du Parlement semblait s'orienter mardi soir vers un début des discussions en commission jeudi matin avec une vote en plénière dans la soirée.

Mais outre les doutes sur le calendrier d'adoption de l'accord au parlement grec, où la majorité parlementaire est agitée d'une forte contestation interne, tout ne semblait pas non plus réglé avec les partenaires européens de la Grèce.

Une source européenne a laissé ouverte mardi soir la possibilité que l'accord ne soit pas formellement entériné d'ici au 20 août, date à laquelle la Grèce doit rembourser 3,4 milliards d'euros à la BCE, sachant que reste possible la mise en place d'un prêt-relais de quelques jours pour éviter que la Grèce manque ce paiement.

C'est toujours ce que souhaiterait l'Allemagne: selon l'agence de presse grecque ANA, la chancelière Angela Merkel a de nouveau fait part à Alexis Tsipras de ses réserves sur cet accord en urgence, lui exprimant sa préférence pour le prêt-relais lors d'un entretien téléphonique mardi, le deuxième en deux jours.

La Grèce pourrait organiser des élections anticipées au cas où la coalition gouvernementale obtient moins de 120 voix jeudi au parlement en faveur du texte d'accord avec les créanciers. C'est ce qu'a affirmé Nikos Voutsis, ministre grec de l'Intérieur, au micro de la chaîne de télévision MEGA.
Il estime que si le projet de loi n'est pas approuvé par 120 députés ou plus, cela révèlerait l'existence d'un gouvernement minoritaire incapable de diriger le pays. Il n'y aurait alors "pas d'autre possibilité" que d'organiser de nouvelles élections.
→ Il faut au minimum 120 voix parmi les 300 sièges du parlement pour faire passer des décisions. Si les 300 députés ne sont pas présents, une majorité relative de ces 120 voix doit être obtenue.

• Que contient le plan?

D'ores et dejà figurent dans le projet de loi une réforme du marché du gaz, des transports, de la commercialisation du lait et du pain, la suppression de la plupart des dispositifs de retraite anticipée, la suppression d'avantages sur le prix du carburant pour les agriculteurs, la hausse de certaines taxes mais aussi la baisse ou la suppression de quelques impôts ou charges spéciales, des changements dans les modalités de certains contrôles fiscaux.

  • Privatisations à la chaîne: Les privatisations devraient se chiffrer au total à 6,4 milliards d'euros sur la période 2015-2017, en excluant les participations bancaires: ports, aéroports régionaux et l'opérateur de réseau électrique.

Selon l'accord sur les objectifs budgétaires de la Grèce pour 2015-2018, il est désormais prévu que le pays connaisse un déficit primaire (solde du budget hors remboursement de la dette) de 0,25% du PIB en 2015, avant des excédents primaires de 0,5% du PIB en 2016, 1,75% en 2017 et 3,5% en 2018, au lieu d'excédents chaque année, comme espéré précédemment.

  • Mais l'économie grecque, qui n'a émergé qu'en 2014 d'une longue période de six ans de récession, devrait voir son produit intérieur brut (PIB) replonger de 2,3% en 2015 et de 1,3% en 2016, selon des sources européennes.

• Et la dette? Les excédents primaires devraient donner à Athènes une certaine marge de manoeuvre pour relancer la croissance et aussi, en théorie, pour réduire sa dette colossale. Celle-ci atteint quelque 320 milliards d'euros, soit 170% du PIB, et devrait monter à 200%.

Le Fonds monétaire international, qui a menacé de ne plus participer à l'aide financière à la Grèce si rien n'est fait pour réduire cette dette jugée non viable, tout comme le gouvernement grec, attendent un geste des Européens.

Des sources européennes ont insisté sur la nécessité pour Athènes de commencer par mettre en oeuvre les réformes, afin qu'elles soient sur les rails d'ici octobre, lorsque les créanciers feront un premier passage en revue du programme.

Les mesures pour alléger le fardeau de la dette "interviendront à un stade ultérieur", a indiqué une des sources.

 

• Un plan trop optimiste? Tel qu'il semble se présenter, l'accord n'emballe pas les économistes de Capital Economics, qui le jugeaient mardi construit, malgré les révisions à la baisse, "sur des projections économiques et budgétaires extrêmement optimistes qui pourraient signifier qu'il ne durera pas très longtemps".

Il était contesté aussi par le syndicat communiste PAME, qui appelait à manifester jeudi contre un plan vu comme "un Armageddon pour les travailleurs et les classes populaires".

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