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Nuit blanche et horizon noir

Rédacteur en chef

Un accord boiteux.

La crise grecque et son issue matinale ne sont que le reflet de la faiblesse européenne. Au lendemain de plusieurs mois de négociations, de semaines de dramatisation, d’une nuit blanche bruxelloise, les dirigeants du club monétaire européen n’ont évité que le pire, sans jamais viser le meilleur. Pas de "Grexit" donc ce lundi mais un accord salué, comme il se doit, par un ciel pluvieux.

La zone euro ne retire pas la perfusion de cette Grèce anémiée par des décennies d’indigence politique (domestique) et par cinq années d’austérité imposée. Mais les décideurs continentaux ne lui accordent pas davantage qu’une injection fraîche et surtout austère. Car Athènes signe pour de nombreuses réformes contre un maintien dans la monnaie unique et des milliards qui lui évitent la faillite immédiate – et surtout ce retour à la drachme synonyme d’appauvrissement. Ni l’Europe, ni Athènes ne s’assurent cependant un futur plus rose. Car, hormis les adeptes de la méthode Coué ou les cerveaux biberonnés à l’anti-Keynes primaire, qui peut croire qu’un supplément de cure prescrite depuis cinq ans par leurs dix-huit associés monétaires sortira les Grecs de l’impasse dans laquelle ils se sont fichus (avec la complicité de quelques-uns de leurs créanciers du jour)? Non, l’Epire ou le Péloponnèse ne se mueront pas en Bavière ou en Basse-Saxe méridionales par la simple volonté d’un conseil européen ou d’un Premier ministre grec. Pour ce faire, il aurait fallu y ajouter des moyens et de l’ambition. A minima.

Les chefs d’État ont choisi de continuer sur le chemin qui les a menés exactement où ils sont aujourd’hui. Bref, la zone euro s’aventure dans une sorte de "journée sans fin"…

L’Europe a manqué de panache. Soit la zone euro devait se séparer de ce membre déphasé, au risque toutefois d’une déstabilisation coûteuse de l’ensemble de l’édifice monétaire et d’une facture géopolitique incommensurable. Autrement dit, une option à proscrire. Soit les Dix-huit devaient lui donner cet oxygène économique indispensable, sous la forme notamment d’une réduction drastique de sa dette. Dans la nuit bruxelloise, les chefs d’État ont choisi de continuer sur le chemin qui les a menés exactement où ils sont aujourd’hui. Bref, la zone euro s’aventure dans une sorte de "journée sans fin"…

Le prix de cette pauvreté politique s’entrevoit déjà dans un couple franco-allemand qui n’a plus de "moteur européen" que le nom, et dans ses ratés, à répétition. Le prix de cette pauvreté politique se vérifie (et se vérifiera) surtout dans un accroissement du nombre de désabusés, de dégoûtés qui ne cessent de gonfler les rangs des partisans des partis populistes de gauche comme de droite. Et enfin, ce prix risque tout simplement d’apparaître très vite en Grèce, où Alexis Tsipras accepte ce qu’il a demandé au peuple de refuser, dans cette Grèce qui a un urgent besoin de réformes, dans cette Grèce qui espère un futur. Et à qui on n’offre qu’un passif. Quitte à la perdre.

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