Prêter à la Grèce, ça rapporte pour l'État belge

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Selon une étude, 328,8 millions d’euros ont été engrangés depuis 2010 par l’État belge via les intérêts sur les obligations grecques. Les bénéfices des prêts bilatéraux accordés par la Belgique à la Grèce sont eux plus durs à chiffrer.

C’est une bonne situation ça, créancier d’un pays en crise? Le débat est ouvert en Allemagne, où le ministre des Finances a dû révéler en juin dernier que le pays avait réalisé 1,3 milliard de bénéfices depuis 2009 en retour des prêts accordés à la Grèce. Et puisqu’il n’y en a pas toujours que pour les Allemands, une étude menée au sien de l’Ieseg School of Management par l’économiste belge Eric Dor a tenté d’établir si la Belgique s’était elle aussi enrichie sur les créances octroyées à la Grèce.

Le raisonnement tient sur deux axes. Le premier prend en compte le fait que la Belgique a prêté bilatéralement 1,94 milliard d’euros à la Grèce en 2010. Les intérêts perçus entre 2010 et 2016 sont connus: 142,1 millions d’euros. Mais il reste une inconnue à l’équation, car la Belgique (l’actualité budgétaire nous le rappelle) est elle aussi à la recherche de ses milliards, et a donc dû emprunter pour prêter. Ce n’est qu’en sachant combien ce refinancement a coûté qu’il est possible de savoir si le sauvetage grec a "rapporté".

Entre deux extrêmes

L’étude imagine donc d’abord l’hypothèse arbitraire d’un refinancement à court terme, au coût estimé à 10,9 millions d’euros, ce qui laisserait à la Belgique un bénéfice net de 131,2 millions depuis 2010. Le scénario opposé suppose, lui, que la Belgique a financé son prêt sur base du produit d’émissions d’obligations à 10 ans, bien plus onéreux. Dans ce cas de figure, le prêt à la Grèce représente alors un coût de 284,5 millions. La réponse se trouvant forcément entre ces deux extrêmes, l’étude estime que ce prêt nous aura en réalité coûté entre 25 et 50 millions.

Reste le second axe, qui tient compte des obligations grecques achetées par la Banque nationale de Belgique (BNB) dans le cadre du "Security Market Program" européen. Entre 2010 et 2012, celles-ci auraient rapporté 175 millions. Si à partir de 2013, il a été prévu que les intérêts issus de ces obligations soient reversés à la Grèce, ce mécanisme est passé à la trappe après que le pays ait refusé de se plier à une nouvelle série de réformes en 2015. Les revenus d’intérêts produits en 2015 et 2016 (148,8 millions) ont donc pu être gardés.

Au total, 328,8 millions de bénéfices ont ainsi été engrangés par l’État belge via les obligations grecques. "Il est utile d’observer l’absence totale de préjudice pour la Grèce, qui aurait dû de toute manière payer les intérêts sur ces obligations, quels qu’en soient les détenteurs", note Eric Dor. "Toutefois les pays de la zone euro s’étaient accordés sur le principe d’un reversement de ces intérêts à la Grèce. Il serait évidemment utile pour la Grèce que les reversements reprennent."

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