Tsipras ne veut plus de l'aide internationale

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Tsipras rejette une prolongation du programme d'aide et annonce des mesures sociales après l'austérité ainsi qu'une lutte accrue contre la corruption et l'évasion fiscale. Les risques de tension avec les créanciers internationaux seront au rendez-vous cette semaine.

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Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé dimanche que la Grèce n'accepterait pas une prolongation du programme d'aide financière dont elle bénéficie, laissant craindre des tensions lors du sommet prévu jeudi avec les dirigeants de l'Union européenne qui soutiennent cette solution. 

S'exprimant devant le parlement pour un discours très attendu, Alexis Tsipras s'est dit optimiste sur ses chances de parvenir à un accord avec ses partenaires européens même s'il anticipe des discussions difficiles.

Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, avait déclaré cette semaine qu'Athènes avait jusqu'au 16 février pour demander une prolongation de son programme d'aide, faute de quoi le soutien de la zone euro ne serait plus assuré.

"Le plan de sauvetage a échoué", a-t-il déclaré. "Le nouveau gouvernement n'est pas fondé à demander sa prolongation parce qu'on ne peut pas demander la prolongation d'une erreur".

Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe ©EPA

A la place, Alexis Tsipras souhaite la conclusion d'un nouvel accord avec ses créanciers, accord qui prendrait notamment la forme d'un programme relais valable jusqu'au mois de juin.

Selon lui, la conclusion d'un tel accord qualifié de "NewDeal" pourrait intervenir dans les 15 jours dans le respect des règles communautaires et pourrait constituer une solution viable afin de ne pas plonger le pays dans une nouvelle récession.

Le Premier ministre grec a expliqué aux parlementaires que la Grèce avait l'intention d'honorer le service de sa dette mais que l'austérité ne constituait pas une des obligations européennes de son pays. L'objectif de son gouvernement, a-t-il poursuivi, est de parvenir à un équilibre budgétaire, argument que le nouveau gouvernement fera valoir lors des négociations.


PANSER LES PLAIES DE L'AUSTÉRITÉ

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Le Premier ministre grec a, par ailleurs, promis de tenir "toutes ses promesses de campagne", notamment un plan d'urgence pour réparer "les blessures" dues à l'austérité, et un plan d'action contre la corruption et l'évasion fiscale.

Alexis Tsipras a tout d'abord annoncé des mesures de "justice sociale" pour les personnes aux plus bas revenus, les plus touchées par la crise:

  • rétablissement "graduel" du salaire minimum à 750 euros d'ici 2016 contre 580 actuellement
  • rétablissement du 13e mois en décembre 2015 pour les retraites les plus faibles (en dessous de 700 euros)
  • suppression de la taxe foncière et remplacement par "un impôt plus juste" visant les grands propriétaires
  • hausse du plafond d'exemption de l'impôt à 12.000 euros de revenus
  • électricité, assurance maladie gratuits pour les plus démunis

Sur le plan social, AlexisTsipras a promis:

  • le retour des conventions collectives et la protection contre les licenciements massifs
  • l'âge de la retraite ne sera pas augmenté
  • l'accès aux services publics de santé pour tout le monde
  • des mesures pour faire face au chômage des jeunes
  • des mesures pour promouvoir "la recherche", notamment avec un plan pour faire revenir au pays "les milliers de chercheurs qui l'ont quitté pour trouver de l'emploi à l'étranger"
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En ce qui concerne les privatisations, il a assuré que le gouvernement ne "bradera pas les réseaux et les infrastructures", et que toute privatisation "sera étudiée concrètement (...) pour assurer l'intérêt public".

Alexis Tsipras s'est engagé à "réinstaller" la télévision publique ERT, fermée soudainement par le précédent gouvernement en juin 2013 et remplacée par la NERIT, qui fonctionne actuellement avec un cinquième des 2.600 salariés précédents.

Il a annoncé aussi la création d'un ministère de l'immigration, une première pour la Grèce, visant à protéger "les droits" des migrants. Les enfants nés en Grèce se verront octroyer la nationalité grecque, une question controversée en Grèce.

Le gouvernement va également lutter contre la corruption, la fraude fiscale, et les trafics en tous genres (cigarette, fuel...) qui selon lui privent l'État d'1,5 milliard d'euros chaque année. Pour donner le bon exemple, il va réduire de 40% le personnel et de 30% la garde de ses bureaux, le Palais Maximou.

Enfin, la Grèce va continuer à réclamer à l'Allemagne le remboursement de sa dette de guerre et du prêt auquel les nazis avaient contraint la banque de Grèce pendant la deuxième guerre mondiale.

La Grèce devra tôt ou tard sortir de la zone euro, a estimé l'ancien président de la banque centrale américaine Alan Greenspan.

"Il s'agit d'une crise et je ne pense pas qu'elle puisse être résolue facilement, en fait je ne pense pas qu'elle puisse être résolue sans une sortie de la Grèce de la zone euro", a-t-il déclaré à la radio BBC. 

"Je ne pense pas que cela les aide d'être dans l'euro et je ne vois certainement pas comment cela peut aider le reste de la zone euro. Et je pense qu'il s'agit juste d'une question de temps avant que chacun ne réalise que se séparer est la meilleure stratégie", a-t-il ajouté.

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