Van Rompuy: "Un Grexit serait un échec collectif"

©Dieter Telemans

L’ancien président du Conseil européen est sorti de son mutisme. Il considère qu’une sortie de la Grèce de la zone euro serait un grave échec, mais il refuse d’y voir une question existentielle pour le projet européen.

"Le référendum grec s’apparente à une fuite en avant. Syriza a joué au poker, tablant sur l’espoir que les pays de la zone euro voudraient coûte que coûte conserver la Grèce dans l’euro. Tsipras s’est rendu à Rome et à Paris et il est rentré bredouille. On ne peut quand même pas jouer au poker sur le dos de sa propre population?" Ainsi s’exprime l’ancien président du Conseil européen Herman van Rompuy, dans une interview accordée à nos confrères du "Tijd".

"Personne ne peut prédire ce qu’il va se passer, car il s’agit d’un scénario inédit."

"On ne peut quand même pas jouer au poker sur le dos de sa propre population?"

Il espère néanmoins que la raison l’emportera. "Mon souci, c’est la population grecque. Or, les trois quarts de la population grecque souhaitent rester dans la zone euro. Personne ne peut prévoir ce qu’il va se passer, car il s’agit d’un scénario inédit: celui de la faillite d’un pays développé. En refusant de céder quelques pour cents supplémentaires de son pouvoir d’achat, le Grec risque de perdre un multiple de son pouvoir d’achat. S’il pouvait réaliser cela, le ‘oui’ l’emporterait aisément."

Pas de question existentielle

Il refuse de voir dans la crise grecque une question existentielle pour le projet européen. "Il y a trois ou quatre ans, le risque d’assister à un éclatement de la zone euro était bel et bien présent. Aujourd’hui, la zone euro est économiquement et financièrement beaucoup plus solide. Mais cela n’en reste pas moins un échec politique. Et même si la Grèce devait quitter la zone euro, l’euro ne quittera pas la Grèce. Parce que l’euro est la monnaie qui inspire confiance."

"Nous avons tout essayé pour maintenir la Grèce dans le club de l’euro."

L’ancien président du Conseil réfute même l’idée que la crise grecque puisse diviser l’Europe. "Il faut nuancer. Dans la zone euro, la Grèce s’est retrouvée seule face à 18 États membres. Mise à part la Grèce, la zone euro était parfaitement unie. Au grand dam de certains d’ailleurs. Il n’est donc pas question d’un clivage nord-sud ou gauche-droite sur le dossier grec."

240 milliards en fumée

Mais un vote négatif en Grèce laisserait néanmoins des traces, admet-il. "Si la Grèce devait quitter la zone euro, ce serait un échec et une perte de 240 milliards d’euros. Mais la perte financière n’est pas ce qui importe le plus. L’échec serait surtout de ne pas avoir pu maintenir la zone euro unie. Nous avons toujours pensé que le projet européen était irréversible. L’Union et la zone euro n’ont cessé de s’étendre, en dépit des crises qui ont été traversées. Ce serait la première fois que le club se réduise. Et encore bien à un moment où l’économie européenne reprend du poil de la bête. Si un tel scénario devait se produire, ce serait un échec collectif. Alors que nous avons tout essayé pour maintenir la Grèce dans le club."

D’autant que pendant ce temps-là, d’autres crises s’imposent à l’Europe, au premier chef celle des réfugiés. Van Rompuy appelle à ne pas sous-estimer l’ampleur du problème. "Ce sera assurément la crise majeure que l’Union et ses membres devront gérer au cours de la prochaine décennie."

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