Pierre Mariani: "Je ne suis pas encore parti!"

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Alors que sa succession semble se décider, Pierre Mariani, CEO de Dexia, sort de sa réserve pour la première fois depuis la chute de Dexia. Il revient ainsi sur son éventuel départ et les garanties des États.

Mardi matin. Le CEO de Dexia, Pierre Mariani, sort d’un petit-déjeuner avec Karel De Boeck, désormais candidat officiel de l’État belge à la succession du Français à la tête de la banque résiduelle.

La gouvernance de Dexia est sans conteste l’information de ce début de semaine, mais Mariani temporise. "Ce n’est pas un scoop qu’il va y avoir un nouveau CEO. Jean-Luc Dehaene et moi avons remis notre mandat à disposition du conseil d’administration. Et nous sommes une entreprise cotée, qui doit suivre des règles de gouvernance, même s’il est normal que les États qui apportent les garanties jouent un rôle important dans ce domaine", indique-t-il.

L’homme n’entend pas quitter spontanément le navire. "Pourquoi devrais-je démissionner? J’ai été nommé pour un mandat qui se termine en mai 2013", réagit-il. Et il insiste. "Je ne suis pas encore parti. Le conseil d’administration n’a pas encore mis fin à mon contrat. Et aujourd’hui, je n’ai pas l’impression qu’il y ait un accord au sein du conseil pour modifier la direction du groupe. Il y a certes un accord pour nommer un nouvel administrateur qui peut devenir par la suite président de DCL."

Il rappelle également que de nombreux chantiers sont encore en cours dans le cadre du démantèlement du groupe. "On m’a chargé de certains dossiers auxquels je m’attelle les uns après les autres. La vente de Dexia Banque (Belfius) par exemple. Tout le monde pense que l’opération est terminée: elle l’est au niveau financier, mais pas encore au niveau opérationnel. Le dossier Denizbank, qui est valorisé à 3,6 milliards dans nos comptes consolidés, reste aussi un

Mon contrat court jusqu’en mai 2013, et il n’y a pas de prime de départ si mon contrat s’achève alors

important dossier. Et les articles de presse annonçant des blocages dans le processus de vente étaient faux".

Concernant sa prime de départ, il affirme qu’il n’en a pas été discuté. "Mon contrat court jusqu’en mai 2013, et il n’y a pas de prime de départ si mon contrat s’achève alors. Le gouvernement ne m’a pas demandé de renoncer à une prime, et je n’ai pas demandé à en recevoir une. Ce contrat est la seule réalité. Ma morale est claire: il faut faire la différence entre un pyromane et un pompier."

Bataille de chiffres

Pierre Mariani s’inscrit également en faux contre un certain nombre de chiffres avancés au sujet de Dexia. "Luc Coene dit que nous perdrions 125 milliards si nous devions vendre tous nos actifs aujourd’hui. Ce chiffre est faux. La valeur de marché du portefeuille legacy de 100 milliards est par exemple négative de 17 milliards d’euros", précise Mariani. Il insiste également sur le fait que le rachat en début d’année d’instruments hybrides "Tier 2" a permis de renforcer les fonds propres du groupe de quelque 500 millions.

Il qualifie également de "fantaisie" les propos tenus par Bernhard Ardaen affirmant que Dexia sera chaque année structurellement en perte de 2 à 3 milliards.

Garanties coûteuses

Mariani répète, toutefois, que la situation sera influencée par le coût des garanties des États — un de ses chevaux de bataille. Il estime leur coût annuel entre 450 à 500 millions d’euros, en y incluant les rémunérations des garanties de 2008. "Actuellement, Dexia peut supporter ce poids. A terme, cela ne sera

Si la rémunération des garanties est élevée, notre capital va se réduire

plus le cas. J’ai toujours été clair sur ce point: si la rémunération des garanties est élevée, notre capital va se réduire et cela affaiblira la position de nos garants. Plus notre capital est faible, plus les risques de devoir activer les garanties grandissent". Des garanties dont il affirme toutefois que l’hypothèse la plus probable, à l’heure actuelle, est qu’elles ne seront pas activées. "C’est ce qui ressort de nos projections". Il précise toutefois qu’il pourrait en aller différemment en cas de "nouveau problème important de dette publique", par exemple.

Interrogé sur le plan déposé auprès de la Commission européenne, dont les hypothèses seraient "assez optimistes" pour le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Mariani répond que la stratégie du groupe lui semble "raisonnable". "Dans les circonstances actuelles, le problème le plus important n’est pas la solvabilité, mais la liquidité".

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