interview

"Le MR n'a le nez que sur ses intérêts partisans" (Zakia Khattabi)

©jonas lampens

Elle dit: "Je suis en colère". Cible: le MR et sa "sale campagne" à l’égard des verts. Zakia Khattabi, co-présidente d’Ecolo, n’en finit plus d’y répondre.

Elle est à son tour l’invitée de L’Echo pour une dernière valse de questions avant le scrutin de dimanche. L’actualité qui lui est soumise est nourrie, avec un nouveau cas de fraude électorale présumée à Molenbeek et les déclarations "volées" de Bart De Wever sur la politique de migration de la N-VA et des bienfaits de la filière "Air Francken". Vamos!

Nouvelle affaire de fraude électorale présumée à Molenbeek. Il est question cette fois de facilités médicales au profit du PS. Réaction?
Je veux qu’on nous garantisse que dimanche, les choses se passeront proprement à Molenbeek comme ailleurs. On vérifiera. Je voudrais interpeller DéFI, le cdH et le MR qui, après les élections communales, ont mandaté un avocat pour creuser l’affaire mais n’ont rien fait du rapport pourtant accablant. Le cdH vient de rendre l’histoire publique, pourquoi est-ce que cette information n’est pas sortie plus tôt? Pour madame Schepmans (ex-bourgmestre MR de Molenbeek et tête de liste à la Région, NDLR), était-ce le prix à payer pour rester dans la majorité? Pourquoi DéFI n’a rien dit? Ce sont de vraies questions. À Neufchâteau, à Molenbeek, il ne s’agit pas que d’affaires individuelles, c’est un système et il perdure.

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Que pensez-vous de l’exclusive formulée par Maxime Prévot à l’égard de la N-VA?
Je lis tous les jours un propos différent. Un pas en avant, un pas en arrière en fonction du vent. Je jugerai sur les actes. Quant à la dernière actualité de la N-VA, je ne sais pas ce qui est le plus glaçant, les propos de Bart De Wever où les rires de l’assemblée. L’affaire met en lumière leur stratégie et permet de relire l’histoire. Je pense notamment au moment où Theo Francken avait été dénoncé par ses partenaires de majorité pour avoir libéré 200 criminels ou au trafic de visas humanitaires. La N-VA organise la crise de l’accueil pour construire un récit. Elle instrumentalise la migration pour ce qu’il y a de pire comme projet politique. Le tableau est terrifiant. C’est fou de voir le MR s’acharner à nous critiquer et à nous faire des procès d’intention sans condamner les pratiques ignobles de Theo Francken. Georges-Louis Bouchez s’était ému que l’on parle de rafle, à une époque. Aujourd’hui le MR fait preuve d’une mansuétude incroyable. Il se pince le nez sans condamner.

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Georges-Louis Bouchez, porte-parole de la campagne MR, a douté de votre intelligence sur Twitter. Vous vous attendiez à ce type d’attaque?
Il passe d’une grossièreté et d’une insulte à l’autre. Ça fait longtemps que je ne le suis plus sur Twitter.

"Le silence de Françoise Schepmans était-il le prix à payer à Molenbeek?"

Le président du cdH affirme haut et fort que voter Ecolo, c’est voter PS. La tonalité de votre "duel" avec Elio Di Rupo dans le cube de la RTBF peut alimenter cette perception, non?
Il faudrait que j’invective M. Di Rupo pour montrer qu’on n’a pas d’accord préélectoral? Olivier Chastel et Benoît Lutgen se sont embrassés après leur duel dans ce même cube. Dois-je en conclure qu’ils ont signé un pacte? M. Prévot ne cesse de dénoncer la violence de la campagne et voici comment il réagit quand il assiste à un débat respectueux. C’est une fuite en avant sur une terre brûlée. Ceux qui ont bien écouté ce débat auront repéré les grandes différences entre les projets des écologistes et ceux du PS.

Revenons sur ce fameux tract "communautariste" que vous avez condamné. Pouvez-vous clarifier les positions d’Ecolo?
Le tract dit qu’Ecolo est pour le port du voile à l’école sans mettre notre commentaire, ce n’est pas juste. Notre postulat, c’est la liberté de choix. Nous assumons l’interdiction du voile dans l’enseignement primaire et dans le secondaire jusqu’à l’âge de discernement, soit autour de 15-16 ans. Mais cela devra faire l’objet d’une décision collective.

"C’est fou de voir le MR nous critiquer sans condamner les pratiques ignobles de Theo Francken."

Et sur le voile au guichet des administrations?
À Bruxelles, il y a la jurisprudence Actiris. Dans notre programme, c’est l’interdiction pour les fonctions d’autorité mais le guichet n’est pas stipulé. À Bruxelles nous nous sommes alignés sur la jurisprudence Actiris (l’autorisation du voile pour tous les fonctionnaires). Il y a une différence entre les Bruxellois et les Wallons, je confirme.

Le voile est-il un frein à l’émancipation des femmes, selon vous?
On peut philosopher sur la question et puis il y a la réalité. Aujourd’hui, des jeunes femmes médecins, avocates, prof, etc., ne trouvent pas de job, des artistes n’ont pas accès à nos académies parce qu’elles sont voilées. Autant, historiquement, de leviers et d’espaces d’émancipation des femmes – l’emploi, l’enseignement dont on leur refuse l’accès au nom précisément de leur émancipation… Quel paradoxe. Et c’est une féministe qui vous le dit!

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Et sur l’abattage rituel sans étourdissement?
Nous avons voté pour le décret bien-être animal du ministre wallon Di Antonio. Il y a eu une abstention dans le groupe pour attirer l’attention sur le fait qu’il ne suffit pas de traiter un seul point du problème puisque l’interdiction conduit à ce que les bêtes soient emmenées en Allemagne ou aux Pays-Bas dans des conditions atroces. À Bruxelles il n’y a pas eu vote. La question nous a été posée par Gaïa. Notre réponse a été: nous sommes pour le bien-être animal en disant attention, le décret flamand est attaqué et on n’a rien réglé puisque les bêtes sont abattues à l’étranger. De ce point de vue-là, le tract était faux également puisqu’il disait que les écologistes sont pour l’abattage rituel sans étourdissement. Je signale que suite à notre réponse, Gaïa a appelé à voter pour le Vlaams Belang. Hors Gaïa, les organisations de défense des animaux ont mis 10 sur 10 à Ecolo.

Gaïa met Zakia Khattabi en demeure pour diffamation

Gaïa a tenu à répondre aux propos de la co-présidente d'Ecolo. "Nous sommes sidérés", a réagi Michel Vandenbosch, le président de l'association. "Gaïa n’a jamais appelé à voter pour le Vlaams Belang." L’association de défense des animaux a chargé son avocat de mettre en demeure Zakia Khattabi et de la citer pour diffamation devant le tribunal de Bruxelles.

Pouvez-vous dresser la liste des produits que vous voulez taxer davantage?
On veut rendre les choix les moins propres sur le plan environnemental mois attractifs. Ça ne passe pas que par la hausse des taxes. Alors oui, j’assume la hausse pour le kérosène. Mais pour les produits alimentaires, nous prônons une baisse de prix des produits bio, non transformés et de circuit court, avec une baisse de TVA jusqu’à 0%. Ainsi qu’une diminution de la TVA pour les travaux d’isolations, etc.

"Le hold-up du MR sur cette campagne est indigne du parti d'un Premier ministre."

Vous prônez une baisse de la consommation de viande.
Oui mais ça n’a pas de lien avec la fiscalité. Il faut accompagner ce changement de comportement par une offre alimentaire différenciée. Il n’a jamais été question de changer le prix de la viande. Je suis indignée par le hold-up qu’a fait le MR sur cette campagne. C’est indigne du parti d’un Premier ministre. Je le dis avec colère. Je ne partage pas le projet politique de Charles Michel, ce n’est pas un scoop, mais cette campagne aurait dû tourner autour de la question environnementale. La signature en bas de l’accord de Paris, ce n’est ni la mienne ni celle de Jean-Marc Nollet, c’est le Premier ministre qui a engagé le pays vers ces objectifs. Notre projet est clair: tout notre programme se décline autour de l’enjeu environnemental. On a une vision économique qui n’est pas le désert économique mais qui n’est pas celle du MR basée sur la financiarisation, les multinationales et les intérêts notionnels.

La droite vous qualifie de culpabilisateurs…
Ce sont eux les culpabilisateurs. À chaque fois que je croise Didier Reynders, il me parle des écotaxes. Il parle d’un gouvernement dans lequel il était. Moi j’étais encore à l’école. Ma vision écologiste s’inscrit dans son temps et fait des choix positifs. Notre responsabilité est de créer un cadre pour que les comportements ne soient pas préjudiciables. Charles Michel a augmenté les accises sur le diesel tout en désinvestissant dans la SNCB. Ça, c’est punitif et je comprends qu’on s’en indigne.

"Benoît Lutgen et Olivier Chastel se sont embrassés. Dois-je en conclure qu’ils ont signé un pacte?"

Votre écologie semble axée sur les choix individuels, diriez-vous qu’elle est libérale?
Absolument, il s’agit bien sûr d’un libéralisme philosophique. C’est ce qui nous différencie de la droite du tout au marché et de la gauche du tout à l’État. L’écologie c’est le développement de l’autonomie. C’est notamment pour cela que notre projet économique fait des indépendants et des PME nos alliés objectifs.

©jonas lampens

Après cette campagne est-il encore possible pour Ecolo de négocier avec le MR?
Nous voulons une coalition climatique. Les partis traditionnels n’ont pas intégré la nécessité de réformer le système. Ils n’ont fait que rajouter un chapitre environnemental à leur programme qui n’est souvent articulé qu’autour de deux enjeux: la mobilité et l’énergie. Nous pensons qu’il faut un basculement plus global et qu’il faut réorienter le système économique au départ de nos territoires. Nous verrons, sur base des résultats, où l’on peut peser le plus pour aller dans cette direction. Bien sûr, c’est plus confortable de discuter avec quelqu’un qui n’a pas passé 300 jours à vous insulter et à désinformer sur votre projet. C’est inquiétant de considérer que le débat politique se résume à cette guerre de tranchées dans laquelle nous a amené le MR. Charles Michel a fait du mal à la communauté nationale. Le MR n’a le nez que sur ses intérêts partisans.

Politiquement, vous vous sentez plus proches du PS ou des libéraux?
En tout cas je me sens plus respectée par les uns que par les autres. Mais sur la question environnementale, les uns ne rattrapent pas les autres.

Vous ne dites pas pour autant "on ne gouvernera pas avec le MR"?
Non je ne veux pas le dire, il y a l’électeur…

Qui a peut-être envie de savoir...
Je gouvernerai avec ceux qui me permettent d’aller le plus loin dans la course aux engagements des accords de Paris.

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