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Les coulisses de la rédaction

©Nicolas Vadot

Alors, vous montez dans le bus ou pas? / Photo truquée pour une colère exprimée / Votre adresse mail est francophone ou néerlandophone? / Quand l'Europe se protège des "dangereux journalistes" / Un Wallon pur jus dans la presse satirique flamande / Un poisson et deux tortues.

Ah, c’est comme ça…

Lundi, jour de grève partielle à la Stib. Un métro de temps à autre, annoncé dans les 3 minutes… pendant une demi-heure, des trams épisodiques et des bus sporadiques. L’un de ceux-là justement, un 71, reliant le centre-ville à Ixelles, s’arrête à hauteur d’un arrêt bondé. Va-et-vient des passagers grognons. L’un d’entre eux s’attarde. Vite rabroué par le chauffeur, visiblement de méchante humeur: "Alors vous montez ou pas, je n’ai pas que ça à faire!". Placide, l’usager (peut-on encore parler de "client"… ?) répond en montant, "je n’ai pas tout mon temps non plus, mais c’est vous qui faites grève!"

Le sang du bouillant chauffeur ne fait qu’un tour. "Ah c’est comme ça? Tout le monde descend, je pars en grève!" Son collègue du bus suivant s’interroge en voyant autant de monde prendre son engin d’assaut. "Que se passe-t-il?". "Votre collègue pète un câble et fait grève", explique une étudiante entre deux sms. "Ah bon", lâche-t-il redémarrant.

Fleuve, jardins et laminoirs.

La vie de Stéphan Jourdain, malgré une homonymie moyen-orientale, n’est pas un long fleuve tranquille. Et le moins que l’on puisse dire est que son arrivée à la tête des Laminoirs de Longtain n’est pas passée inaperçue. L’accueil des travailleurs et des délégués syndicaux fut musclé.

©Stéphan Jourdain

Ceci étant, ces derniers ne manquent pas d’humour. Quelle ne fut pas la surprise du nouvel occupant des lieux de découvrir l’efficacité du programme Photoshop. En effet, les syndicalistes ont récupéré une image de Stéphan Jourdain et de Serge Kubla (alors ministre de l’Économie et du Tourisme de la Région wallonne) posant devant les jardins d’Annevoie. Sur la photo, le bras de Stéphan Jourdain, replié, se tendait vers Serge Kubla. Les travailleurs de Longtain, en colère face aux licenciements annoncés, ont retouché la photo pour ajouter une enveloppe dans la main de Jourdain, référence aussi imagée que directe aux pratiques reprochées récemment par la Justice à Serge Kubla. Ambiance, ambiance!

Mail francophone grippé.

On a déjà tout écrit concernant l’état lamentable du réseau informatique de la Justice. Nous en avons encore eu la preuve cette semaine dans le cadre du procès opposant Ageas et trois de ses anciens dirigeants à la FSMA. Lorsque la présidente de la cour a vérifié si elle avait bien reçu par mail les conclusions des différentes parties, il s’est avéré que seuls les dossiers qui avaient transité par l’adresse mail néerlandophone de la cour étaient passés. Les dossiers envoyés par l’adresse francophone ne sont jamais arrivés! Encore un effet pernicieux de la scission de l’arrondissement judiciaire. Une investigation s’impose!

La face cachée de l’Europe.

Dans quelques mois, l’Europe sera gouvernée depuis un nouveau bâtiment bruxellois dénommé "Europa". Le lieu abritera les réunions des 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne. Mardi dernier, la fédération représentant les entreprises belges de grands travaux invitait la presse à découvrir ce prestigieux immeuble. Flanqué entre le Juste Lipse et le Résidence palace, en face du Rond-Point Schuman et du Berlaymont, il est sorti tout droit de l’imaginaire de l’architecte Philippe Samyn.

Les travaux ne sont pas terminés, mais l’intérieur peut enfin être visité. Autant dire que l’occasion était unique pour les journalistes de découvrir – et de faire découvrir à leurs lecteurs – un joyau d’architecture. Hélas, en dernière minute, la Régie des Bâtiments a interdit à la presse d’entrer sur le site "pour des motifs de sécurité". Alors que bon nombre de visiteurs ont pu déjà le découvrir. Les journalistes sont-ils désormais considérés comme des terroristes potentiels?

Flamingants et wallingants, même combat…

Jules Gheude, le fils spirituel de François Perin, lui-même chantre du rattachement de la Wallonie à la France, a choisi la presse flamande pour présenter son dernier livre "François Perin, une plume. L’œuvre écrite". Et pas n’importe quelle presse flamande puisqu’il s’agit de "‘t Pallieterke", un journal satirique flamingant. La publication, qui doit son nom au roman "Pallieter" de Felix Timmermans, se veut "une revue pour les personnes de mauvais caractère mais de bon cœur".

De flamingante, catholique avec un zeste d’anarchisme à ses débuts en 1945, la ligne éditoriale est devenue nationaliste et conservatrice. Karel Dillen, fondateur du Vlaams Blok (devenu Vlaams Belang), comptait parmi les chroniqueurs réguliers du Pallieterke tout comme Gerolf Annemans aujourd’hui.

Interviewé par l’ancien rédacteur en chef de Trends-Tendances, Frans Crols, Jules Gheude expose sa vision sur l’avenir – ou plutôt le non-avenir – de la Belgique. "Jour après jour, j’observe la poursuite du démantèlement de la Belgique, comme un processus irréversible." Mais comme le parti Rattachement Wallonie-France de Paul-Henry Gendebien n’atteint que péniblement 0,5% des intentions de vote, Gheude suggère de procéder par référendum.

Comme Bart De Wever, il plaide pour une démocratie directe, libérée des filtres que constituent les partis politiques et les organisations qui structurent la société civile. Quant à Bruxelles qui ne l’intéresse guère, Gheude en ferait volontiers une "ville-Etat", siège des institutions européennes et de l’Otan. On se croirait revenu 200 ans en arrière, lorsqu’au Congrès de Vienne, on a redessiné la carte de l’Europe occidentale.

Un poisson qui n’est qu’une demi-blague.

Olivier Willocx, l’administrateur-délégué du Beci (Chambre de Commerce et de l’Union des Entreprises de Bruxelles), a pas mal d’humour. Le 1er avril, voici le texte qui est arrivé dans la boîte mail de près de 40.000 personnes, sous le titre "Bien-être animal: jusqu’où?".

"La ville de Bruxelles ferme le bois de la Cambre jusqu’à la fin du printemps, tant pour les piétons que pour les véhicules. La raison évoquée: la préservation de l’habitat d’un couple de tortues des Galapagos entraperçu rue de Floride ce lundi et probablement relâché par un habitant. En tant qu’espèce en voie d’extinction, il serait important de respecter leur intimité.!?!" Et la réaction d’Olivier Willocx de fuser.

"Souhaite-t-on réellement empêcher les 15.000 navetteurs qui entrent dans Bruxelles par le bois, de rejoindre leur poste de travail? Qui paiera le déficit des entreprises dont les travailleurs perdront, chaque jour, 1 à 2 heures dans leur voiture? Ne peut-on pas contacter Pairi Daiza pour régler au plus vite cette situation qui risque de devenir intenable pour la mobilité dans l’ensemble de la ville?

Où s’arrête le bien-être animal, où commence la réalité économique?".

Le tout, signé par l’administrateur délégué du Beci.

Bien entendu, ceci n’était qu’un poisson. Olivier Willocx s’est en quelque sorte auto-parodié, réagissant à une information qu’il avait lui-même inventée. Un bel exercice de style. Et pas mal de gens sont d’ailleurs tombés dans le panneau, notamment du côté de Bruxelles-Environnement (IBGE) ou de divers cabinets politiques, qui s’étonnaient de ne pas avoir été avertis de la mesure (et qui avaient oublié que nous étions le 1er avril).

Mais Olivier Willocx avoue aussi que ce n’était là qu’une demi-blague. Voici quelques années, une échevine écolo a proposé de protéger la nidification de chauves-souris dans le bois de la Cambre et d’en fermer certaines parties aux automobilistes.

Certains élus rêvent même de le fermer entièrement, dit-il. Allez, vivement le 1er avril 2016!

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