C'est le grand retour de l'extrême-droite au parlement allemand

La foule est descendue dans la rue pour protester contre l'AfD, parti anti-islam, anti-immigration et anti-euro. ©EPA

Si le CDU est arrivé en tête des élections législatives de dimanche, l'heure n'est pas à la fête pour Angela Merkel. La chancelière allemande va désormais devoir composer avec une extrême-droite entrée au Bundestag et un SPD qui refuse de reconduire l'actuelle coalition.

Angela Merkel risque de devoir se mettre au reggae… Sa réélection pour un quatrième mandat consécutif à la Chancellerie fédérale devrait laisser un goût amer dans la bouche de la cheffe du parti chrétien-démocrate (CDU). Sa formation et ses alliés bavarois du CSU sont, certes, arrivés largement en tête lors des élections législatives organisées aujourd’hui.

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-> les Conservateurs (CDU/CSU): 33% (-8,5)
-> Les Sociaux-démocrates (SPD): 20,5% (-5,2)
-> L'Alternative pour l'Allemagne (AfD): 12,6% (+7,9)
-> Les Libéraux (FDP) : 10,7% (+5,9)
-> La Gauche radicale (Die Linke): 9,2% (+0,6)
-> Les Ecologistes (Verts):8,9% (+0,5)

L'AfD devient ainsi après une campagne particulièrement agressive et aux relents xénophobes la 3e force du pays. Ce parti anti-élite, anti-islam et anti-Europe peut espérer près de 90 députés. L'élection de députés AfD au Bundestag constitue un tournant dans l'histoire allemande d'après-guerre. Cette nuit, de nombreux allemands, surtout des jeunes, sont descendus dans la rue pour scander leur colère face au score de 13% obtenu par les nationalistes.

1 million
Près d’un million d’électeurs qui avaient voté pour la Chancelière il y a quatre ans se sont tournés aujourd’hui vers l’extrême-droite

Moins d’une heure après la fermeture des bureaux de vote à 18 heures, Angela Merkel faisait grise mine devant ses supporters pour prononcer son discours de " victoire ". Après douze années à la tête du gouvernement, l’usure du pouvoir semblait marquer son visage qui était, ce soir, encore moins expressif et chaleureux qu’à l’accoutumée. La CDU et le CSU ont en effet vu leur score s’effondrer de 8,3% depuis 2013. Même le SPD parvient à faire " mieux " avec un recul de 4,9%. Près d’un million d’électeurs qui avaient voté pour la Chancelière il y a quatre ans se sont tournés aujourd’hui vers l’extrême-droite. Les Libéraux sont les autres grands gagnants de ce scrutin (+5,3%) après leur déroute de 2013 qui ne leur avait pas permis de rester au Bundestag. Dans les Etats-région de l’ancienne RDA, les chrétiens-démocrates ont reçu une gifle encore plus brutale. Si le parti au pouvoir reste en tête (26,5%), il est désormais menacé directement par l’AfD (21,5%) et Die Linke (16,5%) qui rassemblent tous les mécontents comme les retraités aux revenus dérisoires et les mal payés qui ne comprennent pas pourquoi les demandeurs d’asile obtiennent souvent plus d’aides publiques qu’eux.

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Incapable d’obtenir seule une majorité absolue au Parlement, Angela Merkel va devoir former une coalition gouvernementale. Une nouvelle union avec le SPD est mathématiquement possible puisqu’elle pourrait rassembler 357 des 631 sièges à la Chambre basse. Mais plusieurs dirigeants sociaux-démocrates ont déjà fait savoir qu’ils souhaitaient retourner sur les bancs de l’opposition. Leur dégringolade continue à chaque scrutin prouve, selon eux, que leurs électeurs ne veulent plus les voir former de grande coalition avec les conservateurs.

Pour rassembler une majorité, la Chancelière devrait donc, logiquement, nouer une alliance avec le FDP et les Verts. Ensemble, les trois partis réuniraient 347 sièges au Bundestag. Cette coalition " jamaïcaine " (les couleurs des trois formations sont celles du drapeau de cette île des Caraïbes) a déjà été formée dans plusieurs Etats-régions mais elle risque de ne pas simplifier la vie d’Angela Merkel. Pour entrer au gouvernement, les Verts pourraient en effet exiger des mesures qui risquent de freiner la croissance économique du pays et de compliquer la vie de nombreuses entreprises notamment dans l’industrie automobile. Les libéraux ne sont, quant à eux, pas favorables aux projets de réforme de la zone euro souhaités par la Chancelière. Certaines victoires ressembleraient presque à des défaites…

Aux cris de "tout Berlin hait les nazis", "nazis dehors" ou encore "le racisme n'est pas une alternative", les manifestants, plutôt jeunes, ont laissé éclater leur colère. ©AFP

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