Pourquoi la crise des réfugiés n'a pas pénalisé Angela Merkel

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L’arrivée de 1 million de demandeurs d’asile en 2015 ne devrait pas trop fragiliser Angela Merkel dans les urnes.

La boucle est bouclée pour Amir. Ce jeune Afghan de 19 ans arrivé en Allemagne il y a tout juste quatre ans a enfin décroché son premier contrat à durée indéterminée. Depuis quelques mois, il travaille dans le supermarché Rewe situé à deux pas de la maison dans laquelle il habite avec ses parents et une autre famille originaire de Kaboul. Lorsqu’ils sont arrivés à Neuried, tout près de Munich en Bavière, ces demandeurs d’asile ont suscité la curiosité des locaux qui n’avaient pas l’habitude de voir des migrants dans leur commune. Les plus jeunes ont vite rejoint les bancs des écoles locales et leurs aînés ont suivi des cours d’allemand. Leur intégration est aujourd’hui parfaitement réussie.

Cet exemple résume bien l’incroyable défi que l’Allemagne est parvenu à relever lors du troisième mandat d’Angela Merkel à la chancellerie. En 2015, près de 1 million de demandeurs d’asile sont arrivés en république fédérale suite à la décision du gouvernement d’ouvrir ses frontières afin d’éviter une catastrophe humanitaire.

"Les Allemands sont, dans leur grande majorité, très fiers de la manière dont ils ont agi en 2015."
isabelle bourgeois
Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine

Aux quatre coins du pays, des gymnases, des salles polyvalentes et des bureaux inoccupés ont été réquisitionnés pour héberger ces migrants.

La plupart de ces centres d’urgence ont depuis fermé leurs portes mais beaucoup reste encore à faire pour intégrer durablement ces étrangers. "Il faudra au moins une génération pour que ces demandeurs d’asile s’insèrent totalement dans la société, prédit Henrik Uterwedde, le directeur adjoint de l’Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg. C’est un défi de longue haleine mais il reste jouable." Cette vague massive d’immigration a "changé l’Allemagne", pense Guntram Wolff, le directeur du think tank bruxellois Bruegel. Les experts sont tous d’accord sur ce sujet.

Conséquences psychologiques

"Macrosociologiquement parlant, la crise des réfugiés ne va pas changer grand-chose à la société allemande, confirme Henrik Uterwedde, mais elle va avoir des conséquences durables sur la psychologie de mes concitoyens et sur le paysage politique local et national." Cette arrivée de demandeurs d’asile a, tout d’abord, fait comprendre "pour la première fois aux Allemands qu’ils vivaient dans un pays d’émigration, juge Siebo Janssen, professeur de sciences-politiques et d’histoire contemporaine à l’Université de Cologne. À l’opposé, de plus en plus de personnes estiment que cette crise a prouvé que les partis traditionnels n’étaient pas parvenus à contrôler cette situation et ils ont préféré se tourner vers des formations extrémistes comme l’AfD".

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Pendant un temps, les analystes pensaient que ce dossier pouvait compromettre la réélection d’Angela Merkel. La question des demandeurs d’asile est pourtant devenue assez marginale dans la campagne électorale. Ce constat s’explique…

Le nombre de migrants a tout d’abord fortement chuté ces deux dernières années. "Tout est revenu à la normale, résume Henrik Uterwedde. L’Etat contrôle aujourd’hui le dossier." La Chancelière répète à l’envi que la situation de l’été 2015 "ne peut et ne doit pas se répéter". Sa campagne pour la sécurité et l’ordre et sa promesse d’expulser 300.000 migrants dont la demande d’asile a été rejetée ont rassuré sa base électorale. "Elle a aussi choisi de combattre le mal à sa source en travaillant avec la Turquie et les pays d’Afrique du Nord pour ralentir les départs de réfugiés vers l’Europe", note Isabelle Bourgeois du Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine (Cirac).

Pas d’exploitation électorale

Les grands partis ont également refusé d’utiliser ce dossier à des fins électorales pour ne pas raviver des tensions dans la société. Les Bavarois de la CSU, qui ont longtemps critiqué leurs alliés de la CDU, sont rentrés dans les rangs après la déclaration de candidature de Martin Schulz qui a rapidement fait grimper le SPD dans les sondages.

Les sociaux-démocrates, les verts et l’extrême gauche peuvent, eux, difficilement condamner l’accueil de demandeurs d’asile dans leur pays.

"Et puis, les Allemands sont dans leur grande majorité très fiers de la manière dont ils ont agi en 2015, conclut Isabelle Bourgeois. Ils se sont montrés dignes de leur Constitution et de son article 1 qui porte sur le respect de la dignité humaine. Ils ont compris que l’Etat avait cherché à répondre à une situation d’urgence et qu’il tentait aujourd’hui de mieux contrôler l’arrivée des migrants. L’élection de dimanche ne changera rien à cela et ce, quel que soit le résultat des extrémistes de l’AfD."

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