analyse

Des communales en guise de répétition générale

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Les enjeux des élections de dimanche sont locaux mais le scrutin, premier test électoral depuis 2014, préface aussi les législatives et régionales de mai 2019.

Dimanche, à 18h, les jeux seront faits. Les urnes auront rendu leur verdict. Un verdict qui aura un impact à plusieurs niveaux. Les enjeux de ces élections ne se limitent en effet pas aux frontières des 589 communes du pays. Le scrutin a beau avoir pour but d’élire une nouvelle majorité au conseil communal et de nouveaux conseils provinciaux, il aura aussi des répercussions en cascade. Ces élections seront aussi un baromètre de la santé des partis, et un pré-test pour le prochain grand rendez-vous de mai 2019…

Revenons quelques instants sur la campagne qui a animé ces derniers mois. Une campagne qui a eu un visage bien différent, que l’on se situe du côté francophone ou en Flandre. "Du côté francophone, on a assisté à une campagne plus terre à terre, centrée sur les préoccupations des citoyens, sur les enjeux comme l’aménagement du territoire, la mobilité, et pas une campagne fortement marquée par des affrontements idéologique et politique. Il y a évidemment eu des peaux de banane, des tensions, des insultes parfois, mais je ne pense pas que ces phénomènes soient en augmentation. Ils ont juste été plus visibles avec les réseaux sociaux et la plus forte médiatisation", analyse Jean Faniel, directeur du Crisp.

En Flandre par contre, la campagne a été plus tranchée, idéologique et politisée en termes d’affrontement et projets de société. On l’a notamment vu avec la N-VA et sa campagne centrée sur l’identité et la sécurité. Mais pourquoi ces différences? "En Flandre, il y a beaucoup plus de listes déposées sous le numéro régional du parti qu’en Wallonie: plus de 500, contre environ 200 en Wallonie." La campagne serait donc plus politique parce que les listes sont plus politiques. Et le scrutin sera donc plus lisible en Flandre qu’il ne le sera en Wallonie.

Venons en à présent aux enjeux.

1. La gestion communale

"Il ne faut jamais perdre de vue que le premier enjeu de ces élections communales, rappelle Jean Faniel, c’est la gestion de la commune. Comment vont évoluer la qualité de vie, la qualité des services proposés aux citoyens, aux entreprises, aux acteurs sociaux et culturels?" Il faut donc d’abord voir ces élections pour ce qu’elles sont: on choisit des dirigeants qui ont des projets, qui peuvent être différents voire antagonistes d’une formation politique à l’autre.

2. Les listes citoyennes, qui sont en progression, vont-elles brouiller les cartes?

Ces listes permettent plus de plasticité, et donc de retrouver des candidats de plusieurs sensibilités pas tout à fait identiques, mais a priori compatibles. "Et cela peut prendre des formes différentes: un cartel MR-Ecolo, des listes PS-MR-cdH. On a donc un phénomène de plus forte cartélisation que l’on retrouve essentiellement aux communales, avec une moindre politisation des enjeux. Excepté peut-être dans les grandes villes où les listes sont davantage étiquetées. Et cette tendance se renforce avec les listes citoyennes qui sont, en effet, plus difficiles à cerner idéologiquement."

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3. Le scrutin va-t-il être un pré-test pour les régionales et les législatives?

Pour le savoir, c’est surtout au niveau des provinciales qu’il faudra scruter les résultats. Les choix qui se posent y sont beaucoup plus politiques. Du côté du MR, il faudra voir si l’électeur sanctionne la suédoise. Le PS, qui a actuellement trois majorités provinciales en tandem avec le MR, va-t-il les reconduire, au risque de ne pas plaire à sa base, notamment son aile syndicale? Les choix que feront les socialistes s’annonceront comme un signal lancé pour 2019…

"La N-VA a la volonté de développer son enracinement local."
Jean Faniel
Politologue au Crisp

En Flandre, la forte polarisation du débat laisse déjà augurer de la prochaine campagne électorale. Et à ce jeu, c’est la N-VA qui joue le rôle de locomotive. "Elle part du principe qu’avoir des positions plus tranchées peut lui profiter pour ces communales. Elle a la volonté de développer son enracinement local, et, ce faisant, elle se positionne déjà dans la campagne pour les élections de mai, campagne qui va démarrer le 15 octobre", constate le politologue. Pour les nationalistes flamands, les communales vont faire office de tremplin sur lequel ils espèrent placer des bourgmestres et échevins qui pourront ensuite se présenter comme des candidats forts aux régionales et législatives, plus qu’en 2012.

4. Quel impact auront les affaires comme Publifin ou le Samusocial?

"Il y a un an, j’aurais pensé que les choses n’allaient pas se tasser, et que l’on découvrirait d’autres cadavres dans les placards, explique Jean Faniel. Il y a quelques mois, on a eu le sentiment que tout était retombé. On n’a pas ouvert les placards, il n’y a pas eu de nouvelles données pour maintenir la tension." Puis Dominique Drion et André Gilles sont revenus (ils ont été nommés au conseil d’administration de Publipart), comme une piqûre de rappel… "Est-ce que cela a été délibéré, histoire de rappeler ces affaires aux électeurs, ou est-ce un hasard du calendrier, je ne sais pas, mais cela a remis la question à l’avant-plan dans les débats et ça a secoué le cocotier." Cela aura-t-il un impact dans les urnes? "On s’agite beaucoup dans le microcosme politico-médiatique, mais cela risque de passer au-dessus de la tête de beaucoup de gens…" Et a contrario, l’enracinement local fort dont bénéficient les partis dans le cadre des communales pourrait aussi jouer le rôle de rempart face à ces événements.

5. En laissant tomber leurs numéros de listes, les partis cherchent-ils à se rendre plus propres? Cela peut-il être payant?

Pour Jean Faniel, il y a en effet probablement une volonté de ne pas mettre en avant une étiquette qui a pu poser problème ou qui ne fonctionne plus très bien. Les étiquettes de partis sont maintenues surtout dans les communes où les partis sont bien implantés. "Ils tablent sur une stratégie marketing, en se disant autant miser sur une marque connue qui fera mieux vendre que si on change le nom. Mais on peut y voir aussi une stratégie visant à contourner les exclusives." Une volonté de ne pas agiter le chiffon rouge face à l’électeur, ou face au possible partenaire… Un exemple? "À Charleroi où, alors que Paul Magnette a déclaré ouvertement ne plus vouloir de majorité avec le cdH de Benoît Lutgen, est apparue une liste C +(qui mise sur le C de cdH et le C de Charleroi). Pour l’échevin cdH, ce sera l’occasion de dire ‘regardez, on n’a pas l’étiquette cdH, vous pouvez nous prendre dans votre majorité’."

6. Le cdH et son président Benoît Lutgen, a-t-il plus à perdre que les autres partis?

"Soit Lutgen en sort à peine égratigné, voire renforcé, et Bastogne restera un épiphénomène. Soit il boit le bouillon face à son frère, et là ce sera très difficile à supporter pour lui en tant que président de parti."

Benoît Lutgen est le seul président de parti francophone vraiment en danger. Les affaires n’ont pas épargné son parti, et le coup du 19 juin et l’éjection du PS de la majorité wallonne pourrait aussi peser dans la balance. Résultat, son combat fratricide à Bastogne est à double tranchant. "Soit Lutgen en sort à peine égratigné, voire renforcé, et Bastogne restera un épiphénomène. Soit il boit le bouillon face à son frère, et là ce sera très difficile à supporter pour lui en tant que président de parti. A fortiori si son parti connaît un recul important dans d’autres communes où il n’est pas en excellente position", analyse Faniel. Trois communes seront à suivre: Mouscron, Namur, Marche-en-Famenne, qui pourraient être des arbres qui cachent la forêt. Ces villes où ils sont en position de force ne cacheront-elles pas de nombreux échecs? Pour Faniel, il faudra aussi être très attentif au niveau provincial. "En 2012, le cdH avait fait 17%. Un score qui semble aujourd’hui inatteignable. Fera-t-il pareil, d’autant que les scores aux provinciales sont souvent surévalués par rapport aux autres niveaux de pouvoir, en particulier pour le cdH", explique le politologue.

7. Le MR arrivera-t-il enfin à s’imposer dans les grandes villes en Wallonie?

Aucune ville de plus de 50.000 habitants n’a de bourgmestre MR. La plus grande est Braine-l’Alleud (40.000 habitants). "Et on ne voit pas très bien où cela pourrait arriver. Marie-Christine Marghem retente le coup à Tournai, mais elle n’est pas dans une position très favorable." Quant à Bruxelles, si le MR noue des alliances avec le cdH dans plusieurs communes, cela sera une manière de prendre l’ascendant pour la suite. Mais si c’est un axe Ecolo-DéFI, éventuellement avec le PS, qui se met en place, cela sera très difficile psychologiquement pour le MR…

8. Le PS va-t-il reconduire ses majorités avec le MR?

Il y aurait au sein du PS la volonté dans le chef de certains de ne pas multiplier les coalitions avec le MR.

Le PS a le mayorat dans 7 villes wallonnes, deux majorités absolues en Région bruxelloise, est en position de force dans d’autres communes bruxelloises et a des bastions forts en Wallonie. "Il a donc beaucoup à préserver, mais ce sera moins difficile pour lui car il a un ancrage local fort." Et le PS est un parti de militants, capable de mobiliser. Mais ses relations avec la FGTB sont loin d’être simples. Résultat, outre l’appel à la coalition progressiste lancé par Thierry Bodson, le président de la FGTB wallonne, il y aurait au sein du PS la volonté dans le chef de certains de ne pas multiplier les coalitions avec le MR. Or, il y en a déjà beaucoup. Et dans le Hainaut, le fond anticlérical pourrait passer outre les volontés syndicales et souder les alliances rouge-bleu.

9. Ecolo va-t-il tenter de forcer la porte des majorités dans les grandes villes?

Les verts ne sont actuellement présents que dans la majorité à Namur. Seront-ils tentés d’entrer dans d’autres majorités? "Cela pourrait être le cas à Liège, notamment pour contrecarrer l’axe PS-MR que tout le monde voir venir comme une évidence. Peut-être aussi à Charleroi, si Paul Magnette reste dans l’idée de mettre sur pied une coalition de gauche. Certaines ouvertures seront donc possibles pour Ecolo." Et dans tous les sens. Ces ouvertures pourraient aussi se faire à droite. "Ça a d’ailleurs été le cas au niveau provincial entre 2006 et 2012 dans le Brabant wallon." Ecolo pourrait donc jouer deux fers au feu et se présenter comme un parti pivot pour renforcer son assise. Reste à voir si les contingences locales ne lui mettront pas des bâtons dans les roues.

10. Comment le PTB et DéFI vont-ils tirer leur épingle du jeu en Wallonie?

Le PTB dépose 16 listes en Wallonie, c’est peu. "Il sera difficile de voir s’ils progressent, vu que l’échantillon sera réduit. Quant aux provinciales, il faudra tenir compte du fait qu’ils n’ont pas déposé de liste dans le Brabant wallon. L’indicateur ne sera pas plein et entier." On peut supposer que le PTB sera en progrès, mais pas avec les scores de 15-20% évoqués dans une poussée de fièvre par le passé…

Une progression de 5% pourrait donc être vue comme un échec, alors que pour un parti d’extrême gauche, on peut malgré tout estimer que c’est une vraie victoire. Pour DéFI, en Wallonie, la percée pourra au mieux se traduire par quelques sièges de conseillers communaux.

©Nicolas Vadot

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