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A Liège, Charleroi et Molenbeek, le PS joue serré pour se débarrasser du PTB

©Belga

Demeyer, Magnette et Moureaux ne peuvent se contenter de claquer la porte au PTB et doivent y mettre les formes.

Trois communes tiennent les observateurs politiques en (demi) haleine: Liège, Molenbeek et Charleroi. Dans ces trois communes, les bourgmestres socialistes ont indiqué ouvrir des discussions avec l’extrême gauche même si les chances sont ténues (voire nulles) de voir le PTB effectivement grimper dans des majorités. 

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À Liège. Dans la Cité Ardente, ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces, comme le dit l’expression, il faudra se lever tôt pour enfumer le maïeur local Willy Demeyer. Avec ses 17 sièges, le PS est en quête d’un partenaire lui offrant une majorité de 26 élus sur les 49 que compte le conseil afin de pouvoir travailler tranquillement. Ecolo ("Vert Ardent", dit-on à Liège) a progressé, certes, mais la majorité sera trop juste: 25/49. Ce qui induira un troisième partenaire, formule qui n’a pas les faveurs du Parti socialiste. Le PTB offre l’avantage d’une majorité à 26 sièges et Willy Demeyer l’a donc consulté ce mardi soir. La proximité entre ce social-démocrate porté sur le sécuritaire et un PTB promettant, par exemple, la gratuité dans tous les transports en commun n’est pas évidente. Mais Demeyer veut essayer - histoire de ne pas dérouler le tapis rouge à Raoul Hedebouw depuis les bancs de l’opposition. 

Le MR de Christine Defraigne rencontre le bourgmestre ce mercredi: les libéraux liégeois partent largement favoris pour gouverner la Cité Ardente en compagnie du PS. La majorité liégeoise pourrait alors compter sur 27 conseillers derrière elle. Notez: à Hestal, le bourgmestre PS Frédéric Daerden a lui aussi ouvert des discussions avec le PTB, mais c’est là - vraiment - pour la galerie: il dispose d’une majorité absolue et Raoul Hedebouw a déjà indiqué que jamais son parti ne ferait l’appoint dans une majorité absolue...

À Molenbeek, le PTB et Ecolo sont en position de force et l’ont fait savoir dès lundi à Catherine Moureaux, grande gagnante du scrutin. Reste en effet à savoir ce qu’elle va pouvoir faire de cette victoire. Son plan A fut clairement exprimé dès dimanche: une alliance avec le PTB, autre vainqueur avec 7 sièges, et Ecolo, en baisse, mais constituant l’appoint idéal d’une coalition de gauche. Cette configuration donnerait une majorité confortable de 27 sièges sur 45. Sympathique aux yeux de Catherine Moureaux, ce scénario se heurte toutefois à deux écueils. Le Parti socialiste donnerait une légitimité à son concurrent pétébiste en l’invitant au pouvoir, ce que l’appareil du parti ne souhaite pas. Ensuite, Ecolo n’est pas numériquement nécessaire et n’est pas particulièrement chaud à l’idée de "servir d’appoint" à cette majorité, fait-on savoir du côté de la co-présidence. On y évoque aussi le casting de la liste PS, où se retrouvent des éléments qui avaient crispé en 2012. Ambiance glaciale donc, alors qu’il y a peu de chances que le PTB monte tout seul au pouvoir avec le PS.

Cher mayorat

Deux thèses s’affrontent toujours à Molenbeek: celle d’une volonté réelle du PS de frotter le PTB à l’exercice du pouvoir et celle d’un grand jeu de dupe visant à montrer à l’opinion qu’il est impossible de négocier avec lui vu ses exigences irréalistes. Un échec de cette tripartite "progressiste" forcerait toutefois le PS à se tourner vers le grand perdant de cette élection: le MR de la bourgmestre sortante Françoise Schepmans, deuxième force politique de la commune avec ses 13 sièges. Chez les libéraux, on estime souvent que le PS bluffe avec le PTB. Mais pas à Molenbeek. Dans une troisième phase, on peut imaginer un MR déclinant l’invitation du PS qui serait alors forcé de s’entendre avec le PTB. Socialistes, pétébistes et écologistes devaient se revoir mercredi pour poursuivre les discussions, mais mardi soir, le PTB a demandé son report à la semaine prochaine.

"Il y a eu des élections et ce sont les programmes de gauche qui ont été plébiscités. Il est donc normal qu’une coalition de gauche soit privilégiée."
Vincent Pestieau
secrétaire régional de la FGTB à Charleroi

Du côté de Charleroi, Paul Magnette y va pas à pas, sans précipitation. Avant d’ouvrir officiellement les discussions politiques avec le parti d’extrême gauche, l’homme fort carolo a organisé quelques rencontres en amont avec les représentants de la société civile. Après la FGTB hier matin, le MOC dans l’après-midi où il a pris soin d’exposer la situation politique à Charleroi après les élections, une rencontre avec les conseils consultatifs bouclera ce premier tour de table aux allures de warm-up avant d’entamer son premier round politique en fin de semaine avec Sofie Merckx, la tête de liste du PTB à Charleroi. "Nous avons eu une discussion directe et franche. Chacun a fait sa petite analyse sur la situation après les élections. Un constat est indiscutable: la ville penche à gauche! Il y a eu des élections et ce sont les programmes de gauche qui ont été plébiscités. Il est donc normal qu’une coalition de gauche soit privilégiée", a rappelé à Paul Magnette le secrétaire régional de la FGTB à Charleroi Vincent Pestieau.

Resté à quai au lendemain du scrutin après un résultat en demi-teinte, Eric Goffart, le chef de file de C+ (une émanation du cdH), estime lui aussi que le PTB ne peut plus rester au balcon. "Ce serait évidemment une catastrophe dans le contexte actuel pour le redressement de Charleroi, mais c’est une volonté des électeurs. La majorité sortante (PS-MR-C+) est en recul et l’électeur souhaite un coup de barre à gauche. Le PTB doit prendre ses responsabilités. Mais quand on passe de 1 à 9 sièges en faisant campagne sur le tout gratuit, c’est que l’électeur veut passer au tout gratuit comme pour les transports. Le PTB veut aussi diminuer de moitié le salaire du bourgmestre comme à Barcelone ou avoir plus de logements sociaux comme à Vienne, mais toutes ces matières décisions dépendent de la Région. Ils vont devoir venir avec des propositions et des sujets d’intérêts communaux et sur là-dessus que PS et PTB vont devoir négocier", observe l’échevin sortant.

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