Anvers | La mère de toutes les batailles

Bart De Wever et Kris Peeters ©ISOPIX

Le bourgmestre d’Anvers Bart De Wever, candidat à un nouveau mandat, doit composer avec un adversaire de taille en la personne de Kris Peeters.

C’est peu dire que la métropole concentre l’attention de tout un pays lors de ces élections communales. Visez-donc: Bart De Wever, président de la N-VA, homme fort du pays, bourgmestre depuis 2012, va tenter de reconduire sa coalition N-VA, CD&V, Open Vld, pour six années supplémentaires… mais il se voit défié de l’intérieur puisque le vice-premier ministre CD&V Kris Peeters, dont le parti est dans la même coalition que la N-VA tant au fédéral qu’à la Région flamande et à Anvers, est lui aussi candidat bourgmestre. "C’est fort sympathique de se voir défier de la sorte par quelqu’un qui est censé travailler avec vous", note De Wever sans se départir de sa traditionnelle ironie.

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Quelle est la situation? On aurait pu écrire "Anvers pour les nuls", voici de quoi il retourne. Sur les 55 conseillers communaux que compte la ville, la N-VA dispose de 22 unités, le CD&V de 5 et l'Open Vld de 2. La tripartite pointe donc avec une majorité un peu ric-rac de 29 conseillers. Pour mémoire, quand il débarque comme bourgmestre d’Anvers en 2012, De Wever met fin à un cycle de 80 ans de maïorat socialiste puisque les rouges étaient à l’hôtel de ville depuis 1932 sans interruption, avec des coalitions rouge-romaine et – devant le succès du Vlaams Blok à la fin du siècle dernier – élargie aux libéraux voire aux écologistes. Bart De Wever a repris le sceptre de bourgmestre à Patrick Janssens (sp.a), bourgmestre durant neuf ans.

Qu’y a-t-il dans les caisses communales? Pour l’écrire simplement, l’état des finances anversoises était catastrophique et dans les années 1990, la ville fut en état de faillite, du coup, elle a été la seule commune flamande à être mise sous tutelle régionale avec obligation d’assainissement. Les socialistes ont commencé le boulot de redressement des finances et celui-ci a été nettement durci par la coalition actuelle si bien que la tutelle régionale sur les finances anversoises a été levée en juin dernier. La dette qui était de 2.000 euros par habitant est à présent descendue à 400 euros par tête de pipe, ce qui la situe en dessous de la moyenne flamande (900 euros).

9 milliards
d’euros
C'est le montant investi pour la création de l’Oosterweel, un complexe de tunnels dans le nord de la ville pour soulager la pression sur le tunnel Kennedy et compléter le ring.

Anvers compte aujourd’hui 514.000 habitants; la population augmente rapidement et 30.000 nouveaux habitants sont attendus d’ici 2030 – la croissance est aussi bien endogène (population jeune) qu’exogène (solde migratoire positif). Cette explosion démographique pose la question des  écoles (la ville dispose de son propre réseau) dont le patrimoine est assez vétuste. "On doit investir énormément dans ce poste", dit le bourgmestre. Le plus gros poste de dépenses concerne quelques personnes: Anvers compte 6.000 fonctionnaires mais en prenant la fourchette large (pompiers, enseignants, etc.), on arrive à 12.000 personnes qui sont sur le payroll de la ville.

Le point d’attention: la mobilité

Anvers est connue pour sa mobilité catastrophique. Avec Gand et Bruxelles, elle forme le triangle d’or de l’économie flamande, mais celui-ci est aujourd’hui complètement congestionné. L’un des problèmes majeurs d’Anvers, c’est la paralysie quasi complète du ring et des bords de l’Escaut. Le tunnel Kennedy a été construit pour avaler 60.000 véhicules par jour, il en est à 130.000 et est complètement saturé, les embouteillages sont incessants. Il y a vingt ans que les autorités communales tentent de régler le problème mais les choses se sont perdues dans des débats interminables entre l’idée de construire un pont ou un tunnel, les polémiques ont succédé aux polémiques et Anvers meurt de sa mauvaise mobilité.

Depuis 2014, la N-VA a mis la main sur le portefeuille de la mobilité au gouvernement flamand et De Wever a fait de la mobilité à Anvers son obsession. Il a bâti un plan d’action destiné à faire couler les subsides régionaux vers la ville. "On a pris tous les leviers de commande en main et on s’est battu avec une seule idée en tête. On a établi un plan selon lequel tous les recours tombaient et l’argent arrivait pour lancer l’Oosterweel, un complexe de tunnels dans le nord de la ville pour soulager la pression sur le tunnel Kennedy et compléter le ring. Mais le projet est global et durable, certaines parties du ring vont être couvertes de manière à rendre de l’espace à la ville."

Bref, un projet pharaonique en deux phases et budgété à hauteur de 9 milliards d’euros. Oui, vous avez bien lu. La première phase (6 milliards d’euros) a été lancée au début de cette année; la BEI s’est engagée à hauteur d’un milliard et le gouvernement flamand pour 6 milliards. "La situation n’est pas bonne, confesse De Wever. Mais pour la première fois, nous avons des vraies perspectives d’amélioration et des avancées concrètes chantier par chantier. C’est le résultat le plus important que je peux montrer aux Anversois après six ans. Enfin, la pression de la mobilité va diminuer à Anvers."

Qui dit Anvers, dit port. Et là, ça cartonne puisque le principal port belge, poumon économique de la Flandre, se porte à merveille et les exercices records se succèdent. Tour à tour, Total et Exxon ont annoncé des investissements gigantesques et d’autres comme Ineos ou un groupe japonais devraient suivre. L’écosystème pétrochimique mis en place au port d’Anvers tourne à plein régime mais il y a tout de même un problème de taille… Ces entreprises et le port sont demandeurs de milliers de personnes en main d’œuvre et de plus en plus souvent, ces emplois restent vacants et ne trouvent pas preneurs alors que la ville d’Anvers affiche un taux de chômage élevé de 14%. "Une partie de la population urbaine n’est pas formée pour prendre ces jobs, soupire De Wever. Comme à Bruxelles. Notre grand défi, c’est donc la formation, amener ces jeunes à pouvoir convenir à tous ces emplois vacants. C’est le grand défi de la prochaine législature, supprimer les obstacles à l’emploi, changer aussi l’attitude et la mentalité de certains jeunes au chômage, sinon on va avoir un problème économique lié au manque de main d’œuvre."

Pointons le fait que les chiffres de la baisse de la criminalité sont importants: -30% en six ans alors que, dans le pays, la criminalité a baissé de 15%. La majorité anversoise a investi massivement dans sa police locale (personnel et infrastructures). De Wever dit ceci: "Je ne me mêle pas de ce qui se passe à Bruxelles, mais six zones de police, c’est incompréhensible. J’ai une seule zone de police à gérer, c’est beaucoup plus efficace."

Et pour la suite, docteur? De Wever a l’ambition et l’intention de rester bourgmestre avec la même majorité. De son côté, Peeters souffle le chaud et le froid. Il a commis une grosse bévue en faisant venir un candidat juif ultra-orthodoxe sur sa liste; celui-ci a dû être exfiltré en urgence après des déclarations controversées mais, en tout état de cause, l’affaire a laissé des traces. Peeters affirme qu’il pourrait aussi bien se tourner vers une majorité alternative avec les socialistes et les écologistes. A voir: les socialistes ont été décapités il y quelques mois après la démission de leur tête de liste Tom Meeuws. Ils avaient formé un cartel avec Groen, mais celui-ci a volé en éclat. La principale figure d’opposition à De Wever, à gauche, est donc le vert flamand Wouter Van Besien. Il faudra également tenir compte du score du Vlaams Belang, où le vétéran Filip Dewinter est tête de liste.

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