Bruxelles | PS et MR en lutte pour le leadership

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Tentant de faire oublier les affaires et l'ère Mayeur, le bourgmestre Philippe Close joue gros.

Depuis des semaines, Philippe Close est partout. Il arpente tout ce qui se fait d’associations, de mosquées, d’églises, de clubs sportifs, de fêtes de quartier et amicales en tous genre pour mieux se faire connaître. Présent et actif sur la scène politique depuis longtemps, mais bourgmestre depuis un an seulement, le socialiste n’a jamais été un grand "faiseur de voix". Il le sait et on le sent, il jouera donc très gros le 14 octobre. Le succès ou l’échec de sa course au mayorat de la Ville de Bruxelles aura des conséquences qui dépassent largement les frontières communales. Ce dont il sera aussi question au lendemain du scrutin, c’est du pouvoir du Parti socialiste en Région bruxelloise où la Ville et son budget d’un milliard d’euros hors CPAS fonctionne historiquement comme un "État dans l’État".

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L’articulation entre la Ville et la Région, c’est la charnière du pouvoir bruxellois. Laminé par les affaires, le PS en est le premier conscient et a donc lancé sa machine électorale au service de la réélection de Philippe Close. Et derrière ce rideau électoral, l’enjeu du redéploiement du plateau du Heysel: un partenariat public-privé à plusieurs centaines de millions d’euros dont le PS a pris le contrôle depuis plus de dix ans en s’installant aux commandes des acteurs publics et privés impliqués dans le projet "Neo". Pas question de perdre la main sur un tel joyau fait d’un centre commercial, d’un centre de congrès, d’infrastructures récréatives et de centaines de logements neufs. Ce bébé, Philippe Close l’a fait naître alors qu’il dirigeait le cabinet de l’ancien bourgmestre socialiste Freddy Thielemans, son mentor et ami.  

Sur papier, le PS part pour le moins affaibli aux élections. La législature qui s’achève fut un chemin de croix. Pour le PS, les ennuis ont démarré peu de temps après l’arrivée d’Yvan Mayeur comme bourgmestre (2013). Sa personnalité clivante a très vite tranché avec la rondeur de Freddy Thielemans, poussé par lui et Laurette Onkelinx vers la sortie. Yvan Mayeur est le type d’homme politique qui provoque le changement, impacte le réel et fait bouger les lignes mais pèche par arrogance. Il en a fait la démonstration dès 2015 en imposant brutalement la piétonnisation des boulevards du centre. Un projet qui fait sens alors que partout en Europe, le villes se transforment au détriment de l’emprise de la voiture sur l’espace public.

Yvan Mayeur (PS) pose sur "son" piétonnier. ©Photo News

Mais Yvan Mayeur et sa personnalité conflictuelle se sont frontalement pris la colère des automobilistes, les oppositions commerçantes et leurs lots de recours et de campagnes de dénigrement. Naissait dans le grand public l’image d’Yvan le brutal. Malgré le déblocage du dossier piétonnier, les affaires de Mayeur n’allaient pas s’arranger avec les révélations dévastatrices sur la gestion du Samusocial par lui et sa comparse, Pascale Peraïta. Les deux acolytes ont perçu des rémunérations d’une ASBL d’aide aux sans-abri sans même que des réunions aient formellement eu lieu et fait l’objet de PV en bonne et due forme. On ne refera pas ici l’histoire, le scandale a laminé un PS bruxellois d’une Laurette Onkelinx désormais en préretraite. Et a fini par emporter Yvan Mayeur, laissant la place à celui à qui il avait espéré couper définitivement les ailes: Philippe Close.

Un fois installé au mayorat que Freddy Thielemans lui avait un jour destiné, ce successeur surprise a dû nettoyer les écuries de la Ville. Suppression de centaines de mandats, transparence et réduction de rémunérations et avantages, ce fut le grand ménage. L’effort fut terni encore récemment par un soubresaut du climat d’affaires qui régnait encore dans la capitale: le dossier Gial et ses consultants en informatique grassement payés. Mais cela n’empêche pas Philippe Close d’avancer vers le scrutin dans l’espoir que ces événements n’aient pas trop abimé l’image de son parti. Il devra compter avec l’absence sur sa liste d’un sp.A échaudé par les affaires et la concurrence du PTB, mené par la députée Mathilde El Bakri.

En face, son partenaire de majorité depuis 2012 n’attend qu’une chose: retrouver le statut de premier parti de la ville capitale et donc le mayorat. Associé à l’Open VLD, le MR du premier échevin Alain Courtois a mis la barre à droite toute pour polariser le débat politique local. La législature fut mouvementée également pour celui qui portait, au niveau communal, le projet échoué de nouveau stade national sur le parking C du Heysel. Un échec retentissant pour un M. Football proche d’Yvan Mayeur mais qui semble maintenir de bonnes relations avec le PS de Philippe Close.

Les autres partis aiguisent également leurs couteaux. Pour DéFI, c’est Fabian Maingain, fils du président, qui assure le leadership. Il est plutôt apprécié dans le monde politique où on le voit volontiers comme troisième partenaire de majorité à la Ville si d’aventure PS et MR perdaient trop de plumes le 14 octobre prochain. C’était le calcul de Mayeur. DéFI s’est fait remarquer pour avoir attiré vers lui deux mandataires Ecolo, Marie Nagy et Michaël François, en rupture avec leur parti sur la question de la laïcité. Ecolo qui a fait le choix de la nouveauté en optant pour le député fédéral Benoit Hellings comme tête de liste. Au cdH, l’heure est au pari également avec le choix de Didier Wauters comme tête de liste. On le dit bien implanté, mais les humanistes risquent de payer cher le départ de Joëlle Milquet qui a choisi de se retirer de la scène communale. La N-VA pourrait aussi jouer les trouble-fête.

Tout ce petit monde croit en sa chance dans une commune où les majorités ne sont que très rarement reconduites.

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