Ces ministres empêchés d'être bourgmestres

Raté. Ni Rudi Demotte, ni Marie-Christine Marghem (encadrant Charles Michel sur la photo) ne seront bourgmestres de Tournai. ©BELGA

On connaissait les bourgmestres empêchés, n'exerçant pas leur charge locale parce qu'accaparés par leur fonction ministérielle. Eh bien, voilà à présent les ministres empêchés... d'être bourgmestres. La revanche des bourgmestres faisant fonction, en quelque sorte.

Ce sont les joies du scrutin, et de l'élection directe du bourgmestre en Wallonie. En Belgique, on connaissait les bourgmestres empêchés, ces ministres ne pouvant exercer leur charge locale, accaparés par une autre. 

Eh bien, ces élections communales nous livrent à présent des ministres quittant leur poste pour se consacrer à leur commune. Le gouvernement fédéral perd ainsi deux de ses membres. Élus bourgmestres, Steven Vandeput (N-VA, Hasselt) et Pieter De Crem (CD&V, Aalter) quitteront les rangs du gouvernement Michel au mois de janvier - soit l'actuel ministre de la Défense et un ancien ministre de la Défense. Ce qui permet de se rappeler, au passage, que oui, malgré les apparences, Pieter De Crem fait bien partie du gouvernement fédéral. Jan Jambon a d'ailleurs fait savoir que Theo Francken était "l'une des options" pour remplacer Vandeput à la Défense. 

Plus amusant, le vote de ce dimanche délivre également des ministres empêchés de devenir bourgmestres. Parce que l'électeur ne l'a pas voulu ainsi. Que leur liste ne détienne pas la main, ou qu'ils se soient fait doubler sur leur propre liste.

Petit état des lieux ironique.

Tournai

Les urnes sont rudes, à Tournai. Déjà, elles ont douché les espoirs de Marie-Christine Marghem (MR). La ministre fédérale de l'Énergie s'était engagée à déserter les rangs de Michel si les habitants de sa bonne ville avaient la bonne idée d'en faire leur bourgmestre. Raté. Perdant deux sièges, le MR se fait reléguer dans l'opposition par son ancien partenaire socialiste, qui préfère convoler avec Ecolo. En termes personnels, c'est aussi une déconfiture pour Marie-Christine Marghem, qui devra continuer à s'occuper de nos centrales nucléaires déficientes. De 7.911 voix de préférence en 2012, la ministre chute à 4.179, soit une dégringolade de 47%. 

Tournai restera l'une des blessures libérales de ce dimanche 14 octobre 2018. ©BELGAIMAGE

Allez, lot de consolation, son meilleur ennemi Rudy Demotte (PS) perd lui aussi des plumes. De 7.461 voix il y a six ans, il tombe à 4.303 - s'il souhaite se consoler, il pourra toujours se dire qu'il termine devant sa rivale. Surtout, le ministre-président de la Communauté française, pourtant tête de liste, se fait dépasser par son colistier Paul-Olivier Delannois, jusqu'ici bourgmestre faisant fonction, avec ses 5.700 voix. 

Marche-en-Famenne

A Marche, c'était aussi la lutte des ministres. Wallons, en l'occurrence. Puisque s'affrontaient le cdH René Collin, en charge de l'Agriculture, et le ministre-président Willy Borsus (MR). Sauf qu'aucun des deux n'est sorti réellement vainqueur. Parce que Marche, c'est avant tout le fief du bourgmestre sortant André Bouchat. Qui, depuis la dernière place de sa liste Mayeur cdH, réussit à maintenir sa majorité absolue (14 sièges sur 25), malgré un léger recul. Et reste le champion local des voix de préférence (3.453). 

Loin devant le MR emmené par Willy Borsus, qui réalise pourtant un joli score. Six sièges pour son parti, un record, et la seconde place à la course aux voix de préférence (1.706). De quoi, selon lui, gagner un ticket pour la majorité, à la place d'un PS qui chute. Mais pas pour empocher le mayorat - il avait pourtant promis de quitter la tête de la Wallonie s'il l'emportait.

Sur la liste cdH, René Collin récolte 1.561 voix, et réalise ce qui s'appelle une mauvaise opération. L'idée était qu'il reprenne le trône du bourgmestre à mi-parcours? L'affaire semble compromise, puisque le ministre ne réalise que le 3e score de la liste. Et se fait dépasser par l'échevin Nicolas Grégoire (1.701 voix), 5e sur la liste, qui risque donc de lui brûler la politesse.

Herve

A Herve, avec ses 14 sièges sur 25, la majorité absolue reste solide, même si elle a perdu une plume. Pas de révolution, donc. Ce qui est plus amusant, c'est d'observer les rapports de force au sein de la liste HDM, pour Herve Demain. Le ministre wallon de l'Economie Pierre-Yves Jeholet (MR), qui poussait la liste, ne portera plus le titre de bourgmestre empêché, puisque le bourgmestre faisant fonction s'est "affranchi". Marc Drouguet, qui tirait la liste, a réalisé 2.879 voix, soit plus que le ministre (2.370). Ou comment le faisant fonction devient bourgmestre de plein exercice.

Rochefort

Cap 2030-IC. Tel était le nom de la liste emmenant les troupes libérales et socialistes à Rochefort. En tête, le député wallon Pierre-Yves Dermagne (PS). Tout dernier, le ministre fédéral de la Mobilité Bellot, par ailleurs bourgmestre empêché. Et en deuxième position, la bourgmestre faisant fonction Corine Mullens.

Pierre-Yves Dermagne est le nouveau bourgmestre de Rochefort. ©BELGA

Résultat? La liste rafle 17 sièges sur 23 - soit toutefois un de moins que quand MR et PS menaient campagne chacun de leur côté. Et Pierre-Yves Dermagne remporte la mise. Avec 2.109 voix, il souffle le poste de bourgmestre à François Bellot (1.546 voix) et Corine Mullens (1.591 voix). De quoi sans doute faire réfléchir, au MR, sur la pertinence de faire liste commune avec le PS. Et, peut-être, de jouer la carte du cumul, avec un "empêché" et un "faisant fonction".

Perwez

Touchons encore un mot de Perwez. Ici, ce n'est pas un ministre qui a bu le bouillon, mais le président du parlement wallon. La liste DRC+ du bourgmestre empêché André Antoine (cdH) et de son faisant fonction Carl Cambron a perdu sa majorité, au profit de la liste Ensemble - cela s'est joué à un siège près. Le futur bourgmestre se nomme donc Jordan Godfriaux, député wallon MR. Qui, en termes de voix de préférence, administre une petite leçon à André Antoine: 1.696 contre 1.281. 

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