Cinq propositions vers Bruxelles plus belle

©Tim Dirven

À la veille du scrutin communal du 14 octobre, L’Echo est allé à la rencontre de cinq personnalités des sphères économique, culturelle et civile de quatre grandes villes en leur posant la question: "Si vous dirigiez votre commune, que feriez-vous?" Une restauratrice, un architecte, un organisateur de soirées, un chocolatier et un entraîneur de basket ont relevé le défi.

1/ Sous terre, les ordures

Les 5 personnalités bruxelloises

Pablo Lhoas | Lhoas & Lhoas

Architecte et doyen de la faculté d’architecture La Cambre Horta.

Virginie Monu | Jour de fête

Patronne d’un établissement ayant souffert des travaux du piétonnier, elle n’a pas la langue en poche.

Serge Crèvecœur | Entraîneur du Brussels Basket

Après sept mois à Pau-Orthez, il est revenu dans son club de Nerder-over-Hembeek. Il défend son sport avec hargne et passion.

Miguel Perez Lavandera | Fondateur des Organisateurs

Acteur de la nuit bruxelloise, il est aux commandes des fameuses soirées Ginette, Perché et Là-haut.

Pierre Marcolini | Maître chocolatier

On ne présente plus le pâtissier bruxellois. Sa petite entreprise gère 40 boutiques dans huit pays.

Le constat: C’est un grand classique du mécontentement bruxellois: le ramassage des ordures et la saleté chronique des rues de la capitale. Cela fait des années que les pouvoirs publics s’échinent à lutter contre la malpropreté urbaine alors que les collectes, parfois durant les heures de pointe, par de larges camions benne, ne font qu’empirer la mobilité en ville.

Les solutions: Une solution radicale existe pourtant: l’enfouissement des ordures ménagères. L’exemple à suivre fait partie du quotidien de nombreux habitants de Barcelone où un réseau souterrain avec aspiration des déchets vers des dispositifs de recyclage ou d’incinération a été installé il y a plusieurs années. Dans l’espace public, ce système ne se signale que par la présence régulière de bornes qui permettent aux habitants et usagers de la ville de se débarrasser de leurs déchets 24 heures sur 24. Dans le centre-ville de Bruxelles, on craint que la malpropreté ne mette à mal l’image du piétonnier. Un tel système éviterait l’amoncellement régulier des sacs poubelles attendant leur ramassage. Un tel dispositif devrait pouvoir être mis en œuvre malgré les tunnels ferroviaires qui flirtent avec la surface des boulevards centraux de la capitale.

2/ Un district des arts et des sciences

Le constat: Entre le Bois de la Cambre et les étangs d’Ixelles se trouvent des pôles culturels et universitaires dont la renommée est internationale. Manquant de visibilité, ils pourraient, ensemble, offrir une nouvelle carte de visite à la capitale.

Les solutions: Faire de cette zone une véritable destination de ville. "Il faut assumer ce chapelet hyper riche et original, estime Pablo Lhoas. Ce serait formidable que de l’avenue Franklin Roosevelt à la place Flagey, on imagine un pôle culturel et pédagogique articulé autour du mariage entre art et sciences." En effet, dans un périmètre relativement restreint qui couvre deux communes, la Ville de Bruxelles et Ixelles, on trouve l’Université Libre de Bruxelles, l’abbaye de la Cambre et son école d’art, qui donnent sur le parcours des étangs d’Ixelles en direction du centre culturel Flagey et de la faculté d’architecture de la Cambre Horta. Entre eux, un cheminement pédestre marqué par un décor particulièrement riche en patrimoine.

L’idée est ici d’associer ces différents acteurs en leur donnant l’opportunité de partager leur know-how, leurs espaces de création, leurs créativités au service d’événements culturels ouverts sur la ville et ses habitants comme aux touristes qui se contentent souvent du centre historique de la capitale.

3/ Des ambassadeurs du respect

Le constat: L’insécurité reste un problème qui gangrène la vie nocturne dans le centre de Bruxelles. Restaurants, bars, lieux de fête sont contraints d’organiser eux-mêmes la sécurité de la clientèle dans l’espace public.

Les solutions: L’engagement de stewards de nuit considérés comme des "ambassadeurs du respect" œuvrant au contact direct du public. "Chaque commerce de la nuit tente de préserver le calme devant son établissement et les alentours, mais il y a certaines zones qui pourraient être prises en main par la Ville de Bruxelles, estime Miguel-Angel Perez Lavandera. Des groupes d’agents qui permettraient d’éviter des nuisances sonores pour les voisins et d’assurer une sécurisation des passants." Si une quarantaine de stewards sillonnent déjà le territoire de la Ville jusqu’à 2 heures du matin, à l’étranger, certains ont poussé plus loin la logique. Comme dans certaines stations de ski en France où une diminution sensible du tapage nocturne a été enregistrée grâce à la présence de véritables agents de médiation à la sortie des établissements. Mais attention, ce personnel doit recevoir une formation spécifique, adaptée aux incivilités typiques d’un centre-ville durant la nuit où tapage, agressivité, ébriété et dégradations sont fréquents. La station de Val Thorens a, par exemple, lancé dans son espace public des binômes d’"ambassadeurs du respect". Un homme et une femme parlant anglais afin de faciliter le contact avec les touristes. Il n’est évidemment pas question ici de se substituer au travail de la police locale mais d’assurer un contrôle social pouvant par ailleurs servir de relais aux forces de police en cas d’incident grave.

4/ Soumettre la mobilité à la consultation populaire

Le constat: La mobilité chaotique de Bruxelles est synonyme de pollution, de perte de temps, d’argent et de dégradation de la qualité de vie au sens large. La complexité des institutions belges semble freiner une appréhension globale du problème.

Ne manquez rien des élections communales

Les solutions: Pour Pierre Marcolini, il faut "sortir au moins temporairement ce domaine de la compétence politique". Là où une vision à vingt ans est nécessaire, les élus locaux ne le sont que pour six ans, et il s’agit d’un frein à toute vision de long terme, déplore-t-il. Son idée: confier un plan de mobilité à l’horizon 2050 à trois cabinets d’urbanistes et d’architectes. "Ensuite, un référendum décidera du meilleur projet", propose-t-il.

Une fois le projet adopté via cette consultation populaire, le politique remonterait en scène avec un mandat clair: mettre en œuvre la proposition retenue.

Cette remise à plat, dans une démarche créative, pourrait donner naissance à des idées originales comme élargir le concept de mobilité douce au transport des marchandises pour débarrasser le centre des camions et camionnettes. "Pourquoi pas des dépôts de marchandises en périphérie et organiser leur acheminement via des trams cargos", pose Pablo Lhoas. Ou encore mobiliser le canal pour livrer les commerces locaux.

5/ 6.000 places pour le sport indoor

Le constat: L’extraordinaire quatrième place décrochée par les Belgian Cats aux championnats du monde de basket féminin ont braqué les projecteurs sur la belle santé du sport en salle en Belgique. Mais ce dernier ne jouit pas d’une infrastructure d’envergure dans la capitale.

Les solutions: La Ville de Bruxelles devrait être en mesure de servir d’écrin à un nouveau complexe sportif d’une capacité de 5 à 6.000 personnes. En termes d’accessibilité et de lien avec les transports publics, le plateau du Heysel semble l’endroit idéal pour pareil projet. Son ampleur beaucoup plus modeste pourrait protéger son développement des affres qui ont mis à terre le projet de stade national dans la même zone. Cette semaine, l’échevin bruxellois des Sports, Alain Courtois (MR) annonçait un accord de principe pour un projet de ce type. L’histoire du stade lui aura sans doute appris à ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Reste que ce format de hall sportif, où qu’il soit implanté, doit permettre un usage multifonctionnel assurant la rentabilité de cette infrastructure appelée à héberger le club de Basket Brussels, selon Serge Crevecoeur. La multitude de sports différents invités à animer les lieux assureraient une occupation optimale. Celle-ci pourrait être encore renforcée par l’accueil de concerts, d’événements et la mise à l’honneur de sports plus discrets comme la boxe et les arts martiaux. Là aussi, la demande est forte. De quoi, aussi, susciter l’adhésion du plus grand nombre et éventuellement justifier l’intervention financière des pouvoirs publics.

À la grosse louche, un tel hall omnisports coûterait entre 20 et 30 millions d’euros. Plusieurs formules de montages financiers peuvent être envisagées. Un club locataire d’un bâtiment appartenant aux pouvoirs public ou à un opérateur privé ou encore un club sportif pleinement propriétaire de ses infrastructures, comme on en rencontre en Allemagne. La rentabilité de l’ensemble passerait aussi par une offre de bureaux propice au coworking, à l’organisation de meetings et aux activités business des partenaires du projet. Les bureaux utilisés le jour deviendraient des loges les soirs de match.

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