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Du MR au PTB (peut-être), Ecolo fait-il le grand écart?

©BELGA

D’un côté, on lui reproche de s’allier aux libéraux. Et de l’autre, de négocier avec la gauche extrême. Ecolo peut-il s’associer sans subir la critique?

À Uccle, Ecolo est monté à bord avec le MR et, accessoirement, le cdH? Que n’a-t-il préféré une majorité dite "progressiste", renvoyant les libéraux dans l’opposition? À Molenbeek-Saint-Jean, il répond à l’invitation émanant du PS, qui envisage de se marier avec le PTB? Mais que vont donc faire les verts dans cette galère de gauche extrême?

Le décor est posé. Alors qu’Ecolo sort (grand) vainqueur du scrutin de dimanche, est-il condamné à être critiqué, qu’il tire à gauche ou à droite? Quoi qu’il fasse, en somme?

"Déjà, on cherche parfois davantage de poux à Ecolo qu’aux autres partis, pose la politologue Caroline Van Wynsberghe (UCL). Un exemple: les urnes ne sont pas encore entièrement dépouillées que l’on se demande déjà si les écologistes pourront consolider leur score en 2019."

Et puis, quelques fondamentaux doivent être rappelés. Dont celui-ci: à l’échelon local, les relations personnelles pèsent bien plus que pour tout autre scrutin. Ceci encore. "À Bruxelles, de manière générale, toutes les alliances entre les partis démocratiques francophones sont plausibles, même si certaines sont plus simples que d’autres, ajoute Pascal Delwit. Hormis peut-être avec le PTB."

Certes, le profil premier de l’électeur vert affiche un capital social et culturel plutôt élevé, poursuit le politologue de l’ULB. Autrement dit, et à la grosse louche, plus une personne est diplômée, plus elle a de chances de voter vert, et inversement, ce qui explique pourquoi Ecolo et Groen cartonnent davantage dans le sud-est de Bruxelles que dans le nord-ouest. Et dans le Brabant wallon qu’à Charleroi ou Seraing. Malgré quoi "Ecolo est susceptible de prendre des électeurs tant au centre gauche qu’au centre droit". Et parfois au PS, voire même au PTB.

Ni exotique, ni nouveau

Une alliance avec les libéraux n’a donc rien d’exotique. "Ni de nouveau, assure Caroline Van Wynsberghe. À Anderlecht, en 2000, le MR s’est associé à Ecolo pour mettre le PS dehors." Et en 2012, enchaîne Pascal Delwit, le premier partenaire écologiste n’était autre que… le MR.

En attendant, un pied avec le MR et l’autre – potentiellement – avec le PTB: Ecolo ne se livre-t-il tout de même pas à un grand écart? "Mais il faut tenir compte du profil de la commune, où problématiques et priorités sont différentes", souligne Caroline Van Wynsberghe. Même son de cloche auprès de Pascal Delwit. "Si cela a du sens de s’associer au PS à Bruxelles-Ville ou à Saint-Gilles, on peut saisir la logique d’une alliance avec les libéraux à Uccle. Cela revient à tenir compte de la sociologie."

Dernier argument dans la balance: si Ecolo souhaite faire appliquer ses idées, n’est-il pas logique qu’il grimpe à bord de majorité? N’est-ce pas ce que font la plupart des autres partis?

"Je l’ai toujours dit, insiste la co-présidente Zakia Khattabi. Ecolo n’a pas de partenaire particulier. Ce qui compte, c’est que l’écologie politique soit au cœur de l’alliance." À Ixelles, les verts ont eu la main. "Et nous avons formé une majorité progressiste." Là où ils n’étaient pas en mesure de dicter le tempo, les verts ont adopté le principe de ne pas refuser, a priori, d’invitation émanant d’un parti démocratique.

À Uccle. "Où, c’est la réalité, le MR est le premier parti. Ecolo a accepté l’invitation et est venu avec ses exigences. L’idée étant de faire bouger les lignes sur les questions environnementales, au sens large, et de gouvernance. Le tout selon le rapport de force qui est en place." Ce qui nous mène à Molenbeek. "Où la majorité PS-PTB est confortable sans nous, et où il faudrait une révolution en termes de gouvernance." Autrement dit, pas question de monter à tout prix.

"Mais quoi? Ecolo n’a pas vocation à rester dans l’opposition. Et oui, Ecolo fait de la politique. Dans le cadre de coalitions, puisque tel est le système belge. Et partout où il est possible de faire avancer notre projet, je ne vois rien de plus légitime que d’y aller."

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