interview

"Ecolo est dur en campagne mais frileux une fois au pouvoir" (Didier Gosuin)

©Frédéric Pauwels / HUMA

Alors que son mandat touche à sa fin, le ministre bruxellois de l'Economie et de l'Emploi reconnaît la précarité des postes créés dans la capitale. A ses yeux, Bruxelles doit s'adapter à la mutation de l'économie. Et pour l'homme fort de DéFI, cette adaptation ne peut se passer qu'à l'échelle d'une communauté métropolitaine soudée.

Il a pratiquement terminé le boulot, Didier Gosuin. Encore quelques arrêtés pour lancer l’économie circulaire et finaliser les pôles de compétitivité et le gros des réalisations prévues par l’accord du gouvernement bruxellois dans son champ de compétences sera bouclé, affirme-t-il. Le ministre régional de l’Économie et de l’Emploi est aussi candidat bourgmestre d’Auderghem et n’a pas trop de souci à se faire au plan local. On va donc parler un peu de tout avec l’homme fort du parti DéFI pour cette dernière rentrée du gouvernement Vervoort avant les élections de 2019.

"On assiste à l’adaptation d’une économie qui sort de crise."

La diminution constante et significative du chômage est une réalité à Bruxelles. Mais au niveau fédéral, il y a un débat sur la qualité des emplois créés. Charles Michel se félicite alors que les syndicats pointent une proportion importante de temps partiels et d’emplois précaires. Où vous situez-vous?

Je souscris aux engagements d’E-Change (un groupe de réflexion). On préconise de dire ce qui est: il y a une reprise économique et il y a, comme au début des années 2000, une part importante d’emplois créés qui ne sont pas des CDI. Il y a une précarité de l’emploi car les entreprises sortent de crise et sont frileuses. Elles engagent mais avec des réserves, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître. Il ne faut pas hurler comme le font certains syndicats, c’est inhérent à toute reprise économique.

La question est aujourd’hui de savoir si celle-ci va se stabiliser alors que d’aucuns annoncent une nouvelle crise, ce qui montre la fragilité de tous ces discours politiques. Il faut donc nuancer. La reprise est européenne et nous ne faisons pas partie des meilleurs élèves de l’Europe. Il ne faut pas faire croire comme le fait M. Michel que ce sont des emplois de grande durabilité, ça c’est de la désinformation. Mais il ne faut pas se lamenter non plus. On assiste simplement à l’adaptation d’une économie qui sort de crise.

Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) estime que Bruxelles ne peut plus faire grand-chose de plus en matière de mobilité. D’accord?

Il y a une grande déception en la matière. On ne peut pas résoudre les problèmes de mobilité sans une stratégie commune au niveau de la communauté métropolitaine. Il faut un vrai projet porté par le Fédéral et qui définit, entre Leuven et Nivelles, comment augmenter les fréquences des transports publics, encourager le covoiturage, assurer une billettique unique, etc. Mais il y a un non possumus du côté flamand et je n’ai vu aucun effort du Fédéral alors que la communauté métropolitaine est un engagement inscrit dans la Constitution.

Un péage urbain, comme DéFI le préconisait en 2014, serait de nature à faire bouger les choses?

C’est une solution qui est la négation de la communauté métropolitaine, donc nous soutenons la taxation intelligente. En Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, on a voté les textes sur la taxation au kilomètre mais des gouvernements ne l’exécutent pas (le cdH s’y oppose côté wallon, NDLR) et l’État fédéral ne prend aucune initiative. Voilà la raison du retard que nous avons pris. En attendant, Bruxelles a fait de gros efforts d’investissement dans la mobilité.

L’avènement de cette communauté métropolitaine sera une des conditions de votre participation éventuelle au prochain gouvernement bruxellois?

Évidemment. Je ne comprends d’ailleurs pas que le MR souhaite se marier avec la N-VA, qui est précisément l’acteur qui bloque la communauté métropolitaine. Toute personne raisonnable sait qu’on ne résoudra pas les problèmes sans une réflexion et des stratégies communes.

DéFI est-il capable de gouverner avec la N-VA si celle-ci était incontournable à la Région bruxelloise en 2019?

À Bruxelles, le gouvernement se constitue de manière séparée. Si du côté néerlandophone, il y a des adversaires d’une politique voulue par une toute grande majorité des Bruxellois, et bien cette toute grande majorité prendra les dispositions pour exécuter ce qu’elle souhaite. Je rappelle qu’on parlerait de la moitié des 7% que représente l’électorat bruxellois néerlandophone, une telle minorité ne peut pas bloquer les institutions.

Via des mécanismes tels qu’envisagés pour faire passer le décumul et contestés chez les néerlandophones de Bruxelles?

Des mécanismes qui peuvent être similaires ou encore à imaginer. À cet égard, la créativité est féconde.

Le président du MR prône une reconduction de l’attelage fédéral et de l’alliance wallonne avec le cdH tandis que le PS veut une coalition dite du progrès avec DéFI et Ecolo. Commentaire?

Ma préférence va au choix de l’électeur et non à celui de présidents, aussi importants soient-ils. Que MM Chastel et Di Rupo disent que les élections ne servent plus à rien et les annulent alors. L’élection est un moment qui doit être respecté, ici on dirait que la politique, c’est copains coquins qui s’arrangent pour bypasser l’électeur. Ce n’est pas la tasse de thé de DéFI. Ceci dit, je ne vois pas le PTB comme un parti capable de gérer et quand je vois que le projet de la N-VA, c’est la cogestion de Bruxelles par la Flandre et la Wallonie, cela me paraît difficile.

On sent bien qu’il y a plus d’atomes crochus entre DéFI et PS qu’entre MR et DéFI…

Si le MR était un peu raisonnable et revenait sur les déclarations matamoresques de Didier Reynders qui consistent à vouloir se marier à Bruxelles avec les ennemis de Bruxelles, c’est un parti qui entrerait dans le jeu. Les Bruxellois veulent-ils de la cogestion? C’est dans le programme N-VA et c’est le choix du MR. Pas le mien.

M. Chastel dit que voter DéFI c’est voter PS.

Ce n’est que du positionnement préélectoral. Dans les grandes villes, le MR fait les yeux doux au PS. On le voit déjà à la Ville de Bruxelles avec M. Courtois.

La démission de Nicolas Hulot a remis l’enjeu écologique au centre du débat. À votre avis, peut-on faire de l’écologie dans le cadre politique existant? Peut-on en faire sans le parti Ecolo?

N’en déplaise à Madame Khattabi (coprésidente d’Ecolo), j’ai été ministre de l’Environnement pendant 15 ans et j’ai jeté les bases de la politique environnementale dans cette Région. Ce qui est vrai, c’est la difficulté dans notre société à mobiliser des partis politiques, des médias et l’opinion publique sur des enjeux de moyen ou long terme. C’est une forme de paralysie de notre démocratie. Cette législature a connu de grandes avancées comme la zone de basse émission qu’Ecolo, (au pouvoir entre 2004 et 2014, NDLR) a, avec d’autres, mis sous le boisseau pendant 10 ans. Il faut reconnaître qu’Ecolo à fait évoluer les choses en matière de performance énergétique dans la construction. Mais le problème des écologistes c’est qu’ils sont durs en campagne mais une fois au pouvoir, ils ont peur de perdre leurs acquis et sont d’une grande frilosité.

Que ferez-vous en 2019?

C’est prématuré. Il y a trois enjeux qui me passionnent et me mobilisent: je ne me résigne pas pour cette communauté métropolitaine qui est indispensable. Je me battrai jusqu’au bout. Ensuite, il faut une prise de conscience de l’état de l’enseignement à Bruxelles, on a 200 jeunes qui en sortent cette année sans qualification. C’est inacceptable. Le troisième défi, c’est les ressources de la Région bruxelloise alors qu’en 2025, le mécanisme de solidarité nationale va diminuer. Nous devons veiller à ce que le revenu moyen par habitant augmente. Voilà ce qui m’intéresse.

©Frédéric Pauwels / HUMA

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content