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reportage

La N-VA à la conquête de l'électeur, quelle que soit sa langue

©Dieter Telemans

À Bruxelles, la N-VA bat le pavé malgré sa volonté de fusionner l’échelon local avec la Région. Nous avons passé quelques heures avec Cieltje Van Achter, tête de liste à Schaerbeek.

Cieltje Van Achter a à peine le temps de rentrer dans le marché d’Evere qu’elle tombe nez à nez avec une figure du PS local, son camarade-député-bruxellois Ridouane Chahid. Sourires, salutations courtoises et c’est parti pour la traversée de cet incontournable de la vie communale auquel rendent visite nombre de Schaerbeekois voisins. C’est naturellement à eux que la tête de liste N-VA s’adresse avant tout ce mercredi matin.

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Cieltje Van Achter, 39 ans, est parvenue à trouver 8 candidats pour faire face à Bernard Clerfayt (DéFI) dans la cité des ânes. Ce qui n’est pas rien pour un parti néerlandophone aux racines locales peu profondes dans la capitale. À Evere, par exemple, les nationalistes ne sont que deux à se présenter alors que tous les autres candidats néerlandophones sont noyés sur la Liste du bourgmestre emmenée par le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS). "Il y a beaucoup de néerlandophones qui sont fâchés de cette situation, ils ne veulent pas soutenir le PS", explique Cieltje Van Achter.

La campagne électorale, c’est le côté amusant de la politique, dit-elle avant de foncer à la rencontre des gens. Le soleil est plutôt frisquet, mais elle est réchauffée par un survet’ jaune distribué par le parti à tous les candidats. Difficile de rater la N-VA, donc. En main, son flyer de campagne où figurent, en bonne place, les champions que sont devenus Jan Jambon et Theo Francken. Ces deux-là ne sont pas candidats à Bruxelles mais servent d’étendard à toutes les têtes de liste N-VA.

©Dieter Telemans

Les chalands défilent avec leur cabas, très souvent dans l’indifférence. "Permettez-moi de me présenter", attaque Cieltje Van Achter, tantôt en français tantôt en néerlandais. La plupart des regards se détournent. Puis une femme s’empare du prospectus de campagne. Elle a manifestement bien repéré de quoi il s’agit. "Je crois qu’il y a de bonnes choses dedans", dit-elle dans la langue de Voltaire. Cieltje Van Achter est tout sourire.

Ça ne rate pas, un peu plus loin, des Schaerbeekois se promènent. Et pas n’importe lesquels. Nous sommes en présence de Mike et Liliane. Cette dernière est l’heureuse propriétaire d’une collection de 6.000 grenouilles dans le quartier de Helmet. "Nous ne sommes pas très contents du bourgmestre, dit Mike. Il n’est jamais venu voir le musée de Madame malgré nos invitations." Quant à la N-VA? "On n’a pas encore fait notre choix mais ça semble un parti sérieux."

La conversation s’engage sur la vie à Schaerbeek, le plus normalement du monde. On demande à la candidate comment le projet nationaliste de la N-VA est accueilli durant cette campagne. Pas trop mal, selon elle. "Les gens en ont marre du laisser-faire, du laxisme et des problèmes de sécurité", poursuit Cieltje Van Achter. Oui mais l’indépendance flamande, la fin de la Belgique? "Les gens me posent parfois ces questions, mais quand j’explique le confédéralisme que nous prônons, ils le comprennent parfaitement. Et pour Bruxelles, on veut une ville mieux gérée par une Région et non plus les 19 communes. On n’avance pas. À Schaerbeek, sur la sécurité routière, ce sont les Schaerbeekois qui se sont d’abord mobilisés, puis les médias, avant la commune. C’est tout de même triste."

Le respect des néerlandophones

Cieltje Van Achter interpelle un passant. "C’est la N-VA, non merci", lui dira-t-il en poursuivant sa route. Résonnent bientôt les flonflons d’une fanfare. "C’est celle de la liste du bourgmestre, je crois." Bingo. Rudi Vervoort écume le marché en compagnie de son acolyte de l’Open Vld Guy Vanhengel. Les deux cadors d’Evere (le PS y est ultra-dominant depuis des décennies) se la jouent proximité, en terrain quasi conquis. "Vous voyez celui-là, c’est mon frère jumeau, un type formidable, il faut voter pour lui", lance Guy Vanhengel en riant à une femme qui s’était rapprochée de la candidate N-VA. Il a le doigt sur son tract de campagne. "J’habite Evere depuis des années, j’ai souvent voté pour lui, répond-elle en désignant Rudi Vervoort. Mais maintenant j’ai envie de réfléchir…" Cieltje Van Achter sourit à nouveau. "Réfléchissez bien, Madame", lui lance alors Rudi Vervoort tandis que la femme s’éloigne.

©Dieter Telemans

La conversation s’engage avec Cieltje Van Achter notamment sur le fait que la Liste du bourgmestre a apporté sa signature pour permettre à la N-VA de se présenter aux élections. À Evere, l’opposition Ecolo en fait ses choux gras. "Certes, nous avons un projet de société tout à fait différent mais la N-VA reste un parti démocratique et je suis un démocrate", se défend Rudi Vervoort non sans rappeler à Cieltje Van Achter qu’à Schaerbeek, la signature d’Ecolo a permis à la N-VA de participer au scrutin communal.

"On perd du temps à parler avec eux", souffle la nationaliste après avoir salué Rudi Vervoort et Guy Vanhengel, à qui elle s’oppose semaine après semaine au Parlement régional. L’ambiance est plutôt bon enfant mais c’est l’électeur qu’il faut viser avant tout. Plus loin, elle croise la route d’un Schaerbeekois qui ne lui est pas inconnu. Il est intarissable sur les méfaits du prolongement du métro vers le nord à travers sa commune. "Je suis apolitique, lance-t-il, mais je veux être respecté comme néerlandophone." Cieltje Van Achter appuie: "La commune de Schaerbeek reçoit 6 millions d’euros par an pour son échevin néerlandophone mais tout le service jeunesse, par exemple, fonctionne uniquement en français, on accepte les néerlandophones à condition qu’ils parlent le français."

Barrière de la langue

On retrouve Cieltje Van Achter vendredi matin, dans le quartier de la place Eugène Verboeckhoven, à Schaerbeek. Avec une co-listière, elle dépose les folders N-VA dans les boîtes aux lettres. Là encore, le contact avec la population est plutôt convivial et bienveillant. Elle entre dans une boulangerie marocaine. Sans difficulté, elle obtient du commerçant de placer une affiche dans la boutique. Le boulanger ne parle aisément ni le français ni le néerlandais. Il admet "ne pas connaître" la N-VA. "Je n’ai jamais essayé", nous dira-t-il. Un peu plus loin, un homme manifeste sa sympathie dans un français laborieux. "Il nous faut quelqu’un de ferme, pas comme les autres. Pour mettre de l’ordre", dit-il à la candidate N-VA.

"Quand j’explique le confédéralisme que nous prônons, les gens le comprennent parfaitement."
Cieltje Van Achter
Tête de liste N-VA à Schaerbeek

Le parti nationaliste ne laisse apparemment pas l’électeur indifférent. "Les gens nous disent, ‘on connaît Theo et Jan Jambon’, on entend que nos ministres travaillent fort, prennent les problèmes au sérieux, on nous parle du plan canal, ce n’est pas normal qu’il faille encore organiser le contrôle des domiciles, nous avait dit Cieltje Van Achter mercredi. Theo Francken et Jan Jambon travaillent beaucoup pour Bruxelles mais ce sont surtout les sujets locaux qui nous reviennent: la propreté, la sécurité…"

Pour grandir à l’échelon local, la N-VA devra séduire au-delà de la minorité néerlandophone de Bruxelles.

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