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La psychothérapie commence au MR

Didier Reynders est pris pour cible après l'échec des libéraux bruxellois aux communales. ©Photo News

Boris Dilliès, bourgmestre d’Uccle, s’en prend au leadership de Didier Reynders à Bruxelles.

Les hostilités sont lancées à l’intérieur du MR bruxellois. Dimanche, les Bleus ont connu une double déconvenue dans la capitale: une perte électorale par rapport aux communales de 2012 qui, combinée à un isolement hérité de leur alliance fédérale avec la N-VA, a conduit la gauche à les contourner partout où cela était possible.

"On dirait une Renaissance bis."
Un MR

Résultat, le MR est sorti de six majorités communales dont celles de la Ville de Bruxelles, d’Ixelles et d’Anderlecht et perd quatre mayorats dont Ixelles, Molenbeek et Koekelberg. Consolation, il retrouve le pouvoir à Forest et le conserve à Uccle et Etterbeek grâce à… Ecolo.

Et les carottes ne sont pas encore tout à fait cuites à Molenbeek où un échec de Catherine Moureaux à rallier PTB et Ecolo pourrait remettre le MR dans la course au pouvoir. Deux bourgmestres sauvés des eaux sont sortis du bois ce mercredi pour battre la coulpe libérale et accepter cet échec. Non sans cogner sur Didier Reynders, patron des libéraux bruxellois. "On dirait une Renaissance bis", soupire un MR, se rappelant de l’éviction du Ucclois de la présidence du parti par le clan Michel.

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Reynders envoyé à la Région

Boris Dilliès, dans Le Soir, estime que Didier Reynders manque d’engagement à Bruxelles. Il "est un atout pour le MR mais ça nous fait une belle jambe s’il n’est pas exploité", dit le bourgmestre reconduit d’Uccle. Il appelle le ministre des Affaires étrangères à réunir la régionale pour adresser un message clair de leadership car elle manque de dynamisme, estime-t-il. Pour lui, Didier Reynders devra aussi tirer la liste MR pour les élections régionales l’an prochain.

On fait remarquer que le Premier ministre passe autant sinon davantage de temps que le ministre des Affaires étrangères à s’occuper de ce qui se passe à l’étranger plutôt qu’en Belgique.

Côté Reynders, on refuse d’entrer dans une logique de guerre des clans et on privilégie le recours à un dialogue constructif entre les trois ténors du parti, à savoir Reynders, Michel et Chastel. Pour le reste, on pointe le fait que le président Chastel est pour le moins affaibli par les communales avec un faible score a Charleroi et que du côté du Premier ministre, on est perdant sur toute la ligne à commencer par la province du Brabant wallon.

On fait également remarquer que le Premier ministre passe autant sinon davantage de temps que le ministre des Affaires étrangères à s’occuper de ce qui se passe à l’étranger plutôt qu’en Belgique et que ce n’est peut-être pas le choix le plus opportun en pleine période électorale.

Bouc émissaire

D’autres, plus directs, pointent encore le fait que les maillons faibles gouvernementaux viennent tous de la galaxie Michel – de Marghem à Galant en passant par Jamar. Certains sont plus durs encore et trouvent Boris Dilliès "gonflé". "Ils perdent et puis ils viennent dire que c’est de la faute de celui qui n’a pas participé au scrutin…", dit un reyndersien.

Les libéraux d’Uccle n’ont pas été capables de retenir l’échevin sortant Marc Cools qui a capté 10% de l’électorat sur une liste dissidente et d’intégrer Didier Reynders sur la liste. Ceci après des arrangements internes qui visaient à protéger le leadership de Boris Dilliès sous l’égide de Charles Michel et de son influent relais ucclois, Valentine Delwart, échevine et secrétaire générale du parti.

"L'unique boulot d'Olivier Chastel, c'était de réussir ces communales."
Un libéral

Dans cette commune très libérale, la liste MR perd un tiers de son électorat, rappelle-t-on à au MR où la prise de position du bourgmestre d’Uccle est perçue comme une opération téléguidée par Charles Michel. Pour faire porter le chapeau de l’échec bruxellois à son vieil ennemi et/ou commencer à sortir Reynders du jeu pour réserver la tête de liste fédérale à Sophie Wilmès, ministre du Budget, dont Boris Dilliès salue la victoire à Rhode-Saint-Genèse.

Braquer les projecteurs sur Bruxelles est aussi une façon de détourner l’attention de l’échec du MR dans les grandes villes wallonnes "où le recul est plus important qu’à Bruxelles", constate un libéral. On vise Reynders pour éviter Michel et le président Olivier Chastel "dont l’unique boulot était de réussir ces communales", glisse un MR.

Une influence en déclin

A charge, Didier Reynders n’a jamais été très impliqué dans sa fonction de président régional. "C’est son style, il laisse aux locales leur autonomie mais il est là dès qu’on l’appelle", défend un fidèle. Et son retrait à Uccle suffit à lui seul à montrer sa perte d’influence politique. Ses principaux soutiens, Armand De Decker, Alain Destexhe ou Corinne De Permetier, pour ne citer qu’eux, ont quasiment disparu de l’échiquier.

Quant à Vincent De Wolf, depuis son bastion préservé d’Etterbeek, il s’inquiète de la ligne politique du parti.

Quant à Vincent De Wolf, depuis son bastion préservé d’Etterbeek, il s’inquiète de la ligne politique du parti dans La Libre. Il prône un retour du libéralisme social afin que le MR soit plus en phase avec les réalités bruxelloises. Au moins, le MR semble uni sur un constat: il n’est pas parvenu à séduire un électorat jeune, urbain, soucieux de la qualité de vie en ville. Cet électorat qui a conduit les écologistes à la victoire dimanche.

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