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analyse

La répétition générale creuse le fossé entre francophones et néerlandophones

©Nicolas Vadot

En difficulté dans les grandes villes, le MR doit constater que la gauche gagne du terrain dans l’opinion francophone. PS et Ecolo peuvent bousculer l’exécutif wallon, doucher quelque espoir à Bruxelles et compliquer les choses au Fédéral.

Des élections communales en guise de répétition générale pour les scrutins régional, fédéral et européen du printemps 2019. Ce 14 octobre allait-il bousculer les équilibres politiques à l’échelle du pays, se demandait L’Echo ce week-end. Aussi locaux qu’ils soient, les résultats de dimanche démontrent que quelque chose a effectivement changé dans le paysage politique belge.

Côté francophone, il est incontestablement plus vert et plus rouge (rouge PTB, entendons-nous) alors que les trois partis dits traditionnels sont en net recul.

En Flandre, la N-VA conserve son bastion anversois mais le poids diminué de son alliance avec le CD&V et l’Open Vld risque de changer la donne des alliances à venir au niveau fédéral. Mais que retenir de tout cela?

→ Pour retrouver toutes les infos concernant les élections communales de dimanche, n'hésitez pas à consulter notre dossier ici.

1. En Wallonie, le mariage MR-cdH a du souci à se faire.

Les résultats dans les cinq provinces, où les partis politiques présentent leur "marque" avant leurs personnalités, on constate un tassement général pour les trois partis traditionnels. De 4% environ pour le MR à l’exception du Luxembourg où les libéraux se maintiennent. Le PS perd quant à lui entre 5 et 7% alors que le cdH enregistre une dévaluation de 3 à 4% dans toutes les provinces wallonnes. Ces reculs profitent à Ecolo et au PTB qui bondissent un peu partout.

"La chute du MR et du cdH démontre qu’on assiste à une poussée à gauche en Wallonie."
Jean Faniel
Politologue en chef au Crisp

Ces évolutions sont de nature à inquiéter les deux alliés aux commandes de la Wallonie depuis l’été 2017. MR et cdH tentent de droitiser la politique régionale dans la foulée des orientations prises au niveau fédéral et voici que la gauche, dans son ensemble, semble vouloir progresser dans l’opinion. "La chute du MR et du cdH démontre qu’on assiste à une poussée à gauche en Wallonie", confirme Jean Faniel politologue en chef au Crisp.

En outre, le PS, envoyé dans l’opposition par le coup de Jarnac de Benoît Lutgen en juin 2017, limite la casse malgré un climat d’affaires qui ne lui était pas favorable. Résultats, un MR-cdH au lendemain des élections régionales de l’an prochain risque de s’avérer un peu court pour poursuivre l’aventure centro-libérale pour cinq années de plus. D’après les projections en sièges des résultats de deux partis dans les provinces, cette majorité n’est plus possible.

2. À Bruxelles, les bleus sont laminés.

Dans la capitale, la poussée des verts est encore plus forte qu’en Wallonie. Ils décrochent trois mayorats (Watermael-Boitsfort, Ixelles et Forest), montent dans la majorité à la Ville de Bruxelles et à Uccle sur la base de résultats qui dépassaient leurs ambitions les plus optimistes.

Les libéraux sont à la fois victimes de leur isolement politique découlant d’une alliance fédérale avec la N-VA qui ne leur profite pas et de l’essoufflement de la marque MR en Région bruxelloise.

Ce mouvement s’accompagne d’une chute généralisée du MR qui, fragilisé, est exclu de nombre de communes d’importance (Ville de Bruxelles, Anderlecht, Ixelles, Molenbeek), perd un bastion historique (Koekelberg), se maintient malgré un ressac important (Uccle) et ne décolle pas dans des communes qui lui sont potentiellement exploitables comme Schaerbeek ou Woluwe-Saint-Lambert.

Tout au plus affiche-t-il une progression à Watermael-Boitsfort où il reste dans la majorité emmenée par Olivier Deleuze (Ecolo) ou une belle tenue à Woluwe-Saint-Pierre, sans toutefois retrouver le pouvoir gardé par le cdH, DéFI et Ecolo.

Les libéraux sont à la fois victimes de leur isolement politique découlant d’une alliance fédérale avec la N-VA qui ne leur profite pas et de l’essoufflement de la marque MR en Région bruxelloise. En face, le PS fait mieux que résister après le scandale du Samusocial et privilégie des alliances progressistes avec Ecolo là où cela est possible.

Les résultats de ces élections lui permettent de faire payer au MR son cavalier seul au niveau fédéral et de placer son curseur à gauche. L’éjection du MR à Koekelberg, Bruxelles, Ixelles et Anderlecht confirme une stratégie anti-MR du PS dans la capitale.

À Bruxelles, la N-VA rate sa tentative de séduire l’électeur francophone.

En résumé, ça ne sent pas bon pour un MR bruxellois qui n’en peut plus de l’opposition régionale. Maigre consolation, la N-VA et ses 7 élus échouent à séduire un électorat francophone de droite au niveau communal.

De son côté, le PS enregistre des reculs parfois sévères et va devoir s’habituer à la présence renforcée du PTB dans de grosses communes populaires (Anderlecht, Molenbeek, Ville de Bruxelles et Forest par exemple).

A l’occasion de ce scrutin local, DéFI déçoit largement les attentes en stagnant plutôt qu’en progressant, mais reste un partenaire potentiel du PS et d’Ecolo à l’échelon régional.

De son côté, le cdH, malgré des participations au pouvoir dans plusieurs communes et l’avènement d’un nouveau bourgmestre à Ganshoren (Pierre Kompany, père de Vincent le footballeur), ne parvient pas vraiment à enrayer son déclin électoral qui lui coûte des sièges dans plusieurs communes. Ces tendances risquent fort de se répéter, voire de s’accentuer, lors des élections de mai prochain.

3. Des mamours PS-PTB… de façade?

À Molenbeek, Liège et Charleroi, le Parti socialiste a entamé des discussions avec le PTB. Une première pour ces deux ennemis de gauche. Nombre d’observateurs estiment qu’il s’agit là surtout d’un coup de bluff servant à démontrer que le PTB ne veut pas prendre ses responsabilités et embrasser le pouvoir même quand les urnes le lui permettent.

À l’intérieur du PS, certains estiment toutefois qu’il serait peut-être temps de mouiller les radicaux de gauche afin de montrer au monde l’irréalisme de leur programme.

Une petite séance de décrédibilisation qui n’est pas pour déplaire au PS qui voit le PTB le saigner dans quelques-uns de ses bastions. Au final, des alliances entre PS et MR, comme à Verviers, pourraient sortir de ces processus.

À l’intérieur du PS, certains estiment toutefois qu’il serait peut-être temps de mouiller les radicaux de gauche afin de montrer au monde l’irréalisme de leur programme. Ces premiers contacts dans ces trois grandes villes font dans tous les cas office de test pour le PTB.

4. La N-VA s’en sort plutôt bien. La suédoise beaucoup moins.

"Plutôt qu’une poussée à gauche, on assiste en Flandre à une recomposition à droite et à l’extrême droite d’un côté, et à gauche de l’autre", constate Jean Faniel. Au regard des résultats dans les provinces du Nord, la coalition au pouvoir au niveau de la Communauté flamande (N-VA, CD&V, Open Vld) "souffre mais tient bon", ajoute le politologue. Par contre, il faut bien constater une remontée du Vlaams Belang qui pourrait se poursuivre dans les prochains mois et nuire aux intérêts de Bart De Wever.

Conséquences possibles des tendances qui se dégagent depuis dimanche, la coalition suédoise (N-VA, CD&V, Open Vld et MR comme unique partenaire francophone) en place depuis 2014 n’aura peut-être plus de majorité en 2019.

Quelles conséquences pour le niveau fédéral? Avec une Belgique francophone qui braque à gauche et une Belgique néerlandophone qui demeure majoritairement de droite, le fossé entre les deux principales communautés du pays semble se creuser, faisant le lit de la théorie inlassablement répétée de Bart De Wever. On parle du pays et de ses deux démocraties.

Conséquences possibles des tendances qui se dégagent depuis dimanche, la coalition suédoise (N-VA, CD&V, Open Vld et MR comme unique partenaire francophone) en place depuis 2014 n’aura peut-être plus de majorité en 2019. "C’est une mauvaise nouvelle pour la N-VA au plan socio-économique", relève Jean Faniel.

Sur le plan institutionnel, par contre, la N-VA pourrait "retomber sur ses pattes" en y trouvant l’occasion de relancer une nouvelle offensive vers le confédéralisme qu’ils appellent de leurs vœux en prélude à l’indépendance de la Flandre. On sent dans l’air comme un parfum de blocage communautaire.

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