analyse

Les libéraux font tout pour masquer leur gueule de bois

©BELGA

Les libéraux refusent de voir leur défaite, mettent la tête dans le sable et disent que c’est la faute au beau temps.

Le président des réformateurs Olivier Chastel a beau y mettre tout son aplomb en assurant que le scrutin local de dimanche n’est pas un revers pour les libéraux, il n’y a pas grand monde pour y croire. Et, peu importe la direction dans laquelle les bleus regardent, le ciel est tout sauf azur. À Bruxelles, les libéraux ont subi des revers inattendus d’Ixelles à Bruxelles-Ville en passant par Molenbeek et Anderlecht. En Wallonie, le ressac pointe également puisque de Liège à Charleroi en passant par Namur – et même dans le Brabant wallon ou en périphérie bruxelloise –, les libéraux sont à la peine. Lots de consolation: le pugnace Georges-Louis Bouchez fait progresser les libéraux montois, le premier wallon Willy Borsus défend honorablement ses couleurs, Daniel Bacquelaine également. Quelques arbres libéraux qui masquent la forêt.

Et la communication du MR – "On stabilise comme en 2012 à 99 bourgmestres." – laisse dubitatif tant elle occulte la baisse généralisée du parti sur l’échiquier local.

Comment en est-on arrivé là, mon bon monsieur/ma bonne dame?

On pourrait gloser à l’infini sur le fait que le chef de gouvernement Charles Michel ne se soit pas impliqué dans la campagne électorale. Est-ce que cela a handicapé le MR? Pour le poser simplement: on n’est pas certain qu’un Michel candidat aurait forcément inversé le cours des choses autre part qu’à Wavre et sa proche banlieue. Pareil à Bruxelles: l’absence de Didier Reynders sur la liste libérale à Uccle a inévitablement affaibli le MR local mais les raisons du revers ne sont pas nécessairement à chercher du côté de ces absences.

"Ecolo a parfaitement exploité les failles et le nucléaire ne nous a pas aidés."
Charles Michel
Premier ministre

En réalité, le MR navigue à vue et à contre-courant. Le libéralisme social de Louis Michel est aux oubliettes depuis longtemps, le libéral-sarkozysme qui fit les beaux jours de Reynders à la présidence en 2007 est enterré: où en sont les libéraux aujourd’hui? On peut mettre sa tête dans le sable et arguer que le scrutin local reste local, il n’en est rien, à six mois d’un scrutin XXL, il imprime des tendances qui, dans les médias, dans l’opinion publique, vont rester et dicter la petite musique de la campagne à venir. Or, quelle est-elle précisément, cette musique? Que le MR est à droite, qu’il gouverne contre la majorité des francophones, qu’il est esseulé, qu’il est entêté et que les seuls (bons) résultats de cette politique sont le fruit de la conjoncture internationale… On passe sur le chapitre "suiveur de la N-VA/Theo Francken", car au vu de la popularité de Francken en Wallonie, c’est peut-être encore un des meilleurs arguments de vente des libéraux à l’heure actuelle.

Pour le reste, pour inverser la tendance, il va falloir sortir les rames. Il va falloir que ces libéraux-là sortent davantage en Wallonie – cette "Wallonie de gauche" qu’ils exècrent, parfois. Mais visiblement, on n’en est pas encore à l’heure de l’autocritique dans la maison bleue.

"Nous n’avons certainement pas à rougir de nos résultats en Wallonie."
Denis Ducarme (MR)

Lundi matin, avenue de la Toison d’Or, bureau de parti, Denis Ducarme a tenu un discours sur l’air de "tout va très bien, Madame la marquise": "Nous n’avons certainement pas à rougir de nos résultats en Wallonie", a-t-il dit devant ses coreligionnaires. Charles Michel a, de son côté, matraqué le fait que l’air du temps était aux thématiques défendues par les verts: "Ils ont bien joué le coup et ont tout exploité, la peste porcine, le réchauffement climatique avec le rapport du Giec et puis, il faut admettre que le nucléaire ne nous a pas aidés." Coup d’œil appuyé à la ministre de l’Énergie Marie Christine Marghem (qui n’a pas dit un mot). Sa gestion erratique des récentes informations au sujet de possibles black-outs reste en travers de la gorge de nombreux libéraux. Et puis le Premier ministre a porté une de ses estocades favorites – contre les médias. "Quand la RTBF ouvre son JT de 19h30 samedi sur le dérèglement climatique, on sait que tout est mis en place pour qu’Ecolo gagne", ont retenu plusieurs témoins de la scène.

"Ça ne va pas. On a un problème avec la marque MR, on ne peut se voiler la face."
Georges-Louis Bouchez

La Bruxelloise Alexia Bertrand a bien tenté d’adoucir la gueule de bois générale en insistant pour que les libéraux mettent en avant leurs propres solutions écologiques. "C’était courageux et bien amené, relève un participant, mais franchement, l’ambiance n’y était pas." D’autant que Bouchez (prononcez "GL") en a remis une couche – conforté par son bon score: "Il faut quand même regarder la situation en face: dans les grandes villes en Wallonie, qui représentent 700.000 habitants, 25% de l’électorat, le MR est perdant quasiment partout. Ça ne va pas. On a un problème avec la marque MR, on ne peut se voiler la face."

Ouvrez la pharmacie. Il va falloir quelques comprimés d’aspirine.

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