Les petites communes offrent le meilleur rapport qualité/prix

©Guy Puttemans

Itinera Institute a établi un baromètre d’efficacité des communes wallonnes.Et on constate que les grandes villes n’y sont pas bien placées, contrairement aux villages.

Avec quelle efficacité les communes utilisent-elles leurs deniers publics? Qui fait le mieux avec le moins de moyens? Itinera Institute a fait l’exercice, à la veille des élections communales, en établissant un baromètre de l’efficacité des communes wallonnes en regard des recettes dont elles disposent. Quels sont les enseignements à en tirer?

"Les grandes villes concentrent les problèmes liés à la mobilité, la sécurité, la criminalité, l’endettement, le chômage, le manque de logements sociaux."
jean hindriks
économiste chez itinera institute

On remarque avant tout que les communes les plus efficaces compte tenu des moyens dont elles disposent sont généralement des petites communes. Les grandes villes se classent beaucoup moins bien… "C’est révélateur de la situation plus difficile vécue dans les villes, explique Jean Hindriks, économiste chez Itinera Institute et auteur du baromètre. Les grandes villes concentrent les problèmes liés à la mobilité, la sécurité, la criminalité, l’endettement, le chômage, le manque de logements sociaux. On y trouve aussi une forte concentration de personnes précarisées."

Prenez Charleroi, Liège, Mons ou même Namur: les scores sur les catégories comme les finances, l’économie ou la qualité de vie sont plutôt mauvais, alors que ces grandes villes disposent de recettes par habitant dans le haut du panier. Résultat, leur score au classement final s’en ressent… "Le seul critère sur lequel les grandes villes sont assez performantes, c’est celui de l’enseignement (mesuré au travers de l’offre de places disponibles), explique Hindriks. Elles attirent généralement les jeunes de petites communes voisines et disposent d’une offre de places suffisantes, ce qui les fait monter dans le classement."


Les villes et communes les plus pauvres (en termes de revenu par habitant) disposent de recettes par habitant plus importantes, grâce à une compensation donnée par le fonds des villes et communes. Une compensation qui ne se traduit pas nécessairement dans les performances en termes d’environnement, de qualité de vie, d’économie ou d’endettement…

And the winner is…

La commune qui remporte la palme du baromètre d’Itinera est Beauvechain. Commune du Brabant wallon d’à peine 7.000 habitants, elle dispose de moyens limités: 1.132 euros de recettes par habitant (contre une moyenne wallonne de 1.560 euros – Beauvechain est classée 20e sur 260, selon ce critère). Mais avec ces moyens limités, elle arrive à dominer 53 communes dans les cinq grandes catégories qui évaluent l’efficacité des politiques communales. Ses points forts, ce sont les finances, l’économie et l’environnement. Son endettement est très faible comparé à la moyenne de la Région, son taux de chômage est légèrement au dessus de la moyenne provinciale, mais reste raisonnable (8%).

©Mediafin

Pas toutes dans le BW

Le baromètre d’Itinera casse aussi un mythe. Les communes les plus efficaces ne sont pas nécessairement toutes concentrées dans les régions dites "riches" comme le Brabant wallon. La province compte deux communes dans le top 10, mais on en retrouve trois dans le Hainaut, deux dans la province de Namur, trois dans la province de Liège. Une répartition assez égale, finalement, entre les différentes provinces.

Ne manquez rien des élections communales

À l’inverse, les 10 dernières communes du classement se retrouvent en majorité dans le Hainaut, à Liège et dans le Luxembourg. "C’est aussi révélateur des problèmes socio-économiques dans ces régions et de l’appauvrissement qui s’y marque."

On constatera également que beaucoup de communes bien classées se situent dans la région germanophone, ainsi qu’à la frontière luxembourgeoise. Clairement, elles profitent économiquement de la proximité avec l’Allemagne et le Luxembourg.

La cartographie des communes, nous montre enfin un axe de communes bien classées qui court tout le long du sillon de l’Entre Sambre et Meuse. Certaines communes du Hainaut, comme Lobbes, Montignie-le-Tilleul, Gerpinnes et Frasnes-lez-Anvaing, affichent de bons scores. "Certaines communes pauvres sont bien classées aussi, ce qui montre qu’il n’y a pas de fatalité, il y a moyen de bien s’en sortir, dit Hindriks. Être dans le rouge, cela veut surtout dire qu’il faut agir et diagnostiquer les problèmes", dit l’économiste.

Itinera Institute n’a pas fait l’exercice pour les communes bruxelloises, les données n’étant pas comparables. Par contre, l’exercice existe aussi pour la Flandre. "Mais la Flandre réalise déjà son propre baromètre au travers du Moniteur des villes et communes. Ils y disposent de fiches par commune qui donnent le degré de satisfaction du citoyen sur différents critères". Cet outil de gestion communale manque par contre du côté wallon. "L’Iweps a mis sur pied un indice des conditions de vie, un pas dans le bon sens", dit Hindriks.

"Pas un bulletin des bourgmestres"

C’est à un exercice difficile et délicat que s’est livré Itinera Institute en proposant un classement des communes wallonnes sur base de leur efficacité, en regard des moyens dont elles disposent.

"Le but n’est pas ici de distribuer les bons ou les mauvais points aux bourgmestres en place juste avant que l’électeur ne se rende aux urnes", explique l’économiste Jean Hindriks, auteur du classement. Clouer au pilori tel ou tel bourgmestre, parce que sa commune performe moins dans un classement, n’aurait d’ailleurs pas de sens. Le bourgmestre n’est pas seul dans une tour d’ivoire à gérer sa commune. La gestion communale est le fait d’une équipe entière: les échevins, les conseillers communaux, mais aussi le personnel communal lui-même, de la réceptionniste à l’ouvrier des voiries.

"En outre, les résultats d’une commune dépendent aussi de circonstances externes sur lesquelles elle a peu d’emprise", précise Jean Hindriks. L’objectif est donc essentiellement de mesurer l’efficacité de la gestion d’une commune dans un souci de transparence démocratique. Donner la possibilité à l’électeur d’avoir un retour sur l’action de sa commune sur la base de résultats mesurables et quantifiables, plutôt que de se borner à voter en suivant le vent des promesses électorales. "Il s’agit ici d’objectiver les résultats d’une commune en la comparant à d’autres", dit l’économiste.

Cinq catégories

Comment Jean Hindriks a-t-il élaboré son classement? En premier lieu, l’économiste a déterminé les différents critères sur lesquels se mesurera l’efficacité de la commune"L’efficacité est appréciée comme un rapport qualité/prix", explique-t-il. Pour cela, il est parti des missions de base des communes, définies par l’Union des villes et communes de Wallonie. "La commune, c’est l’autorité qui régule la vie en société: état civil, permis d’urbanisme ou environnementaux, affectation du sol, mobilité et circulation, services de police, crèches, écoles, infrastructures sportives et culturelles, services médico-sociaux et CPAS,…".

Partant de là, Itinera a retenu cinq grandes catégories de compétences: état financier de la commune, variables économiques, enseignement, qualité de vie (criminalité, migration, logements sociaux, mobilité, maisons de repos,…) et environnement (en ce compris la consommation d’énergie). Pour chacune des cinq catégories, les économistes d’Itinera ont été rechercher les données d’une multitude d’indicateurs dans les statistiques disponibles, principalement à l’Iweps, généralement pour l’année 2016 (dette par habitant, solvabilité, chômage, fréquentation scolaire et places disponibles dans les écoles, taux de criminalité, logements sociaux inoccupés, couverture en crèche, quantité de déchets par habitants, consommation d’électricité,…).

Ne restait plus qu’à classer les communes. Itinera a d’abord réalisé un classement pour chacun des cinq indicateurs. Au plus la commune est haute dans le classement, au mieux elle performe dans cet indicateur).

©MEDIAFIN

Mais l’objectif final est bien de voir quelle commune fait le mieux avec le moins de moyens financiers. Les économistes ont donc mis en regard les ressources disponibles dans les communes (sur la base des recettes ordinaires par habitant), avec les performances sur chacun des indicateurs"On a d’abord comparé les communes entre elle, pour chacun des indicateurs, en utilisant la méthode de dominance. Une commune ‘domine’ une autre si et seulement si elle fait mieux sur chacun des cinq critères avec moins de moyens, explique Jean Hindriks. Une commune est d’autant mieux classée au final qu’elle domine un grand nombre d’autres communes, et qu’elle est elle-même dominée par un petit nombre de communes."

Pour passer devant une autre dans le classement, la commune doit donc battre le score pour les cinq indicateurs repris. Si l’on prend donc la commune de Beauvechain (Brabant wallon), grande gagnante du classement général, on remarque qu’elle "domine" 53 communes sur les cinq grandes catégories retenues, mais n’est dominée que par une seule commune. Son indicateur le plus performant est celui des finances communales.

À noter enfin que deux communes wallonnes ne sont pas reprises dans le classement, faute de données: Quievrain et Beaumont.

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