Liège | Vers une alliance PS-MR?

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C’est un des enjeux majeurs des élections du 14 octobre: la ville de Liège va-t-elle changer de cap? Au pouvoir depuis 1988 – une éternité en politique – la majorité PS-cdH vacille.

L’arithmétique électorale et le momentum politique ne plaident pas pour une reconduction entre socialistes et "humanistes". La Cité ardente bruisse en tout cas de rumeurs d’une possible alliance entre le PS et le MR. La "Violette" - le nom de l’hôtel de Ville de Liège – porterait alors magnifiquement son nom…

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Maître incontesté de la Ville depuis les années 1970, le Parti socialiste semble bien placé pour rester le premier parti. Mais le scandale Publifin a durement secoué les troupes liégeoises et les sondages – à prendre avec les précautions d’usage toutefois – annonce un PS affaibli d’une dizaine de pourcents au soir du 14 octobre.

Conscient du danger, le bourgmestre sortant et tête de liste Willy Demeyer s’est toutefois multiplié pour être présent sur le terrain et faire le ménage, abandonnant lui-même son mandat de député et de président de la fédération liégeoise du PS. Sur sa liste figurent quelques poids lourds traditionnels des socialistes liégeois, dont les échevins Maggy Yerna et Jean-Pierre Hupkens, alors que le ministre Jean-Claude Marcourt pousse cette liste.

Le MR est "PS compatible"

Les libéraux, emmenés par la présidente du Sénat Christine Defraigne et le député Gilles Foret, sont dans l’opposition depuis 38 ans. Ils restent une valeur forte à Liège mais semblent plafonner autour des 21-22% des intentions de vote. Sans doute trop juste pour rafler le maïorat. Le MR insiste sur la nécessité d’insuffler une nouvelle dynamique à Liège. Le parti a créé le hashtag #RelançonsLiège pour s’en faire l’étendard.

La personnalité de Christine Defraigne pourrait faciliter un rapprochement entre libéraux et socialistes. Avec son groupe, elle a, par exemple, appuyé une motion de la Ville contre les visites domiciliaires chez les personnes accueillant des migrants. "Pour le PS, le MR est tout à fait fréquentable politiquement à Liège. Je ne suis pas sûr qu’avec le MR dirigé par Didier Reynders (qui était chef de file du MR liégeois avant son déménagement à Bruxelles, NDLR), Willy Demeyer aurait eu les mêmes envies de rapprochement", sourit Pierre Verjans, politologue à l’Université de Liège.

"L’affaire Publifin a renforcé la défiance et l’éloignement d’une partie des citoyens vis-à-vis du monde politique."
Pierre Verjans
Politologue à l'Université de Liège

Le cdH, pour sa part, est en difficulté. La liste "humaniste" est emmenée par Carine Clotuche. Les sondages n’augurent pas de résultats positifs, avec un recul en sièges et une cinquième position dans la hiérarchie des partis. Selon Pierre Verjans, une alliance PS-cdH pourrait être arithmétiquement impossible à reconduire mais, selon lui, il ne faut pas y voir un dégât collatéral de la rupture entre les deux partis au niveau de la Région wallonne.

"Je ne pense pas qu’il y ait une liaison entre la vie locale et la vie régionale. Cela a été affirmé rapidement après le ‘coup’ de Benoît Lutgen en juin 2017. Mais une alliance MR-PS pourrait être la seule possible avec deux partis. Or, pour gérer une ville, il est quand même beaucoup plus facile d’avoir une coalition restreinte à deux plutôt qu’une majorité à trois partis", souligne-t-il. Le scénario d’une éviction totale du PS du pouvoir, par le truchement d’une coalition MR-cdH-Ecolo par exemple, semble quasi impossible.

PTB en embuscade

Le score du PTB sera également tout particulièrement scruté. La gauche radicale a le vent en poupe en Wallonie comme à Bruxelles et espère réaliser de bons scores dans plusieurs villes. Liège est clairement un objectif, même si sa liste sera tirée par la conseillère communale Sophie Lecron et non par le porte-parole du parti, le très médiatique Raoul Hedebouw (en dernière place).

Pour autant, selon Pierre Verjans, le PTB n’a pas des envies de pouvoir et une coalition PS-PTB, arithmétiquement imaginable, semble illusoire. "Le gros problème du parti est qu’il n’a jamais exercé de responsabilités. Il n’est pas sûr qu’il ait le personnel politique pour pouvoir gérer une grande ville et tenir un échevinat. Je pense que Raoul Hedebouw préfère remonter le parti en Flandre, et il s’y investit d’ailleurs beaucoup."  

A gauche toujours, les écologistes se présentent sous le label "Vert ardent" à la tête d’un mouvement éco-citoyen ouvert à des personnalités extérieures (comme Alain De Clerck par exemple). Caroline Saal figure en tête de liste. Ils représentent de longue date une force solide à Liège et cette élection ne devrait pas déroger à la règle. Les questions de bonne gouvernance, mises en exergue à nouveau à l’occasion du scandale Publifin, vont dans leur sens.

La coopérative Vega (verts et à gauche), qui avait décroché un strapontin il y a six ans, est également de la partie. Avec un certain Marcel Cools, le fils d’André, sur sa liste. Notons l’apparition de DéFI, avec François Pottié en tête de liste, sur l’échiquier politique liégeois.

L'impact de Publifin

"L’impact du scandale Publifin sur le scrutin est incertain", souligne Pierre Verjans. D’une part, le PS n’est pas le seul parti à avoir été "mouillé" dans l’affaire. Même si c’est dans une moindre mesure, le MR et le cdH ont également été épinglés. D’autre part, le scandale remonte déjà à quelques mois et son effet s’atténue. "Le plus probable est que l’affaire Publifin ait renforcé la défiance et l’éloignement d’une partie des citoyens vis-à-vis du monde politique dans son ensemble", estime le politologue.

La campagne électorale déroule des thématiques urbaines classiques (mitoyenneté, sécurité, mobilité…). "Pour l’instant, je ne vois pas de grande ligne de fracture (entre les partis)", indique Pierre Verjans.

Le tram

Pour la Cité ardente, un des grands enjeux de la prochaine législature sera la concrétisation du tram, qui reliera le stade du Standard à Sclessin à Coronmeuse en passant par les Guillemins, les boulevards et la place Saint-Lambert. Après des mois et même des années de retard (notamment à cause d’un conflit avec l’Europe sur le montage financier), le projet entre dans sa phase finale.

Le nouveau conseil d’administration de l’OTW (Opérateur de transport de Wallonie) vient de se prononcer entre les deux consortiums en lice pour décrocher le marché et il a choisi Tram'Ardent du groupe espagnol CAF. Le coût global est estimé à 1,2 milliard d'euros à charge de la Région wallonne. La mise en service est prévue d’ici 2022. Pour Liège, c’est un chantier fondamental non seulement en termes de mobilité, évidemment, mais aussi en termes d’image de marque, de renouveau urbain et de développement économique.

Lié au développement du tram, un projet d’éco-quartier à Coronmeuse (1.300 logements, des espaces publics…) doit voir le jour en 2020.

Un autre grand projet d’infrastructure est celui de Bavière. Situé en Outremeuse, entre la Meuse et la Dérivation, le quartier est à l’abandon depuis que l’hôpital y a cessé ses activités au milieu des années 1980. Les travaux viennent enfin de débuter pour y implanter, d’ici 2022, un grand pôle culturel (intégrant, entre autres, un incubateur d’entreprises).

Dans un tout autre registre, la "salle de shoot" (un espace de consommation de drogues encadrée par des professionnels de la santé) va voir le jour en plein centre-ville et est un projet à suivre. À l’heure actuelle, la consommation de drogues en pleine rue est une réalité visible… et pas vraiment rassurante.

Enfin, "un grand défi pour la prochaine majorité sera la revitalisation de quartiers comme Amercœur voire Saint-Léonard", souligne Pierre Verjans. Le tout avec des finances communales toujours difficiles, avec un budget ordinaire (à l’équilibre en 2018) de 585 millions d’euros.

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