Partout où c'est possible, le PS semble vouloir se défaire du MR

C'en est fini de l'alliance PS-MR à la Ville de Bruxelles. Ainsi en a décidé le socialiste Philippe Close, qui a préféré s'allier avec les écologistes, renvoyant le MR d'Alain Courtois dans l'opposition. ©Photo News

Bien sûr, le bilan des communales est contrasté. Mais à côté de la victoire écologiste, une tendance semble se dessiner. Là où il a la main et où l'arithmétique électorale le lui permet, le PS relègue le MR dans l'opposition. Comme à Koekelberg, Tournai, Molenbeek, Dinant, Bruxelles ou Ixelles. Bien sûr, des exceptions existent.

On l'a déjà écrit, ici notamment: Ecolo sort nettement renforcé de ces élections communales, tandis que le Parti socialiste a tendance à résister, voire même, ici et là, à faire mieux que cela. C'est une première tendance, lourde.

Au lendemain matin de ce scrutin local, une seconde tend à se dessiner. On savait PS et MR à couteaux tirés sur les terrains de jeux fédéral et régional. Voilà qu'il semble que ce ne soit pas sans répercussions à l'échelon local. Comme si une ligne avait été tracée par les socialistes, voire un ordre de mission discrètement envoyé depuis le boulevard de l'Empereur. Là où c'est possible, débarrassez-vous du MR - un commandement qui semble même plus fort que la rancoeur socialiste à l'égard du cdH, depuis le renversement d'alliance en Région wallonne. On fait le point.

Les certitudes

  • Cela n'a pas traîné. Alors que les urnes n'avaient pas encore livré leurs derniers secrets dans tous les recoins de la capitale, le chef de file socialiste local, le député fédéral Ahmed Laaouej, annonçait vers 23 heures mettre les libéraux à la porte, à Koekelberg, mettant ainsi fin à des décennies de domination libérale. Exit, le bourgmestre sortant Philippe Pivin, en place depuis 2000 et fils de Jacques Pivin, qui a présidé à la destinée de la commune entre 1980 et 2000. Place au PS, qui emmène avec lui Ecolo-Groen et les humanistes. 
  • C'est l'une des grandes surprises bruxelloises. A Molenbeek, Catherine Moureaux (PS) est en mesure de renverser la bourgmestre sortante Françoise Schepmans (MR), reprenant ainsi l'écharpe mayorale arrachée à son père, six ans plus tôt. Un net appel du pied a déjà été effectué, en direction du PTB. Une alliance qui pourrait être renforcée par la participation écologiste, même si, pour l'heure, rien n'est encore fait. Une certitude, toutefois: un mariage avec le MR "n'est pas à l'ordre du jour", assure la "fille de". 
  • Surprise également à Bruxelles-Ville, où le bourgmestre sortant Philippe Close (PS) fait mieux que limiter la casse, malgré les affaires qui ont solidement ébranlé le PS bruxellois et ont brutalement mis un terme à la carrière politique d'Yvan Mayeur. L'alliance avec le MR de Philippe Courtois fonctionnait plutôt bien? Qu'importe. Au beau milieu de la nuit, PS et sp.a ont signé avec Ecolo-Groen.
  • A Ixelles, le grand vainqueur est sans conteste Ecolo, qui réussit l'exploit de devancer le MR, pourtant historiquement bien enraciné, de la bourgmestre sortante Dominique Dufourny. Afin d'éviter de valser dans l'opposition, celle-ci aurait offert le mayorat sur un plateau aux socialistes de l'ancien boxeur Bea Diallo? Qu'importe. Le PS a préféré signer avec la tête de liste écologiste Christos Doulkeridis.
  • Et puis, il y a Anderlecht. Dimanche soir, on semblait se diriger vers un scénario où le bourgmestre sortant, Eric Tomas (PS), arrivé en tête même s'il recule par rapport à 2012, se faisait éjecter par son ancien partenaire libéral, qui annonçait chercher, avec Ecolo, un troisième partenaire de majorité. Et puis non. La nuit fut longue et a changé la donne. Au final, le MR est rejeté dans l'opposition et le PS s'associe à Ecolo et DéFI. C'est ce qui s'appelle un renversement de situation.
  • N'allez pas penser qu'il ne s'agit-là que d'une histoire bruxelloise. Prenez Tournai. Où la majorité PS-MR ne sera pas reconduite, les socialistes préférant s'allier avec Ecolo, renvoyant les libéraux de la ministre fédérale Marie-Christine Marghem dans les cordes.
  • A Dinant aussi, le MR accuse le coup. A la tête de la commune depuis 1995, Richard Founaux (MR, même si dans un premier temps cdH) est éjecté par une alliance de trois listes concurrentes, dont celles du PS et du cdH.

Là où le doute plane encore

  • Dans la commune bruxelloise de Saint-Gilles, les choses pourraient ne pas être si simples qu'il n'y paraît. À première vue, on pensait que le bourgmestre socialiste, l'indéboulonnable Charles Piqué, reconduirait d'office sa majorité avec son vieux copain du MR. Sauf que celui-ci se tasse fortement, tandis qu'Ecolo cartonne - tout comme le PTB. Et qu'il se dit que, peut-être, certaines lignes pourraient bouger.
  • A Liège, la poussière doit encore retomber. Le PS du bourgmestre sortant Willy Demeyer perd certes des plumes, mais limite la casse, à l'inverse de son partenaire de majorité humaniste, qui boit le bouillon. La majorité sortante étant difficilement reconductible, avec qui va se lancer le PS? Les libéraux, arrivés deuxièmes? Ecolo? Ou alors le PTB, monté sur la troisième marche du podium? Les jeux sont ouverts.
  • A Seraing, c'est un PS mis en difficulté par le retrait soudain d'Alain Mathot de la vie politique qui a réussi toutefois à maintenir sa majorité absolue. Celle-ci n'est toutefois pas bien solide, puisqu'elle ne tient plus qu'à un siège. Le successeur Francis Bekaert va donc devoir ouvrir sa majorité. A qui? MR ou Ecolo, qui totalisent le même nombre de sièges? Ou avec le rival PTB, qui réalise une jolie percée?

Les contre-exemples

  • C'est le principe de toute bonne règle, surtout en Belgique: souffrir des exceptions. Comme à Forest. Là, le bourgmestre sortant, Marc-Jean Ghyssels (PS) est dépassé d'un siège par son partenaire écologiste. Qui a annoncé avoir posé les jalons d'un accord de majorité avec le MR et le cdH. Il faut dire qu'à Forest, on a l'habitude des renversements de majorité. Et, surprise, la nouvelle majorité n'est pas bien grasse. 

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