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interview

"Partout où je le pourrai, je casserai l'axe PS/MR en m'associant avec cdH et Ecolo"

©Frédéric Pauwels / HUMA

Le président de DéFI, Olivier Maingain, défend son soutien à Jean-Pierre Lutgen, frère de Benoît Lutgen à Bastogne. Pourtant, il appelle à une union centriste à Bruxelles comme en Wallonie.

Onze heures et des poussières à la maison communale de Woluwe-Saint-Lambert, ce mardi. Le maître des lieux, Olivier Maingain (DéFI), prend place dans la salle du conseil communal. Banzaï.

Donc, vous avez lu l’interview de Benoît Lutgen, ce samedi?

Oui.

Pourquoi avez-vous fait le choix de soutenir le frère de Benoît Lutgen, Jean-Pierre, dans ses ambitions politiques?

Primo, Jean-Pierre n’est pas membre de mon parti et je n’ai jamais sollicité son adhésion. Quand je me suis rendu à Bastogne pour le rencontrer en tant qu’entrepreneur de l’année, il m’a expliqué la situation politique locale. Ensuite, j’ai fait confiance aux leaders de DéFI dans le Luxembourg pour voir si notre parti rejoignait ou pas la liste de rassemblement de Jean-Pierre Lutgen. Je ne m’occupe pas personnellement de la constitution de toutes les listes de Wallonie; nous en aurons plus d’une centaine dont une quarantaine seront des listes de rassemblement à l’image de ce qui se fait à Bastogne.

Enfin, je constate aussi que le MR, grand ami de Benoît Lutgen à la Région wallonne, est sur une liste concurrente à la sienne à Bastogne. Même ses amis politiques viennent le contester dans sa ville et nous devrions nous taire?

Jean-Pierre Lutgen vous avait-il mis au courant de ses problèmes judiciaires?

Oui, il m’a expliqué ce problème de parking tout à fait anecdotique: 200 m2 qui sont pavés et ce n’est pas permis et du coup il a été inculpé. Vous savez, si vous changez vos châssis sans en faire la demande, c’est une infraction urbanistique également et vous pouvez être inculpé, à l’image de Jean-Pierre Lutgen. Je ne juge pas sur le fond mais il faut quand même dire que n’importe où dans le pays, on n’est pas poursuivi pour ce genre de choses, sauf à Bastogne. Arrêtons et soyons sérieux: Jean-Pierre Lutgen n’est pas le Mesrine bastognard…

Jean-Pierre Lutgen est également inculpé pour outrage à fonctionnaire.

Il a été impertinent à l’égard d’un fonctionnaire. Que certains tentent de qualifier ça d’outrage, soit. Mais ce n’est pas ça qui va faire en sorte que je vais juger que Jean-Pierre Lutgen est infréquentable. Je ne pense pas un seul instant qu’il devrait être condamné pour un fait aussi ténu. Il a renseigné à un fonctionnaire son exaspération par rapport à l’acharnement dont on fait preuve à son encontre et il a renvoyé la référence à un film d’Yves Montand. Encore une fois, à Bastogne, ça prend des proportions hors du commun. Il n’a commis aucun fait qui aurait trait de près ou de loin à du détournement d’argent etc. C’est vraiment de la querelle de clochers en plein.

Mais vous avez été très dur par le passé, par exemple avec Joëlle Milquet (cdH), en demandant qu’elle soit bannie du Parlement car elle était inculpée. Et ici, vous soutenez un candidat inculpé…

Oui, et regardez ce que je viens de faire avec l’échevin DéFI Saït Kose à Schaerbeek: il est inculpé pour faillite frauduleuse, il se retire de la liste et doit démissionner de sa fonction d’échevin. J’ai par contre admis sur la liste de DéFI des personnes qui ont déjà été condamnées pour des petits excès de vitesse simple sans alcoolémie et sans délit de fuite. Voilà. Il faut savoir distinguer les infractions simples, qui ne sont certes pas glorieuses, mais qui sont par exemple urbanistiques, de comportements dangereux et/ou délictuels. C’est mon rôle de président de parti.

Donc, il y a quand même un deux poids deux mesures entre les infractions et les inculpations…

Non, pas un deux poids deux mesures, un principe de proportionnalité. Quand je vois la nature des infractions reprochées, je fais preuve de proportionnalité. Ici, dans le cas de Jean-Pierre Lutgen c’est anecdotique.

N’avez-vous pas en fait été trop loin en demandant l’exclusion des personnes inculpées des Parlements? Est-ce qu’on ne bafoue pas la présomption d’innocence?

Non. Je continue de demander que les personnes inculpées pour des faits d’une certaine gravité soient écartées de leur fonction. Simplement parce que nous, les politiques, nous l’exigeons des fonctionnaires. J’en ai marre que les politiques demandent l’exemplarité à tout le monde et ne donnent pas eux-mêmes le bon exemple. Je ne supporte pas que les politiques s’exonèrent des obligations qu’ils demandent des autres justiciables. cela n’a rien à voir avec la présomption d’innocence.

Autre grief qui vous est fait: DéFI parle beaucoup du décumul mais dans les faits, DéFI est le parti avec le plus de cumulards…

J’ai 26 ans de vie parlementaire, pendant douze ans je n’ai pas cumulé. Précision. Pour le reste, j’ai annoncé la règle. À l’issue du scrutin de 2019, la règle du décumul s’appliquera à tout le monde chez DéFI. Point. C’est simple. Certains en parlent depuis dix ans mais n’ont jamais rien fait, moi j’en parle depuis peu mais ce sera strictement appliqué.

Mais pourquoi ne pas l’appliquer dès maintenant, le décumul? Pourquoi attendre les élections de 2019?

Mais parce qu’on ne change pas les règles en cours de jeu: quand les citoyens m’ont élu député, ils savaient que j’étais bourgmestre et je considère que dans ce pays, le citoyen est encore le socle de la démocratie. D’autres pensent autrement. Nos règles sont explicites: on siégera dans la dernière assemblée où on aura été élu, à partir de 2019. C’est d’ailleurs un accord soutenu par Ecolo, le PS et le cdH bruxellois. Seuls les libéraux ne le soutiennent pas, ils préfèrent les règles hypocrites en ciblant les communes de plus de 50.000 habitants.

Mais ils le font déjà: voyez un Boris Dilliès à Uccle…

Ah bon, et Françoise Schepmans est bourgmestre de Molenbeek et députée fédérale et même vice-présidente du Parlement. Je dis aux électeurs: voyez ceux qui font des promesses qu’ils ne tiendront pas.

Ce n’est donc pas pour toucher une indemnité de sortie complète que vous restez en poste jusqu’en 2019?

Je suis à l’aise: je suis le seul à vouloir limiter l’indemnité de sortie a la fameuse limite des 150% du salaire de parlementaire. Je vais d’ailleurs déposer une proposition de loi en ce sens. Je suis une fois de plus le seul à proposer des règles strictes pour encadrer l’indemnité de sortie parlementaire.

"Benoît Lutgen ferait mieux de réfléchir au lieu de m’attaquer du matin au soir."

Est-ce que, vu l’état des tensions entre vous et Benoît Lutgen, des coalitions DéFI/cdH seront compliquées à installer dans les mois à venir?

Non, je ne suis pas dans un système de vengeance. Prenez à Woluwe-Saint-Pierre ou à Woluwe-Saint-Lambert, nous travaillons avec le cdH et nous ne sommes pas dans des logiques d’éviction de ce parti. Benoît Lutgen doit apprendre que tout ne se décide pas à partir de Bastogne. Je vais même aller plus loin et je trouve que le président du cdH devrait l’entendre: je souhaite qu’à Bruxelles et en Wallonie, les électeurs nous donnent la possibilité de gouverner sans le MR et sans le PS.

Mais vous n’allez pas gouverner tout seul: décodez votre déclaration, s’il vous plaît…

Cela veut dire que partout où on pourra le faire, ma préférence ira à des alliances avec le cdH et Ecolo. Parce que je pense qu’il est temps d’avoir une force politique capable de renverser les accords privilégiés entre le MR et le PS qui se dessinent dans de nombreux endroits.

©Frédéric Pauwels / HUMA

C’est un vieux fantasme!

Cela n’a rien à voir avec un fantasme: voyez le MR Vincent De Wolf qui nous critique alors que son propre parti est collé au PS à la Ville de Bruxelles malgré les affaires de mauvaise gouvernance! Alain Courtois dit explicitement qu’il veut encore gouverner avec le PS. Mais entendez-le: partout, le MR sauve le PS, de la province de Liège à celle du Hainaut en passant par la Ville de Bruxelles et sans doute à la Ville de Liège. MR et PS s’entendent toujours pour se partager le pouvoir. C’est DéFI qui a la capacité de contester ces ententes et, pour le faire, je n’exclus pas du tout des alliances avec le cdH et Ecolo quand c’est possible. Si nous pouvons faire des alliances pour briser l’axe MR/PS, je le ferai. Donc, que monsieur Benoît Lutgen réfléchisse un peu avant de m’attaquer du matin au soir.

DéFI, c’est un parti centriste?

Oui, nous sommes un parti du centre et du progrès. On a la capacité de dépasser les affrontements idéologiques du XXe siècle entre une droite ultra-libérale et une gauche conservatrice. On doit trouver des nouveaux équilibres et de l’apaisement dans notre société.

Justement, Elio Di Rupo vous appelle à former des coalitions progressistes avec le PS…

Là, je vais être très clair: je ne me reconnais pas du tout dans ses déclarations et elles ne nous lient en rien. Et je lui réponds que partout où nous pourrons nous passer du PS et du MR, nous le ferons.

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