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interview

Pascal Delwit (ULB): "Une mauvaise compréhension au MR des grands centres urbains"

©debby termonia

Pascal Delwit, politologue à l’ULB, tire pour L’Echo les principaux enseignements du scrutin communal de dimanche dernier.

Le PS qui se maintient en dépit des affaires, n’est-ce pas la véritable surprise de ce scrutin?
Le PS se maintient d’une manière relative. Il ne perd pas de mayorats importants et garde la main dans les grandes villes wallonnes. Mais il recule néanmoins partout, parfois sensiblement d’ailleurs. De plus, il ne parvient pas à regagner du terrain là où il en avait perdu au scrutin précédent, comme à Namur ou à Courcelles par exemple. Il reste que la sociologie de certaines villes wallonnes fait que le PS ne peut être battu, même par Ecolo.

"Certains cadres du PS en ont marre de recevoir des leçons du PTB."
pascal Delwit
politologue à l’ULB

Avec le PTB aux portes du pouvoir à Molenbeek, Liège et Charleroi, quelle stratégie s’ouvre pour le PS?
Plusieurs éléments entrent en ligne de compte. Premièrement, certains cadres du PS en ont marre de recevoir des leçons du PTB et souhaitent dès lors les mettre à l’épreuve du pouvoir. Deuxièmement, il y a aussi au PS la crainte d’effaroucher un électorat qui considère le PTB comme un parti dangereux. Troisièmement, l’attitude du PTB ne facilite pas la tâche de ses partenaires éventuels en raison de la nécessité de devoir actionner des leviers autres que communaux. Ainsi, lorsque le PTB exige la gratuité des transports en commun ou de revoir le salaire des bourgmestres, on se situe au niveau régional. Quatrièmement enfin, le PTB envoie régulièrement des messages contradictoires: une fois, il veut aller au pouvoir; la fois suivante, il ne veut plus. Je pense que le PTB voudrait se lancer dans l’une ou l’autre commune en guise d’expérience test, mais certainement pas partout en même temps.

"Il n’est certes pas exclu qu’une partie de l’électorat MR ait été effarouchée par la position très droitière de Charles Michel ainsi que par le manque de répondant sur les défis climatiques."
Pascal Delwit
Politologue - ULB

Comment expliquez-vous le mauvais résultat du MR à Bruxelles?
Il y a dans le chef du MR une mauvaise compréhension de l’évolution des grands centres urbains. La campagne d’Alain Courtois est illustrative à cet égard. Il vient avec des thèmes comme la migration, la sécurité ou la suppression de zones 30…

Le MR ne paie-t-il pas aussi le prix de son alliance au Fédéral avec la N-VA?
À Tournai oui. Ailleurs, c’est moins évident. Il n’est certes pas exclu qu’une partie de l’électorat MR ait été effarouchée par la position très droitière de Charles Michel ainsi que par le manque de répondant sur les défis climatiques. C’est ce qui peut expliquer le recul des libéraux à la lisière sud de Bruxelles et dans le Brabant wallon.

La vague verte est-elle durable?
Dans les communes où Ecolo était déjà installé, on n’observe pas de reflux. Quant à savoir si cette vague verte pourra se traduire au Fédéral et régional en mai prochain, cela dépendra en grande partie de l’agenda global auquel Ecolo est plus sensible que les partis traditionnels. Cet agenda ne devrait pas être bouleversé d’ici mai 2019, mais on n’est jamais à l’abri d’un attentat, d’une crise migratoire ou d’une crise bancaire. Ceci étant, le socle est encourageant pour Ecolo, d’autant que l’attitude des trois partis traditionnels est d’embrasser les défis environnementaux dans la rhétorique plutôt que dans l’action.

"Le parti N-VA est pris dans une équation compliquée. S’il dit à Theo Francken de ne plus entretenir l’agenda ethnocentrique, il risque de laisser la thématique au Vlaams Belang. Si au contraire, la N-VA poursuit sur cet agenda, le Vlaams Belang en tirera profit également."
Pascal Delwit
Politologue - ULB

La N-VA a-t-elle déçu?
Il faut distinguer Anvers du reste de la Flandre. Le fait que l’on ne se soit pas retrouvé dans une situation de blocage à Anvers est un soulagement pour Bart De Wever. Ailleurs, la N-VA recule. Son score aux provinciales est de 25%, loin des 32% de 2014. Le parti est confronté au retour en force du Vlaams Belang. Il est pris dans une équation compliquée. S’il dit à Theo Francken de ne plus entretenir l’agenda ethnocentrique, il risque de laisser la thématique au Vlaams Belang.

Si au contraire, la N-VA poursuit sur cet agenda, le Vlaams Belang en tirera profit également. Au final, je pense que la N-VA va rester sur la ligne ethnocentrique, car le parti est confronté au même problème que le MR, à savoir qu’il n’y a pas beaucoup de bonnes nouvelles à annoncer au niveau fédéral: la croissance reste faible et les objectifs budgétaires ne sont pas atteints.

Si le Vlaams Belang devait remporter le mayorat à Ninove, serait-ce un précédent dangereux?
Cela signifierait une rupture du cordon sanitaire. On entrerait alors dans un nouveau registre et cela changerait complètement le statut de la N-VA. Cela rendrait aussi très difficile une alliance avec des partis francophones, même avec le MR.

Elections communales 2018

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