Saint-Gilles | La page Picqué va bientôt se tourner

Bourgmestre depuis 1985, Charles Picqué entend passer la main durant la seconde partie de la législature à venir. ©Saskia Vanderstichele

L’indétrônable "grand Charles" l’a annoncé: il passera le flambeau en cours de législature, après avoir fignolé son bilan personnel. Face au PS, les verts, seconde force de Saint-Gilles, espèrent se rendre indispensables.

Sous les hauts plafonds de son bureau, il jette un coup d’œil presque attendri dans le rétroviseur. "Il y a trente ans, Saint-Gilles, c’était autre chose." Charles Picqué sait de quoi il parle: le socialiste est à la tête de sa commune depuis 1985 – ce qui fait de lui, malgré la rude concurrence, le doyen des bourgmestres bruxellois. Autre chose? "A cette époque, les gens qui publiaient des annonces immobilières pour des biens à proximité d’Ixelles ou de Forest préféraient indiquer Ixelles ou Forest. Maintenant, c’est l’inverse: tous se situent sur Saint-Gilles."

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D’un brin lugubre et délaissée, Saint-Gilles est devenue courue, quitte à être catégorisée d’eldorado des bobos. "La sociologie a changé", confirme "le grand Charles". Mais, il insiste, sans y perdre en diversité. "Saint-Gilles était une commune pauvre, qui affichait un revenu moyen par habitant parmi les plus bas. Nous avons réussi à améliorer cela, même si nous nous situons toujours sous la moyenne régionale." De quoi soigner également l’autonomie fiscale. Et amener les caisses communales face à ce dilemme. "Saint-Gilles n’est pas suffisamment riche pour être autonome, mais n’est plus assez pauvre pour bénéficier comme avant de la solidarité régionale."

Le "tournant" des années 2000

Le tournant saint-gillois, Charles Picqué le situe au début des années 2000. Avec une accélération vers 2010. "Fruit d’une politique d’investissement dans le logement et l’espace public, qui a généré un effet d’entraînement. Et a été doublée d’un accompagnement social. Sans oublier la revalorisation de l’image culturelle. Ni la prise de conscience des qualités de Saint-Gilles: une commune centrale, la mieux desservie de Belgique par les transports en commun, dotée de nombreux équipements, où l’on pourrait presque tout faire sans voiture."

Puisque le voilà lancé dans son bilan, qu’a réalisé, depuis 2012, la majorité PS-MR (25 sièges sur 35)? "Notre principal défi constituait le décalage entre le boom démographique et les infrastructures scolaires disponibles. Nous avons mis sur pied un programme ambitieux et avons ouvert 700 places! Dont une nouvelle école secondaire à pédagogie active. En six ans, notre population scolaire a grimpé de 35%." Côté petite enfance, la commune s’est dotée de six nouvelles crèches. Le bourgmestre met encore en avant la rénovation urbaine, avec trois contrats de quartier en cours de finalisation, la mue du Parvis ou celle du square Jacques Franck. Reste encore la Barrière, qui attend son tour.

Il sort la brochure que sa Liste du bourgmestre a éditée. Et continue à égrener. Soutien au commerce et création de 130 logements communaux par la régie foncière. Rénovation et extension du musée Horta. Politique sociale. "Saint-Gilles est l’une des communes où l’on dépense le plus par habitant en termes sociaux." Et de pointer la mise au travail via les "articles 60". Et ce défi, qui attend Saint-Gilles: "le nombre de jeunes sans emploi ou qualification".

"Les points noirs? Mobilité et transparence."

Ce bilan, l’opposition Ecolo ne le conteste pas vraiment. "Enseignement, crèches et politique sociale, ce sont vraiment les points forts de l’action communale", reconnaît Catherine Morenville, la tête de liste écologiste. Sauf qu’après les fleurs, vient le vase. "Il y a de fameux points noirs. Comme la mobilité. La moitié de la population ne dispose pas de voiture et Charles Picqué, qui a toujours été pro-bagnole, commence seulement à s’intéresser à la mobilité douce, sans doute poussé dans le dos par la jeune génération. Nous avons dû batailler contre la création d’un parking sous le carré de Moscou et avons fini par obtenir gain de cause. Il n’existe aucun plan de déplacement doux pour les écoles. Et si les voiries communales sont enfin passées en zone 30, aucun dispositif n’est prévu pour les faire respecter."

"Les ASBL communales flottent dans une zone grise. L’attribution des logements de la régie foncière est problématique; c’est la politique des copains qui prévaut encore."
Catherine Morenvillle
Tête de liste Ecolo/Groen

L’autre dossier qui chipote les verts, c’est celui de la transparence et de la gouvernance locale. "Les ASBL communales flottent dans une zone grise. L’attribution des logements de la régie foncière est problématique; c’est la politique des copains qui prévaut encore."

Saint-Gilles veut du logement et des équipements collectifs, une fois que la prison aura déménagé. Tout en étendant la partie classée de la façade au bâtiment central, et en préservant une aile. ©BELGA

En octobre, Charles Picqué briguera un septième mandat. Celui de la transition, a-t-il déjà fait savoir, puisqu’il transmettra le flambeau mayoral en cours de route – sans doute en seconde partie de législature. "Le temps pour moi de clôturer ou mettre sur les rails une série de projets qui me sont chers." Dont les plus emblématiques ne sont autres que les plans de réaffectation de la prison et d’aménagement du quartier de la gare du Midi. De gros morceaux. Après quoi, le bourgmestre passera la main. A l’échevine Cathy Marcus, qui a longtemps joué les bourgmestres faisant fonction, ou au président du CPAS Jean Spinette? Il est trop tôt pour les noms, assure l’intéressé. La décision sera collective et dépendra notamment des scores des uns et des autres aux communales.

"C’est vrai que nous travaillons bien avec le MR. Mais les jeux sont ouverts. Il n’y a pas, et n’y a jamais eu, d’accord pré-électoral."
Charles Picqué
Bourgmestre PS

Quant à octobre, le patron la joue presque modeste. "Je suis de nature plutôt pessimiste." Malgré une majorité absolue tenue par sa liste du bourgmestre depuis… 1988. "Je n’ai pas l’obsession d’une majorité absolue; je vise une majorité stable." Avec le MR du vieux copain Patrick Debouverie? "C’est vrai que nous travaillons bien avec le MR. Mais les jeux sont ouverts. Il n’y a pas, et n’y a jamais eu, d’accord pré-électoral."

Ce qui fait tout de même dire aux verts que pour monter à bord du collège, ils devront se rendre incontournables. "Pourquoi Charles Picqué irait-il s’embêter avec Ecolo/Groen?" Sous-entendu: alors qu’il gère comme il l’entend avec les libéraux. Ah oui. Ce scrutin-ci, il faudra compter avec deux nouveaux venus qui entendent en découdre: DéFI et le PTB.

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