analyse

Une vague verte

Christos Doulkeridis, vainqueur à Ixelles. ©BELGA

Ecolo cartonne, le Parti socialiste tient ses bases et le PTB fait une percée. Le MR marque le pas. Les francophones à gauche toute!

Les soirées d’élections, c’est comme les soirées football (mais sans ballon). Les pronostics, les favoris, les "remontadas", les coups bas, les grands battus, les commentateurs en plateau et la mauvaise foi en prime, foot et politique ont des points communs. Et puis, les politiques ont beau ressasser que le local, ça n’a rien à voir avec les autres niveaux de pouvoir, rien n’est moins faux: la vérité est que la campagne électorale pour les élections de mai prochain a débuté ce dimanche soir. 

Un parti comme Ecolo, qui a cartonné, une N-VA qui rempile à Anvers, un Benoît Lutgen qui écrase son frère à Bastogne, cela donne du vent dans les voiles et galvanise les militants et, à rebours, un parti comme le MR qui prend une veste dans des villes et communes comme Uccle ou Ixelles, il va y avoir du pain sur la planche des stratèges libéraux pour éviter une débandade dans quelques mois.

Ce dimanche, il y avait les buteurs

Ceux qui ont scoré portaient pour la plupart des maillots verts. A Bruxelles, dimanche soir, Ecolo, dans les communes de la ceinture sud, était en position de réclamer plusieurs mayorats. Outre celui de Boitsfort, conforté par Deleuze, tant à Ixelles qu’à Uccle, deux grandes communes, les verts pouvaient espérer le poste mayoral, à Forest également. A Bruxelles-Ville, à Schaerbeek, aussi, les verts ont pris du poids.

La vérité est que la campagne électorale pour les élections de mai prochain a débuté ce dimanche soir.

Est-ce l’air du temps? – il fait 26 degrés un dimanche 14 octobre, ma bonne dame.
Sont-ce les scandales alimentaires à répétition? Certainement un peu des deux, avec ce positionnement inflexible sur la gouvernance. Le tout permet aux verts, anno 2018, de solidifier, et largement, leur ancrage local. Et la vague verte ne s’arrête pas aux portes de Bruxelles puisqu’en Wallonie aussi,  Ecolo, de Namur à Mons, réalise de très jolis scores et place les verts dans le camp des gagnants de ce dimanche. La rampe de lancement pour confirmer lors du multiple scrutin de 2019 est en place.

Au tableau des bonnes performances figure également le PTB. C’est une demi-surprise tant on rabâche/annonce une déferlante de l’extrême gauche sondage après sondage depuis des lustres. Mais quand même: un PTB qui, partout, va disposer de relais locaux dans les conseils en Wallonie et à Bruxelles, quand on sait l’utilisation que ce parti fait de ses conseillers, caisse de résonance pour sa propagande, l’extrême gauche, côté francophone, est appelée à durer et à s’installer dans le paysage politique. Dans une commune oh combien symbolique comme celle de Charleroi, pilotée par Paul Magnette, le PTB cartonne; pareil à Molenbeek – ce qui induit que la gauche socialiste n’a pas trouvé les moyens de contrecarrer l’extrême gauche.

La gauche socialiste n’a pas trouvé les moyens de contrecarrer l’extrême gauche.

On pourrait aussi dire un mot du goal en or de Bart De Wever à Anvers. Le président de la N-VA semble sauver sa majorité (N-VA, CD&V, Open Vld) d’une courte tête ; ce qui épargne des tractations interminables dans la Métropole avec de potentielles secousses à l’échelon fédéral.

Les libéraux, eux, ont essuyé une défaite – on n'a pas écrit déroute – dans quelques-uns de leurs bastions historiques comme Ixelles ou Uccle. Dans de nombreuses communes, de Bruxelles-Ville à Tournai en passant par Charleroi, le compteur bleu tourne à l’envers. De gros braquets libéraux, comme Marie Christine Marghem, ont pris un râteau tandis que le Premier ministre Charles Michel est, lui, resté au balcon – il n’était pas candidat. Quel recadrage alors que les législatives/régionales sont à nos portes? Visiblement, le coup de barre a droite, par exemple en termes d’asile, n’a pas aidé les élus locaux libéraux sur le terrain.

A gauche toute!

Et l’espace politique francophone tout entier semble finalement avoir glissé vers la gauche car à côté de la percée verte et de l’extrême gauche, le Parti socialiste a résisté alors qu’on annonçait un cataclysme post-Nethys/Publifin. A Bruxelles-Ville, où Philippe Close a eu à gérer les suites de l’affaire du Samusocial, le nouveau bourgmestre réalise un plus gros score qu’en 2012. A Charleroi, malgré la montée du PTB, Magnette assure l’essentiel. L’analogie entre le PS et l’équipe allemande de football qui, souvent, finit par s’imposer en bout de course, est d’actualité. La preuve par exemple avec Molenbeek où le PS réalise de meilleurs scores qu’en 2012 et où Catherine Moureaux suggérait dimanche soir une alliance avec le PTB...

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Rayon "remontadas", il y a le cdH wallon, celui qu’on annonce mort et enterré depuis le coup à moitié bien préparé par son président un matin du 19 juin 2017. Ce cdH wallon tient sur deux jambes : Benoît Lutgen et Maxime Prévot. Le président du cdH était opposé à son frère à Bastogne, il n’en a fait qu’une bouchée malgré la coalition large pilotée par Jean-Pierre Lutgen. Et Benoît Lutgen, conforté dans son maïorat, l’est également, donc, dans son  fauteuil présidentiel. L’autre gros bras centriste, en Wallonie, c’est Maxime Prévot : il conforte son titre de patron de Namur. Avec ces deux fers de lance-là, le  cdH wallon ne peut pas être donné pour mort même si  le maintien des deux barons ne peut masquer une tendance générale à la baisse du parti centriste. En Wallonie,  mais surtout à Bruxelles, où cette formation politique ne pèse plus grand-chose.

La bataille pour occuper le milieu de terrain est souvent âpre et DéFI essaye depuis plusieurs mois d’éjecter le cdH de cette position stratégique. Pari raté pour le parti d’Olivier Maingain, qui ne réalise pas la percée qu’on lui prédisait et maintient ses trois bourgmestres bruxellois tout en échouant à aller rechercher celui de Boitsfort. Quant à l’implantation wallonne de DéFI, il faudra (vraisemblablement) repasser.

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