Di Maio, le visage "sérieux" du populisme italien

Luigi Di Maio n’a que 31 ans. Trop jeune? Ce à quoi il répond: "le chancelier autrichien a mon âge, le président français, 40 ans. L’heure est aux jeunes". ©AFP

Quand Beppe Grillo, l’ancien comique fondateur du Mouvement cinq étoiles (M5S), décide de le désigner officiellement comme son dauphin, le jeune Luigi Di Maio, lui répond, avec son habituelle ironie caustique, "tu es devenu fou, ou bien tu as vraiment pris un coup de vieux"! Mais Grillo est bien certain de son choix qu’il motive en expliquant "qu’il apprend toujours quelque chose grâce à Di Maio, même quand ce dernier se tait."

Actuel vice-président de la Chambre des députés et candidat du M5S au poste de chef du gouvernement italien, ce jeune homme, âgé d’à peine 31 ans, rêvait pourtant de devenir agent de police. Aujourd’hui, après un parcours politique foudroyant, Di Maio dirige un parti qui est en tête dans tous les sondages d’intentions de vote.

Parfaite antithèse de Beppe Grillo, son impétueux mentor, Di Maio incarne le visage modéré d’un mouvement viscéralement populiste et antisystème. Ce jeune Napolitain, sans un réel bagage universitaire ou de vraies expériences professionnelles derrière lui, surprend pour son aplomb sans faille, sa capacité de doser déclarations enflammées et silences.

Après la fusillade à caractère raciste de Macerata, qui a ébranlé le pays en pleine période électorale, il est le seul représentant politique qui choisit de se taire, pour ne pas "instrumentaliser le drame".

Pas de programme

Ses détracteurs l’accusent de ne pas savoir, en réalité, quelle position assumer, tout comme ils accusent le M5S de ne pas avoir un programme politique précis et une stratégie claire et univoque.

©EPA

Ses positions vis-à-vis de l’Union européenne en sont le meilleur exemple. Initialement anti-européen, Di Maio invite aujourd’hui à dialoguer avec Bruxelles tout en refusant d’exclure la possibilité d’un référendum sur l’euro.

Or, ce "flou identitaire" est dissimulé derrière un combat systématique contre les institutions, les partis traditionnels et l’ordre établi. Di Maio et son M5S semblent exister non pas tant pour ce qu’ils sont ou proposent, mais parce qu’ils s’érigent "contre".

Contrôle et secret

Leur succès réside, en effet, dans la diabolisation de toute élite ou usage politique passé. Dans cet élan, personne n’est épargné, ni les adversaires politiques – dont les représentants du M5S sont appelés à détruire l’image par tous les moyens –, ni la presse, accusée de collusion avec le pouvoir.

Face à cette virulence, Di Maio affiche pourtant une capacité de contrôle et d’autocontrôle absolue. Toujours impeccable dans ses costumes sombres, affichant une coupe de cheveux minutieusement soignée, il parle peu, se confie encore moins, et affiche un hermétisme qui le rend impénétrable même pour les plus fidèles de ses partisans.

Quand le grand public essaye de lui attribuer des faiblesses ou, tout simplement, un côté humain, il doit se contenter d’une photo qui le montre rigidement penché en avant pour embrasser le reliquaire de Saint Janvier, l’un des saints patrons de sa ville natale. Ou encore de se souvenir de ses rares allusions à sa dernière histoire sentimentale avec une militante du M5S, sacrifiée sur l’autel de la campagne électorale.

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