L'Europe redoute un blocage italien

©BELGA

La perspective de voir le gouvernement italien sombrer dans une longue période de flottement au lendemain des législatives de dimanche inquiète la Commission européenne. "Nous devons nous préparer au pire scénario qui pourrait être de ne pas avoir de gouvernement opérationnel en Italie", a indiqué Jean-Claude Juncker la semaine dernière.

Une situation, avait-il ajouté, qui pourrait contribuer à "une réaction forte des marchés financiers", avait-il dit. Il s’était rétracté le lendemain, mais le mal était fait, jusqu’à la Bourse de Milan. Ce scrutin pose pour l’Europe un double risque. Celui de la paralysie et celui de l’arrivée au pouvoir de partis europhobes. Ces derniers ont le vent en poupe, alors que l’Italie sort péniblement de la récession et qu’elle reste en première ligne face à l’afflux migratoire. Le Mouvement 5 étoiles et la Ligue du Nord ont structuré la compétition politique comme jamais.

Le risque europhobe

Le pire des scénarios pour l’establishment européen, et le plus improbable aussi selon la politologue Giulia Sandri, collaboratrice scientifique au Centre d’étude de la vie politique de l’ULB, serait que le premier parti du pays, le Mouvement 5 étoiles, parvienne à former sa propre majorité. Pas seulement pour des raisons idéologiques – il est revenu sur son projet de référendum sur l’euro – mais surtout "parce qu’il n’a aucune pratique de gouvernement, et ne dispose pas de personnel politique à la hauteur", estime-t-elle.

Les visages italiens de l’UE

Les Italiens occupent plusieurs postes au sommet de la hiérarchie de l’Union. L’ancien banquier d’affaires Mario Draghi a eu une influence déterminante sur la sortie de crise économique. L’ancienne ministre Federica Mogherini est devenue le visage de la diplomatie européenne. Antonio Tajani a pris la tête du Parlement européen après le départ du socialiste allemand Martin Schulz, parti pour mener campagne dans son pays.

Mario Draghi

Président de la Banque centrale européenne, ancien cadre de la banque Goldman Sachs.

Antonio Tajani

Président du Parlement européen, il est cofondateur de Forza Italia, le parti de Berlusconi (droite).

Federica Mogherini

Chef de la diplomatie européenne, elle est issue du Parti démocrate italien (gauche).

Une possibilité plus crédible serait l’arrivée au pouvoir de la Ligue du Nord dans un gouvernement des droites l’alliant notamment à Forza Italia, la formation de Silvio Berlusconi. Les derniers sondages créditent une coalition droite-extrême droite de 38% des intentions de vote, ce qui la rapprocherait d’une majorité des sièges au Parlement – sachant que les sondages italiens ont été très peu fiables lors des dernières élections, et qu’un tiers des sondés sont indécis. "On voit mal comment dans une telle configuration Matteo Salvini (le leader de la Ligue du Nord, NDLR) n’obtiendrait pas un poste au gouvernement", poursuit la chercheuse. La perspective d’avoir affaire à un homme qui a notamment décrit l’euro comme un "crime contre l’humanité" aurait de quoi crisper les dirigeants européens. Mais pour l’eurodéputé démocrate-chrétien italien Giovanni La Via, l’Europe n’a pas de crainte à avoir: "Le programme est équilibré et ne contient pas de position anti-européenne." La droite et l’extrême droite semblent en phase sur la politique migratoire (ils ont conclu un préaccord sur le renvoi de 600.000 clandestins), mais leurs positions de départ restent très éloignées tant sur l’Union européenne que sur la politique économique. La nomination de l’actuel président du Parlement européen, Antonio Tajani, comme Premier ministre serait à cet égard "un message clair envers l’Union européenne", estime Giovanni La Via. Cette option est répétée à l’envi par Silvio Berlusconi. Mais Tajani, qui est son ancien porte-parole, continue de démentir être disponible pour le poste.

"Le programme des droites est équilibré et ne contient pas de position anti-européenne."
Giovanni La Via
Eurodéputé italien démocrate-chrétien

Un risque de paralysie

Avec la nouvelle loi électorale, il y a de bonnes chances pour qu’aucun parti n’ait les moyens de former une majorité avec ses alliés. "À tel point qu’on parle déjà dans le débat public des scénarios de l’après", les façons de contourner l’impasse, indique Giulia Sandri. "Je ne pense pas qu’il faille craindre un scénario de blocage total", ajoute-t-elle. Le scénario d’une grande coalition à l’Allemande a en théorie toutes ses chances. En pratique, c’est moins clair. Sans majorité, Silvio Berlusconi a indiqué que l’actuel président du Conseil pourrait être reconduit: "Si aucune majorité ne se dégageait, la meilleure solution serait que Paolo Gentiloni reste au gouvernement, le temps de faire une nouvelle loi électorale avant de retourner aux urnes." De là à la perspective d’une longue période sans gouvernement clair que Juncker a dit redouter, il n’y a qu’un pas. Selon une enquête menée par Bloomberg, les économistes en font même le scénario le plus probable. L’Union européenne, qui tente de faire atterrir avant l’été des dossiers sensibles comme la réforme de l’accueil, ronge son frein.

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