analyse

L'Italie replonge dans l'instabilité politique

©EPA

L’extrême droite et les populistes ont gagné les élections italiennes. Faute de majorité claire au Parlement, ce choc électoral pour l’Italie et l’Europe ouvre une phase d’incertitude politique qui pourrait durer des mois dans la troisième économie de la zone euro.

La percée populiste du Mouvement 5 étoiles (M5S), l’avancée de la Ligue – parti connu pour sa rhétorique identitaire et anti-immigration –, la débâcle du centre gauche et la victoire d’un insidieux euroscepticisme avaient été prévues, avec grande inquiétude, tout au long de la campagne électorale.

Dans ce contexte confus, tous les scénarios sont possibles mais aucun d’entre deux ne semble être, pour l’instant, réellement viable.
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De plus, la péninsule se réveille, au lendemain du scrutin, dans une situation d’ingouvernabilité inédite. Ni le premier parti du pays, le M5S, ni la principale coalition nationale – celle du centre droit, comprenant la Ligue de Matteo Salvini, Forza Italia de Silvio Berlusconi et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni – ne sont aujourd’hui à même de gouverner, faute d’une majorité parlementaire suffisante.

Dans ce contexte confus, tous les scénarios sont possibles mais aucun d’entre deux ne semble être, pour l’instant, réellement viable.

Or, l’incertitude n’est pas seulement due à une nouvelle loi électorale, le Rosatellum, fondée sur un système alambiqué mélangeant scrutin uninominal et proportionnelle intégrale, et qui semble avoir été conçue pour rendre difficile l’émergence d’une majorité claire et soudée. La confusion est, en effet, également nourrie par une campagne électorale aux allures de "bal masqué" au cours duquel tous les candidats ont adroitement caché leurs véritables intentions concernant les possibles alliances issues du vote.

Matteo Salvini, secrétaire de la Ligue, a confirmé ce lundi "sa totale allégeance à la coalition" et se dit "prêt à gouverner".
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La coalition de centre droit, avec un score cumulé de 37%, est devenue la première force du pays. Elle ne détient pourtant pas la majorité parlementaire. Matteo Salvini, secrétaire de la Ligue, a confirmé ce lundi "sa totale allégeance à la coalition" et se dit "prêt à gouverner". Pour le faire, cette alliance aura, toutefois, besoin de nouveaux soutiens. Et la seule solution qui semble, aujourd’hui, viable est la "cannibalisation" d’un centre gauche exsangue après la déroute du Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi, et la récupération stratégique de quelques formations périphériques de ce camp antagoniste.

Depuis la nuit suivant les élections, le M5S, dirigé par le jeune Luigi di Maio, ne cesse de savourer, avec enthousiasme et une nuance d’incrédulité son indéniable succès national. "Je salue une victoire historique… j’éprouve une émotion indescriptible," exulte di Maio.

→ Notre édito: Ceux qui jouent l'Union aux dés

Le mouvement est officiellement le premier parti de la Péninsule avec 33% des voix. Or, il s’agit d’un triomphe qui, une fois de plus, ne se traduit pas en majorité parlementaire.

 

Le M5S obligé de négocier

Hostile par principe à tout rapprochement avec d’autres formations, le M5S devra, par conséquent, se montrer ouvert à d’inévitables négociations. Et il risque de perdre, dans ce périlleux processus de compromis, sa "pureté originelle" et la vigueur d’une flamme contestataire qui l’a, depuis toujours, opposé à toutes les autres formations politiques du pays.

Luigi di Maio ©REUTERS

Or, la recherche d’un allié va s’avérer extrêmement difficile pour le M5S. La possibilité, à maintes reprises ébauchée, d’une coalition avec le grand perdant du scrutin, Matteo Renzi, semble, par exemple, peu vraisemblable en raison des invectives féroces que ce dernier et di Maio se sont lancées au cours des dernières semaines. "Le PD ne sera pas la béquille d’un gouvernement antisystème" et préférera être dans l’opposition, a assuré hier Renzi.

De même, l’union entre le M5S et la Ligue de Salvini semble improbable. Leurs dirigeants sont, en effet, tous deux à la recherche d’un premier rôle et ils ne sauraient abdiquer leurs ambitions et velléités pour laisser la place à l’autre.

"J'abandonne la direction du parti."
Matteo Renzi

Dans ce climat de décomposition politique – dont la première victime a été Matteo Renzi, contraint de renoncer, ce lundi après-midi, à son poste de secrétaire du PD –, le rôle d’arbitre suprême incombe au président de la République, Sergio Mattarella.

Homme de consensus et d’équilibre, il pourrait être tenté de constituer un "gouvernement d’unité nationale" pour sortir l’Italie de la situation kafkaïenne dans laquelle elle a été plongée par le scrutin. Ce gouvernement aurait, comme mission première, la responsabilité d’adopter une nouvelle loi électorale. Or, compte tenu des antagonismes, apparemment irréconciliables, caractérisant l’actuel échiquier politique, la tâche de pacification et de recomposition du Président s’annonce très laborieuse.

La Péninsule se prépare, ainsi, a de nouvelles épuisantes tergiversations, à la recherche effrénée d’un équilibre destiné à rester précaire et à un éventuel nouveau gouvernement à la vie éphémère. Or, si, dans le cas d’un "gouvernement technique", les tensions entre les diverses formations politiques devaient s’exacerber, le scrutin avorté de dimanche pourrait déboucher à terme sur de nouvelles élections. Pour la plus grande joie des extrémistes de tous bords.

Marchés boursiers | Les valeurs italiennes à contre-courant

Les actifs italiens sont restés à la traîne en Bourse, lundi, alors que les autres valeurs européennes étaient bien orientées. Les investisseurs ont pris acte du paysage politique complexe né de l’élection de dimanche.

Sur le marché des actions, les titres des sociétés italiennes ont, dans l’ensemble, subi un courant vendeur. À la clôture, le MIB, indice incluant les quarante plus grandes valeurs italiennes, a reculé de 0,42% à 21.820 points, soit son plus bas niveau depuis fin août 2017.

Bien qu’elle n’ait pas été de grande ampleur, cette baisse est marquante car, ailleurs en Europe, la tendance boursière a été positive. Il en va de même sur le marché des obligations. Le taux d’intérêt des titres de dette italienne à dix ans s’est tendu de 3 points de base (0,03 point de pourcentage) à 2%.

Ce n’est pas une tension extraordinaire et ce taux a déjà connu des niveaux plus élevés récemment, notamment 2,10% dix jours plus tôt en clôture; mais ici aussi, le reste de l’Europe s’est mieux comporté. Ainsi, le taux allemand à dix ans, référence de ce marché, s’est détendu d’un point de base à 0,64%, tout comme le taux belge à dix ans, à 0,94%.

Enfin, le marché des changes a très peu réagi au scrutin italien: l’euro est reparti à la hausse, à 1,2330 dollar lundi à 18h30, contre 1,2317 dollar vendredi dernier.

 

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