analyse

Les élections italiennes sont une défaite pour l'Europe, plongée dans l'incertitude

Luigi di Maio, le visage modéré qui fait triompher les populistes en Italie ©AFP

Pour la première fois, des partis eurosceptiques sont sortis triomphalement d’un scrutin majeur dans une des premières économies de la zone euro.

Les électeurs italiens plongent ainsi l’Union dans le brouillard au moment où le tandem franco-allemand semblait avoir gagné les moyens d’une nouvelle ambition européenne. Le "scénario du pire" que Jean-Claude Juncker avait redouté avant le scrutin est peut-être en passe de se réaliser. La redistribution des cartes politiques italiennes est telle que le pays pourrait sombrer dans d’interminables tractations pour la formation d’un gouvernement, au risque de mener à un blocage du système.

"Keep calm and carry on"

"Plus Juncker parlera, plus nous prendrons de voix", s’est réjoui ce lundi Matteo Salvini, le leader de la Ligue, parti d’extrême droite qui rejette les "parasites" (sic) et considère l’euro comme "un choix erroné". Le président de la Commission européenne avait lancé un avertissement avant le scrutin sur l’impact que pouvait avoir ce scrutin sur les marchés, alors que la vulnérabilité de l’Italie et sa dette de plus de 130% est un élément de fragilité de la zone euro.

Le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, s’est refusé à tout commentaire sur la question en l’absence de résultats définitifs. "Keep calm and carry on", a-t-il dit au sujet des marchés, reprenant le slogan que le gouvernement britannique avait lancé en 1939. Les marchés se comportaient ce lundi comme s’ils avaient intégré l’appel.

Matteo Salvini, le leader de la Ligue, parti d’extrême droite ©REUTERS

Matteo Salvini considère que sa coalition des droites – avec le Forza Italia de Silvio Berlusconi, affaibli – a mérité de gouverner. Et se voit même Premier ministre: après avoir annoncé sa disponibilité pour le poste, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, semble pouvoir s’en retourner à son perchoir. Mais le grand vainqueur de dimanche est comme attendu le Mouvement 5 Étoiles (M5S), qui arbore un euroscepticisme moins virulent.

Il refusait avant le scrutin toute coalition, mais se dit à présent ouvert au dialogue avec tout le monde. Une alliance des vainqueurs, réunissant le M5S et la Ligue, serait l’option la plus évidente pour rassembler une large majorité. "Ça ne serait pas facile à mettre en place, mais ça n’est pas improbable", estime Francesca Galli, chercheuse au Robert Schuman Centre for Advanced Studies de l’Institut universitaire européen, à Florence. Si la paralysie de l’Italie serait le "pire des scénarios" pour l’Europe, la constitution à Rome d’un gouvernement unissant deux formations eurosceptiques a aussi de quoi lui donner des sueurs froides.

À la Cameron

D’autres options sont possibles. Si l’on se réfère au comportement des députés M5S au Parlement européen, le parti fondé par Beppe Grillo est plus proche du Parti démocrate (PD) que de la Ligue. "Les 5 étoiles ont évolué", estimait ce lundi le député socialiste belge Marc Tarabella. "On peut travailler avec eux". C’est également ce que pensait le libéral Guy Verhofstadt lorsqu’il a tenté de les rallier à son groupe politique au Parlement européen. Une coalition alliant M5S et sociaux-démocrates "signifierait cependant la fin du PD", estime Mme Galli.

"Je pense que l’idée derrière cela est de faire un peu comme David Cameron l’avait fait en son temps: un chantage pour obtenir des concessions de l’Europe."
Francesca Galli

Dans tous les cas, la position du M5S sur l’Union européenne est instable et son arrivée aux commandes de l’Italie risque de compliquer la donne à Bruxelles. "Le Brexit a ouvert un front franco-allemand, il faut voir à présent si l’Italie va vouloir y jouer un rôle ou si au contraire elle va se marginaliser en cherchant à obtenir des ‘opt out’, estime Francesca Galli. Le M5S veut revoir des éléments des traités, forcer un changement de législations… Je pense que l’idée derrière cela est de faire un peu comme David Cameron l’avait fait en son temps: un chantage pour obtenir des concessions de l’Europe", poursuit-elle.

Pour la chercheuse, quel que soit le programme du prochain gouvernement, il risque de poser un problème crucial de compétence, vu le pedigree des membres des deux partis vainqueurs.

©MEIAFIN

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