Matteo Renzi, l'homme politique que les Italiens adorent détester

Ancien chéri de la politique italienne, Matteo Renzi a vu son étoile pâlir ces dernières années. ©© Francesco Fotia / AGF/Francesc

"Et voilà le matador!" C’est avec cette exclamation percutante d’Angela Merkel, au sommet européen de mai 2014, que la parabole politique internationale de Matteo Renzi, actuel secrétaire du Parti démocrate italien (PD), commence.

Quelques mois auparavant, l’ancien maire de Florence avait été chargé par le chef de l’Etat de former un nouvel exécutif. Il n’avait que 39 ans. L’opinion publique italienne, usée par de continuels changements de gouvernement, semble immédiatement apprécier ce prodige de la politique au sourire contagieux et à la détermination farouche.

Dans un pays qui semble condamné par le népotisme et la gérontocratie, Matteo Renzi représente alors, et encore aujourd’hui pour ses plus fidèles partisans, une bouffée d’air frais. Il plaît pour son franc-parler et son "langage compréhensible" qui exerce, selon ses admirateurs, une "fascination rassurante". Il séduit avec son pragmatisme anglo-saxon, son énergie et son regard résolument tourné vers l’avenir.

Or l’actuel chef de file du Parti démocrate, qui regarde avec optimisme vers les prochaines élections, est encore jeune mais n’est certainement pas dépourvu d’expérience. Ses proches révèlent que le petit Matteo affichait, dès l’enfance, d’indéniables "qualités de leader". Combatif, donc, mais aussi très pressé. À 29 ans, il dirige déjà la province de Florence. Et à 34 ans, il est élu maire de sa ville natale, Florence. Son ascension est fulgurante et marquée par une allégeance sans faille à sa grande famille politique du centre gauche.

Premier ministre, il se présente comme l’homme des réformes. Un pari périlleux dans un pays apparemment irréformable comme l’Italie. Il supprime l’impôt foncier et la taxe d’habitation sur la demeure principale, il réduit l’impôt pour les bas revenus et soutient les entreprises par des allégements fiscaux. Puis, après des batailles parlementaires homériques, son gouvernement réussit à imposer l’union civile des couples homosexuels.

Sa popularité commence à baisser avec la réforme du marché du travail – le Jobs Act – alors que sa réforme phare, celle de la Constitution, le contraint à abandonner le pouvoir après le rejet massif des électeurs, appelés à s’exprimer au cours du référendum du mois de décembre 2016.

Trahi par une audace, jugée excessive, et une assurance qui frôle parfois l’arrogance, Matteo Renzi accepte la défaite et prépare son retour.

Mais quand aujourd’hui, en pleine campagne électorale, il lance "il n’y a pas d’équipes plus fortes que la nôtre", il suscite plus de perplexités que d’enthousiasme. Le PD est divisé, fragilisé par d’innombrables guerres intestines. Les vieux dinosaures du parti qu’il voulait "démolir" l’ont abandonné. On l’accuse de n’avoir pas su gérer le défi migratoire, on lui reproche ses clichés faciles et des slogans vides de sens. Et, surtout, on condamne son "autisme" politique qui le pousse à avancer sans prendre en considération les critiques tout comme les conseils.

Néanmoins, bien qu’un brin alourdi et écorché, Matteo Renzi affiche encore, à quelques jours du scrutin, une foi inébranlable en lui-même et son parti.

Il plaît pour son franc-parler et son énergie, mais il est trahi par son audace, voire son arrogance.

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