Quels scénarios pour l'Italie?

Dirigé par le jeune Luigi di Maio, 31 ans, le M5S a été fondé en 2009 et se nourrit de la lassitude des électeurs face à la corruption de l'establishment italien et aux difficultés économiques. ©AFP

Les élections italiennes dessinent le profil d’un pays coupé en deux, entre la Ligue prédominante au Nord et le M5S au Sud. Le risque de l’émergence d’une coalition hétérogène, fragile et éphémère pourrait jeter la péninsule dans une dangereuse situation d’ingouvernabilité.

Les résultats des élections législatives italiennes, qui se sont déroulées hier dans la péninsule et pour lesquelles plus de 46 millions d’Italiens ont été appelés à voter, confirment les inquiétantes prévisions formulées avant le scrutin.

Le Mouvement 5 étoiles (M5S), parti politique fondé en 2009 par l’ancien comique Beppe Grillo, triomphe (31% des voix). Désormais première formation politique officielle de la péninsule, ce parti populiste, antisystème et anti-européen a, notamment, remporté un indéniable succès dans les régions les plus fragiles d’un point de vue économique, dans le centre et dans le Sud du pays. En obtenant la faveur des urnes dans l’Italie du Sud, le M5S a ainsi grignoté la traditionnelle supériorité politique dont y bénéficiait, depuis longtemps, le parti Forza Italia (FI) de Silvio Berlusconi.

L'Italie est loin d'avoir réglé ses problèmes de fond et maintenant, elle va en avoir de nouveaux. Préparez-vous à de longues et difficiles négociations qui prendront des mois.
Lorenzo Codogno
ancien économiste au Trésor italien

→ Le M5S confirme donc, avec ces résultats, sa grande capacité à capter, comprendre et incarner la rancœur d’une importante partie de l’électorat national, ainsi que son désir d’un changement politique radical.

La coalition de centre-droit – comprenant Forza Italia, la Ligue de Matteo Salvini, et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni – obtient 37% des voix et devient la première force politique du pays. Néanmoins, cette alliance extrêmement hétéroclite est dominée par les ambitions divergentes de ses principaux représentants.

L’inattendu dépassement du parti Forza Italia (13,4%) par la Ligue du Nord (18,6%) donne, en effet, force et légitimité aux appétits du leader de la Ligue, Matteo Salvini, qui, avant même le scrutin, se présentait déjà comme étant le nouveau premier ministre de la péninsule.

"Je ne pouvais pas faire plus," aurait lancé, hier soir, Silvio Berlusconi après la diffusion des premiers résultats.

Silvio Berlusconi a eu la surprise de voir une militante Femen se dresser sur la table de son bureau de vote. "Berlusconi, tu es périmé", proclamait le message sur son torse nu. ©AFP

Le leader de FI, 81 ans et inéligible, avait désigné Antonio Tajani, actuel président du Parlement européen, pour diriger le gouvernement en cas de victoire.

Or, le pacte entre les partis du centre-droit a toujours été clair: le Premier ministre sera désigné par la formation qui obtiendra le plus de voix.

Débâcle du centre-gauche

Un autre fait marquant de ce scrutin est la débâcle du centre-gauche et, notamment, du Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi (19,4%). De son côté, le parti Liberi e Uguali de Pietro Grasso, né après une douloureuse scission avec le PD, n’a remporté que 3,4% des voix. Nombreux sont ceux qui, au lendemain du scrutin, appellent Matteo Renzi à présenter sa démission en tant que secrétaire du PD.

©AFP

La défaite de ces formations du centre-gauche s’explique aussi par la perte de consensus et de vitesse dans les traditionnelles " régions rouges " d’Italie – la Toscane, l’Émilie-Romagne, et l’Ombrie – où la Ligue et le M5S ont connu d’importantes avancées.

Les élections italiennes dessinent ainsi le profil d’un pays coupé en deux, entre la Ligue prédominante au Nord et le M5S au Sud. Or, ces deux formations politiques représentent – avec la même vigueur bien qu’avec des rhétoriques différentes – une posture fortement désabusée et contestataire d’une partie croissante de l’électorat italien. Ces deux partis sont, par exemple, viscéralement opposés aux politiques d’ouverture migratoire épousées par les anciens gouvernements de centre-gauche, et affichent une relation vis-à-vis de l’Union européenne imprégnée de méfiance et d’hostilité.

"C’est un résultat historique ! C’est une apothéose! Ceux qui conçoivent une loi électorale contre nous finissent par perdre les élections…", exultent les représentants du M5S dans leur quartier général de la capitale, en condamnant encore une fois la nouvelle loi électorale – le " Rosatellum " – qui porte le nom de son rédacteur, le député Ettore Rosato du PD.

Aucune majorité n'émerge

Cette nouvelle loi électorale, qui repose sur un système complexe (deux tiers d’élus sont choisis au scrutin proportionnel et un tiers par le biais d'un scrutin majoritaire uninominal à un tour) rend aujourd’hui très difficile l’émergence d’une majorité forte et soudée, à même de gouverner le pays.

Ni le M5S, premier parti, ni la coalition de centre-droit n’ont, en effet, obtenu une majorité parlementaire. Le mouvement dirigé par le jeune Luigi Di Maio s’était toujours dit opposé à l’hypothèse d’une coalition avec d’autres forces politiques. Mais il a changé son fusil d'épaule ce lundi, se disant "ouvert pour discuter avec tous les partis", ouvrant la voie à des négociations pour sceller une alliance stratégique pour gouverner. Alors que la coalition de centre-droit pourrait, de son côté, essayer de séduire des petites formations périphériques afin de devenir majoritaire au Parlement.

Dans les deux cas, le risque de l’émergence d’une coalition hétérogène, fragile et éphémère pourrait jeter la péninsule dans une dangereuse situation d’ingouvernabilité.

Or, il est important de souligner que le taux de participation aux élections a dépassé les 73%. Malgré les quelques millions d’Italiens se disant encore "indécis" à quelques jours du scrutin, et malgré des difficultés liées à la nouvelle loi électorale (qui ont plongé dans la confusion, jusqu’au moment du vote, de nombreux électeurs) la menace d’une forte abstention ne s’est, en effet, pas réalisée.

Par conséquent, le danger qui se profile aujourd’hui à l’horizon est la totale désaffection de l’électorat italien si ces dernières élections devaient aboutir à une victoire à la Pyrrhus, voire à une impasse gouvernementale nécessitant la constitution d’un gouvernement technique ou, à moyen terme, de nouvelles élections.

 

©AFP

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