Silvio Berlusconi, le phénix de la politique italienne

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Adulé ou haï. Remercié ou bien condamné pour ce qui ressemble à une singulière immortalité politique. Silvio Berlusconi – leader du parti Forza Italia et père d’une coalition de centre-droit qui pourrait remporter la faveur des urnes aux prochaines élections – ne laisse personne indifférent.

Aujourd’hui octogénaire, le Cavaliere est descendu dans l’arène de la campagne électorale avec tous les ingrédients qui expliquent ses succès du passé. Un volontarisme à toute épreuve, une inépuisable énergie et une capacité inégalable de séduire avec les mots.

"Berlusconi est une absolution vivante", avait expliqué, en 2010, l’écrivain Beppe Severgnini. Et il est indéniable que ce dinosaure de la vie politique de la péninsule, trois fois premier ministre, plaît parce qu’il incarne parfaitement un certain archétype de l’Italien. Hédoniste, affichant un amour démesuré pour la vie et une aussi démesurée peur de la mort, assumant son goût pour les jolies femmes et les aventures, condamné pour fraude fiscale, il semble, avec ses chutes et ses faiblesses, effacer les fautes de tous les autres.

Avec son sens aigu des affaires, Berlusconi incarne aussi le "rêve italien". Issu de la petite bourgeoisie milanaise, et après avoir travaillé comme animateur sur des bateaux de croisière et comme vendeur d’aspirateurs, il entame une ascension entrepreneuriale fulgurante qui le transforme en l’un des hommes les plus riches du pays.

Empire économique

Aujourd’hui, sa holding familiale, Fininvest, comprend des chaînes de télévision et des journaux, le géant de l’édition Mondadori, un groupe bancaire, une société en biotechnologies

Ses détracteurs ne cessent, pourtant, de questionner les origines de son empire, commencé avec un emprunt et la fondation d’une petite société immobilière, alors que la justice italienne a, à plusieurs reprises, creusé la piste de son éventuelle collusion avec la criminalité mafieuse.

C’est en 1994 que le Cavaliere – aujourd’hui père de cinq enfants et plusieurs fois grand-père – se lance dans la politique. Il apporte avec lui un parti nouveau-né, Forza Italia, créé en quelques semaines et constitué essentiellement d’amis et de cadres de sa holding.

Il répète, avec son éternel sourire, qu’il est le seul rempart contre la dérive populiste du Mouvement 5 étoiles.

Son succès politique ressemble à celui qu’il connaît dans les affaires. Il remporte les élections en 1994, en 2001 et en 2008. En novembre 2011, en pleine crise économique, il est contraint de laisser la place au gouvernement technique de Mario Monti.

Berlusconi utilise alors ces dernières années pour lécher ses blessures, consommer un divorce douloureux, et subir une très délicate opération au cœur. Il semble être rentré dans l’ombre.

Son récent retour n’a pourtant surpris ni ses alliés, ni ses ennemis. Ses partisans semblent avoir oublié ses déboires avec la justice, les lois ad personam qui lui avaient été si souvent reprochées, son grand âge. Et, omniprésent sur les plateaux de télévision, il répète, avec son éternel sourire, qu’il est – bien que formellement inéligible – le seul rempart contre la dérive populiste du Mouvement 5 étoiles.

Matteo Salvini, l’encombrant allié

"Matteo Salvini n’est absolument pas un extrémiste. Il nous a montré qu’il sait être très concret et raisonnable." C’est avec ces mots que Silvio Berlusconi défend son encombrant mais indispensable allié, le secrétaire de la Ligue du Nord. Et si le Cavaliere promet d’être le "garant de l’européisme" et de représenter une vraie "force de modération" au sein de sa coalition de centre droit, Salvini sera certainement très difficile à maîtriser.

Ce paladin d’une "Italy first", souverainiste, eurosceptique et libérée de l’immigration illégale, nourrit, en effet, l’ambition, pas si secrète, de devenir Premier ministre. Enfant de la politique, Salvini, né à Milan en 1973, est militant de la Ligue depuis ses 17 ans. Maîtrisant à la perfection l’art de la dialectique, il enflamme ses partisans avec un langage d’une simplicité et d’une efficacité désarmantes.

Député européen, il condamne l’Union pour "l’erreur de l’euroet pour avoir abandonné l’Italie face à la gestion de la question migratoire"Dans l’Italie que je veux diriger, les règles seront respectées, et tous ceux qui n’ont pas de permis de séjour seront réexpédiés chez eux", lance-t-il inlassablement.

Or, en se présentant comme le gardien acharné d’une légalité à reconquérir, Salvini n’hésite pas à faire l’amalgame entre les clandestins et les délinquants…. en alimentant ainsi la fureur de ses militants. Il flirte volontiers avec l’extrême droite avec laquelle il partage les accents nationalistes, et n’hésite pas à "oublier" le "Nord" de sa Ligue afin de séduire aussi tous les électeurs de l’Italie du centre et du Sud.

Ses adversaires pourraient tout lui reprocher… sauf d’avoir péché par incohérence. Son parcours politique est linéaire et limpide et ses slogans sont restés essentiellement les mêmes depuis ses premiers pas avec la Ligue. On peut donc imaginer que, s’il obtenait le pouvoir, il maintiendrait toutes ses virulentes promesses, comme celle de fermer immédiatement tous les centres musulmans illégaux de la péninsule.

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