Un mois après les élections, l'Italie navigue en plein brouillard

Sergio Mattarella, le président italien, entame aujourd'hui une série de consultations pour former un gouvernement. ©REUTERS

Le président Italien Sergio Mattarella débute ce mercredi ses consultations en vue de la formation d’un gouvernement, dans l’espoir, ténu, de trouver rapidement une solution au rébus politique posé par l’absence de majorité claire au Parlement. Tous les scénarios politiques sont aujourd’hui encore possibles.

Exactement un mois après les élections législatives du 4 mars, le président italien, Sergio Mattarella, entame aujourd’hui une série de consultations afin de dissiper le brouillard politique produit par les urnes.

Le chef de l’État commence ainsi un laborieux enchaînement de rencontres de 48 heures avec les représentants de tous les partis de la péninsule, les gagnants comme les perdants.

Le rébus politique que le Président est appelé à résoudre, avec la sagesse d’un moderne Salomon, est de taille. Le dernier rendez-vous électoral a, en effet, marqué l’inexorable essoufflement des vieux partis du centre, et la victoire des rhétoriques populistes du Mouvement 5 étoiles, dirigé par le jeune Luigi Di Maio (33% des voix), et de la Ligue de Matteo Salvini (17% des voix).

Aucune force politique n’a, pourtant, obtenu la majorité pour gouverner, et les semaines tourmentées qui ont suivi le scrutin prouvent qu’aujourd’hui, tout scénario est encore possible mais aussi hautement improbable.

"Je parle désormais plus à Di Maio qu’à ma mère."
Matteo Salvini
Chef de file de la Ligue

Le "mariage" entre les deux gagnants, le M5S et la Ligue, semblait, en effet, inimaginable la veille du vote. Di Maio et Salvini ont, néanmoins, entamé des pourparlers directs sur les programmes de leurs formations, calibré leurs ambitions respectives et jeté les bases d’une entente presque cordiale, bien que toujours précaire. "Je parle désormais plus à Di Maio qu’à ma mère," a récemment lancé Matteo Salvini.

Or le leader de la Ligue rêve du pouvoir autant que son homologue du M5S et, pour mieux le saisir, il reste fidèle à sa coalition de centre droit qui comprend, notamment, Silvio Berlusconi, ennemi juré du mouvement contestataire de Luigi Di Maio.

Ce dernier, qui a réussi à placer l’un de ses représentants les plus orthodoxes à la présidence de la Chambre des députés, est le parti qui, à la lumière des résultats électoraux, est le plus légitimé à gouverner, mais aussi celui qui risque la plus cuisante déception. Sans alliés, Luigi Di Maio est un roi nu. Dans l’hypothèse d’un accord échoué avec la Ligue, le M5S pourrait donc être tenté de se rapprocher des factions rebelles du Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi, ce qui donnerait probablement le coup de grâce à cette formation historique du centre gauche, déjà sanctionnée par les urnes.

Une union des perdants?

Le même rapprochement avec le PD pourrait être envisagé par Forza Italia de Silvio Berlusconi, tenté par un nouveau "pacte du Nazareno" avec le centre gauche, mais ce scénario incertain donnerait naissance à une union de perdants qui risque d’avoir la vie courte.

Ainsi, malgré la légendaire ductilité politique italienne et un penchant historique, au nom du pouvoir, pour d’improbables alliances et compromis stratégiques, la tâche de Sergio Mattarella s’annonce extrêmement ardue.

Si ce premier round de négociations ne produira aucune synergie politique durable, le Président pourrait entamer une pause de réflexion, avant de lancer une deuxième vague de consultations, voire mettre sur pied un gouvernement provisoire "technique" pour gagner du temps et réformer la loi électorale.

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