analyse

Une Italie ingouvernable?

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Les élections législatives italiennes auront lieu ce dimanche 4 mars. Même si la droite part favorite, la grande inconnue réside dans la capacité à dégager une majorité claire. L’après-élections risque de rendre le pays ingouvernable.

Les élections italiennes de dimanche représentent le rendez-vous électoral de cette année qui semble le plus préoccuper les Européens. "Je suis davantage inquiet du résultat des élections italiennes que de celui du référendum interne du SPD", a récemment révélé Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.

Le scénario que Juncker, ainsi que tous les partenaires de Rome au sein de l’Union, craignent est, en effet, la constitution d’un gouvernement fragile, non-opérationnel et éphémère, qui risquerait de transformer l’Italie en un pays ingouvernable et en un allié imprévisible.

Décodage d’un processus électoral potentiellement explosif.

> Une nouvelle loi électorale très controversée. La Rosatellum – la loi électorale qui porte le nom de son rédacteur, le député Ettore Rosato du Parti démocrate – sera appliquée pour la toute première fois aux élections législatives de ce 4 mars.

Vivement critiquée, notamment par le Mouvement 5 étoiles, elle est fondée sur un système complexe qui rend difficile l’émergence d’une majorité forte et soudée. Deux tiers d’élus sont choisis au scrutin proportionnel et un tiers par le biais d’un scrutin majoritaire uninominal à un tour.

Afin d’obtenir une majorité parlementaire, une formation politique ou une alliance de partis devrait recueillir au moins 41% des voix. Or à deux jours du scrutin, aucun des trois pôles – centre gauche, M5S et centre droit – ne semble être en mesure d’atteindre ce score.

Si les urnes n’offrent pas un résultat clair, l’heure sera à la formation d’une grande coalition aussi hétérogène qu’improbable, ou à la désignation par le Président de la République d’un gouvernement de transition (un "Gentiloni bis" du nom du Premier ministre sortant) ou encore à de nouvelles élections.

> Les principales formations politiques en lice. Le Mouvement 5 étoiles (M5S), représenté par le jeune Luigi Di Maio, est en tête dans tous les sondages d’intentions de vote. Il devrait recueillir environ 25-30% des voix, un score pourtant insuffisant pour obtenir la majorité au Parlement.

Populiste, viscéralement antisystème et affichant une forte aversion vis-à-vis de Bruxelles, cette formation a longtemps écarté la possibilité d’une quelconque alliance mais semble maintenant ouvrir la porte à une "Grosse Koalition" à l’italienne avec La Ligue du Nord de Matteo Salvini, voire le centre gauche. Se présentant comme le garant de la probité, le M5S est aujourd’hui éclaboussé par des scandales concernant certains de ses représentants.

"Je suis davantage inquiet du résultat des élections italiennes que de celui du référendum interne du SPD."
Jean-Claude Juncker
président de la Commission européenne

Le Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi et Paolo Gentiloni arrive au prochain scrutin affaibli par des mois de dissensions internes et une scission qui s’est soldée par la formation d’un nouveau parti, à gauche de la gauche, Liberi e Uguali, dirigé par le président du Sénat, Pietro Grasso (6-7% des intentions de vote).

Crédité d’à peine 20-25% des votes, le PD pourrait être tenté par une audacieuse alliance avec Silvio Berlusconi et ses alliés, voire avec le M5S. Mais à ce stade, tous les intéressés dissimulent leurs vraies intentions.

Le revenant Silvio Berlusconi pourrait devenir le moteur d’une grande coalition de centre droit regroupant Forza Italia, la Ligue de Matteo Salvini et le parti vigoureusement nationaliste Fratelli d’Italia. Cette formation est annoncée en tête des derniers sondages avec un score compris entre 34 et 38%. Ces trois partis, avec des discours qui demeurent différents, désignent cependant l’immigration comme étant la cause principale des problèmes de la péninsule.

→ Retrouvez ici les différentes propositions de l'ensemble des partis 

> Un climat qui se tend. L’épuisement des partis traditionnels, les conséquences sociales de la crise économique et les quelque 700.000 migrants arrivés dans la péninsule depuis début 2013 ont exacerbé les contours de la période préélectorale et influenceront fortement les résultats des urnes.

Malgré les exhortations du Président de la République à ne pas nourrir la "culture de la peur", de nombreux candidats ont adopté un langage peu orthodoxe et un discours identitaire nostalgique qui enflamment les esprits et exaspèrent la méfiance vis-à-vis des étrangers.

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