Il ne fait plus bon être "libéral" en Californie

Meg Whitman

Fatigués des problèmes budgétaires et économiques de leur Etat, les Californiens pourraient succomber aux sirènes républicaines.

La Californie -l’un des Etats les plus libéraux (dans le sens progressiste du terme) des Etats-Unis - va-t-elle basculer dans le camp républicain lors des élections de mi-mandat du 2 novembre? Deux ex-femmes d’affaires défendant les couleurs du parti républicain l’espèrent en tout cas. Meg Whitman, l’ex-CEO de eBay brigue le poste de gouverneur et Carly Fiorina, l’ancienne dirigeante de Hewlett-Packard, celui de sénatrice.

Un état "bleu"...

Les démocrates sont pourtant chez eux en Californie. Cela fait près de 20 ans que les deux élus représentant l’Etat au Sénat fédéral sont démocrates. Les deux assemblées de Californie sont également majoritairement teintées de bleu, la couleur du parti démocrate. Et si c’est un républicain qui préside aux destinées du Golden State le gouverneur Arnold Schwarzenegger-, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un conservateur pur jus à l’image de ce qu’a pu être Ronald Reagan en son temps.

Mais quand les choses vont mal, comme c’est le cas avec l’économie, c’est la couleur politique prédominante qui trinque. La sénatrice Barbara Boxer et la députée Nancy Pelosi qui, en tant que présidente de la Chambre des représentants est le troisième personnage de l’Etat (derrière le président Obama et le vice-président Biden), en savent quelque chose. Le gouverneur Schwarzenegger, en chute libre dans les sondages n’a plus rien à perdre, n’étant plus éligible selon la constitution de l’Etat (il termine en effet son deuxième mandat consécutif). Mais le candidat démocrate à sa succession, Jerry Brown, qui fut gouverneur de Californie de 1975 à 1983 et occupe actuellement le poste de procureur général de l’Etat, n’a pas mené une campagne aussi facile que son expérience aurait pu lui assurer.

... à l’économie grippée

La conjoncture actuelle ne plaide pas en faveur des démocrates. L’administration Obama est accusée d’impuissance face à la pire crise qu’ait connu le pays depuis la Grande Dépression. Or, la première économie des Etats-Unis ne se porte pas bien non plus. Le taux de chômage de l’Etat était pointé à 12,4% en août, bien au-dessus de la moyenne nationale (9,6%). Dans certains faubourgs de San Francisco ou de Los Angeles on ne compte plus les saisies de maison et les immeubles vides. La balance budgétaire californienne accuse un déficit structurel abyssal (19 milliards de dollars). L’Etat a frôlé la faillite à plusieurs occasions, ne parvenant même plus à payer ses fonctionnaires en fin d’année fiscale.

Les racines du problème

Pendant l’âge d’or d’internet, l’argent coulait à flot dans les caisses de l’Etat. Toute une série de programmes publics ont alors vu le jour. Des programmes devenus encombrants après l’éclatement de la bulle, lorsque les recettes fiscales ont commencé à baisser, mais dont il a été impossible de se débarrasser. "Les budgets doivent être votés à une majorité des deux tiers en Californie, ce qui permet à des minorités de prendre tout le processus en otage", s’insurge Frank Gilliam, président de la faculté de Sciences politiques à l’Université de Californie, à Los Angeles (UCLA). Si la voie semble quasi bouchée du côté des dépenses publiques, il est également très difficile d’augmenter les impôts en Californie. L’impôt foncier ne peut par exemple pas excéder 1% de la valeur du bien immobilier, selon une loi californienne datant de 1978 et jugée politiquement intouchable.

Du coup, la seule manière qu’a eu l’Etat de financer son budget ces dernières années, c’était d’emprunter toujours plus. Résultat des courses, Standard & Poor’s a rabaissé la note souveraine de la Californie à A-, le niveau le plus bas du pays.

Les républicains n’ont donc pas eu de mal à galvaniser leurs troupes à l’aide de campagnes négatives, dépassant même parfois les frontières de l’Etat comme ce fut le cas pour démolir l’image de Pelosi. "Le sentiment anti-libéral, anti-establishment démocrate est tel qu’il est même étonnant de voir que Barbara Boxer et Brown sont encore dans la course. Et lorsque l’on voit tout l’argent qui a été dépensé par Fiorina, et surtout Whitman, c’est encore plus surprenant", s’étonne Gilliam.

Un sondage publié mercredi par le Public Policy Institute of California donne en effet Brown gagnant avec 44% des intentions de vote contre 36% à Whitman, tandis que Boxer jouit de 5 points d’avance sur Fiorina (43%-38%).

La "politique-business"

Ce qui pourrait expliquer ce " miracle ", c’est le malaise ressenti par certains électeurs face aux campagnes menées par les deux femmes d’affaires. Whitman a eu beau injecter plus de 120 millions de dollars de sa fortune personnelle dans sa campagne, elle n’est pas parvenue à communiquer clairement sur son programme, sauf pour promettre de mettre un terme à certaines politiques de Schwarzenegger, en matière de lutte contre le réchauffement climatique par exemple.

Quant à l’ex-CEO d’HP, elle est perçue comme trop extrémiste par une partie de la population. "Ses idées passent peut-être très bien auprès des électeurs du mouvement Tea Party, mais beaucoup moins auprès des conservateurs modérés et des indépendants", constate Gilliam. Son passé à la tête d’HP ne joue pas en sa faveur non plus. Les campagnes anti-Fiorina, l’accusant d’avoir empoché des bonus faramineux au moment où elle licenciait à tour de bras, se sont même multipliées.

Mais tout est encore possible, d’autant que les électeurs républicains sont particulièrement mobilisés. Huit républicains sur dix se disent en effet certains d’aller voter le 2 novembre, contre 65% de démocrates. Pour Gilliam, tout dépendra donc de la mobilisation des démocrates. "A moins d’une mobilisation des électeurs démocrates, et en particulier des Hispaniques et des Afro-Américains, je ne pense pas que les candidats démocrates l’emporteront", conclut le politologue californien.

La Chambre de commerce met le paquet

Les choses ne sont pas près de s’arranger entre l’administration Obama et la Chambre de commerce américaine. Convaincue que les politiques prônées par l’équipe démocrate et la double majorité dont elle jouit au Congrès sont néfastes au monde des entreprises, la Chambre est devenue un acteur financier incontournable de la campagne pour les élections de mi-mandat, le 2 novembre. Le principal lobby des affaires outre-Atlantique a décidé de mettre le paquet. Il s’est engagé à dépenser entre 50 et 75 millions de dollars pour ces élections. De l’argent qui va principalement aux campagnes républicaines, ou en tout cas, anti-administration Obama. Cette intrusion du monde des affaires n’est évidemment pas pour plaire au président Obama qui s’était outré au début de l’année lorsque la Cour Suprême des Etats-Unis avait autorisé les entreprises à puiser dans leurs trésoreries pour financer des campagnes électorales.

Ce qui ulcère le plus Barack Obama dans le cas présent, c’est que la Chambre de Commerce n’est même pas obligée par la loi de publier la liste de ses donateurs. La semaine dernière, la Maison blanche s’est ouvertement irritée de cette intrusion anonyme des entreprises dans la politique, allant jusqu’à laisser entendre que des intérêts étrangers pouvaient ainsi s’inviter dans l’élection américaine. Dans son édition électronique de jeudi, le New York Times (NYT) lève en partie le voile sur le nom de certains donateurs de la Chambre et des montants versés. D’après le quotidien, Prudential Financial lui aurait versé 2 millions de dollars l’année dernière au moment où elle faisait du lobbying contre certaines parties de la réforme de Wall Street. Dow Chemical aurait versé 1,7 million de dollars au moment où la Chambre de commerce tentait de contrer les efforts de l’administration pour renforcer la sécurité au sein des usines chimiques. Après avoir visionné près de 70 spots de campagne financés par la Chambre, les journalistes du NYT ont conclu que 93% de ceux qui ont été diffusés à travers le pays soutenaient la candidature de républicains ou s’en prenaient aux candidats démocrates.

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