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L'Alaska ne connaît pas la crise mais bien le mécontentement

Sarah Palin reste incontournable, que ce soit en Alaska ou ailleurs.

Les électeurs d’Alaska sont séduits par le discours anti-establishment du Tea Party. Pourtant, l’État dépend des fonds fédéraux.

L’Alaska ne connaît peut-être pas la crise, mais l’État du Grand Nord n’en est pas moins devenu l’un des principaux terrains de chasse du mouvement anti-establishment du Tea Party. Avec Sarah Palin, une ancienne gouverneur d’Alaska, comme porte-drapeau, c’est le contraire qui eut été étonnant.

"L’Alaska n’a pas connu la récession, mais ses habitants voient ce qui se passe dans le reste du pays et ils blâment l’administration Obama pour cela", explique Gerald McBeath, professeur en sciences politiques à l’Université d’Alaska, à Anchorage. La décision prise par le président Obama d’imposer un moratoire sur les nouveaux forages pétroliers offshore n’a pas contribué à rendre le démocrate populaire dans un État qui vote déjà traditionnellement républicain. Et ce n’est pas le fait qu’un enfant du pays, Pete Rouse, ait récemment été nommé à la tête du cabinet d’Obama qui fera tourner le vent en Alaska.

Républicains divisés

Scott McAdams le candidat démocrate dans la course au poste de sénateur à Washington DC l’élection qui capte toute l’attention dans l’État n’a plus l’ombre d’une chance de l’emporter le 2 novembre. Mais ce n’est pas pour cela que le scrutin sera dénué de tout suspense. Au contraire. C’est même une véritable guerre des nerfs qui se joue entre les deux candidats républicains: Joe Miller qui a remporté l’investiture de son parti avec le soutien du Tea Party, et la sénatrice sortante, Lisa Murkowski. L’un comme l’autre est crédité de 37% des intentions de vote tandis que McAdams doit se satisfaire d’un score de 23% dans un récent sondage CNN-Time.

Les choses se sont pourtant récemment gâtées pour Miller, au point où cet ancien militaire devenu magistrat commence à sérieusement embarrasser les républicains. Il a multiplié les faux pas en tweetant par exemple qu’il commencerait à chercher un logement à Washington une façon de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué qui ne plaît pas à tout le monde et en refusant de s’expliquer à la presse sur la raison précise pour laquelle un de ses anciens employeurs l’a réprimandé pour problème déontologique. Des fissures sont même apparues entre Miller et Palin, restée très populaire en Alaska. À un journaliste qui lui demandait s’il estimait que Sarah Palin ferait une bonne candidate à la présidentielle de 2012, Miller avait répondu, plutôt maladroitement, qu’il n’en savait rien. Le clan Palin n’a pas apprécié cette tiédeur alors que Miller a bénéficié de son soutien politique et financier.

Candidate sans parti

Les choses sont plus compliquées encore pour Lisa Murkowski. Désignée en 2002 pour reprendre le siège de son père devenu gouverneur, et élue en 2004 à un mandat complet de sénatrice, elle n’a pas digéré sa défaite aux élections primaires. Elle a donc décidé de poursuivre sa campagne même si son nom n’apparaîtra pas sur les bulletins de vote. Le système électoral américain autorise en effet les candidats recalés à concourir sous le statut de "write in". Il suffit alors aux électeurs d’écrire eux-mêmes le nom du candidat en question sur le bulletin de vote pour lui apporter leur voix.

Il est très rare que ces candidats recalés par leur parti s’imposent. "Si elle remportait l’élection, ce serait la première fois dans l’histoire de l’Alaska qu’un candidat write-in l’emporte", explique McBeath. Ses chances ne sont pas nulles cependant. "Les conservateurs lui reprochent d’être trop proche des démocrates et d’avoir voté en faveur du plan de sauvetage de Wall Street", constate le politologue. Mais dans le même temps, il ressort des sondages que certains électeurs indépendants et démocrates, qui se sont détournés de McAdams, estiment que la cause étant perdue, il vaut mieux la soutenir dans l’espoir de faire barrage à Miller.

Dépendance au fédéral

Une victoire du candidat soutenu par le mouvement Tea Party a de quoi inquiéter, en effet. L’homme se déclare ouvertement opposé à l’interventionnisme public, même s’il s’agit de transferts financiers. Or, le magazine "Time" épinglait récemment sur son site internet que pour 1 dollar dépensé en impôts fédéraux, chaque Alaskien en récupère 1,82 sous forme de subside. "Si Miller remporte les élections, l’Alaska va perdre une partie des transferts financiers qu’il reçoit de Washington DC", craint McBeath. "L’État fédéral détient 60% des terres de l’Alaska, l’armée américaine dispose de quatre bases sur notre territoire et un emploi sur quatre dépend de fonds publics fédéraux", rappelle-t-il. Les Alaskiens conscients de leur dépendance à Washington DC réfléchiront donc à deux fois avant d’y envoyer un porte-parole du Tea Party.

La majorité d’entre eux n’hésitera par contre pas au moment de voter pour le gouverneur sortant, Sean Parnell, le républicain qui avait repris les fonctions de Palin lorsqu’elle démissionna en 2009. "Il n’a fait aucune bourde et devrait donc être réélu", résume McBeath. C’est certain, c’est du côté du Sénat que les Alaskiens regarderont mardi prochain.

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