L'Illinois vibre pour la course à la succession d'Obama... au Sénat

Le démocrate Alexi Giannoulias (à dr.) ne fait pas le poids contre le républicain Mark Kirk dans les sondages.

Le siège de sénateur anciennement occupé par le président Obama risque de tomber aux mains des républicains.

Si les républicains ne devaient remporter que deux sièges au Sénat lors des élections qui se tiendront dans une semaine jour pour jour, ils choisiraient celui de sénateur du Nevada pour le plaisir de renvoyer Harry Reid, le chef de file des démocrates, chez lui, dans la région de Las Vegas, et celui de sénateur de l’Illinois pour la symbolique. C’est en effet celui qu’occupait Barack Obama au moment d’être élu président des Etats-Unis il y a deux ans. Or, le risque de voir ce siège échapper aux démocrates à l’occasion d’une élection que les républicains présentent comme un référendum sur les politiques de l’administration Obama est réel. Au point que le président Obama et son épouse Michelle se sont tous deux déplacés dans l’Etat du Midwest pour y faire campagne.

Un dauphin faiblard

L’actuel sénateur, qui avait été désigné fin 2008 pour reprendre le mandat laissé par Obama, Roland Burris, s’était engagé à ne pas briguer le poste lors des prochaines élections. C’est à Alexi Giannoulias, le jeune ministre des Finances de l’Etat, vainqueur des élections primaires au sein du parti démocrate, qu’incombera dès lors la lourde tâche de "sauver" le siège. Mais les choses sont plutôt mal engagées pour lui.

Relativement inexpérimenté en politique, il est mené dans les sondages par le républicain Mark Kirk, cinq fois élu à l’assemblée de l’Illinois. Le dernier sondage en date, réalisé le 10 octobre par l’institut Rasmussen, donne en effet le républicain gagnant avec 44% des intentions de vote contre 40% en faveur de Giannoulias. "Il y a peu de choses que Giannoulias puisse mettre en avant en-dehors de son amitié avec le président Obama, avec qui il joue parfois au basket", estime Brian Gaines, politologue à l’Université de l’Illinois.

Giannoulias ne peut déjà pas miser sur son passé de banquier. La Broadway Bank, une banque qui appartenait à sa famille et au sein de laquelle il occupait une fonction de direction, a été saisie cette année. Pire, elle a été accusée de collusion avec la mafia. Même si ces faits se sont déroulés après le départ de Giannoulias des affaires, c’est néanmoins loupé pour l’image du banquier sans tache à un moment où le monde de la finance n’a vraiment pas bonne publicité auprès de l’opinion publique. Ensuite, son bilan de ministre des Finances de l’Illinois n’est pas immaculé, lui non plus. Le programme public Bright Start College, permettant aux ménages de l’Etat d’épargner pour les études de leurs enfants, a en effet perdu 150 millions de dollars sous son contrôle.

Disposant déjà d’un net avantage financier sur son rival démocrate, Kirk s’est empressé d’exploiter les deux gros points faibles de Giannoulias. Ce dernier ne s’est pas privé, lui non plus, d’attaques virulentes à l’encontre du candidat républicain, dont la tendance à embellir son CV, notamment au sujet de sa carrière dans l’armée, lui en a largement donné l’occasion. Pour Gaines, " Kirk est pourtant le meilleur candidat des deux, ou pour le moins celui qui a mené la meilleure campagne".

Puis, Giannoulias souffre d’un autre " handicap ", celui d’être démocrate dans un Etat largement dominé par les démocrates. Quand les choses vont mal, comme c’est le cas au niveau de l’économie, c’est bien connu, c’est contre le pouvoir en place que l’on se retourne. "Ce n’est pas tant que les gens apprécient les républicains, c’est qu’ils en veulent aux démocrates, notamment pour le taux de chômage que connaît l’Etat et qui est l’un des plus élevés du Midwest", analyse Gaines.

Gouffre budgétaire

Autre sujet de préoccupation: les finances publiques. "Il n’y a que la Californie pour avoir une situation budgétaire pire que la nôtre", constate le politologue. Le problème est tel que cela fait des années que l’Etat ne parvient plus à financer à plus de 60% le fonds qui sert à payer les pensions de ses fonctionnaires, montre une étude du Pew Center, un centre de recherche sur les politiques socio-économiques des Etats américains.

La crise économique et financière qui a touché le pays de plein fouet n’a évidemment rien fait pour arranger les choses. Mais au lieu de serrer la vis au niveau des dépenses publiques, le gouverneur de l’Etat, Pat Quinn, un démocrate dont le poste sera également en jeu le 2 novembre, a préféré faire appel à des trucs et astuces pour remplir les caisses de l’Etat, comme la mise en location de la loterie de l’Illinois à Northstar Lottery group, un consortium privé.

Gouverneur perdant?

Ce genre de politique de l’autruche ne paie généralement pas. Et pour l’heure, Quinn, nommé gouverneur après la destitution de Rod Blagojevich sur des accusations de corruption en janvier 2009, est en effet donné perdant dans les récents sondages. Une moyenne réalisée par le site RealClearPolitics qui analyse les sondages à travers le pays, le crédite en effet de 39,3% des intentions de vote contre 43,7% au candidat républicain, Bill Brady. "Quinn n’a pas fait grand-chose pendant les deux années où il a occupé le poste de gouverneur. Il n’a fait que changer d’avis sur ce qu’il fallait faire pour résorber le déficit budgétaire, et rien n’a changé", explique Gaines. Et même si Brady n’est pas connu du grand public (il siège au Sénat de l’Illinois depuis 2002), "certains électeurs disent qu’ils préfèrent encore voter pour lui parce qu’avec Quinn, ils sont certains que les choses n’avanceront pas".

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés