Le soleil ne brille plus sur la Floride

Touché de plein fouet par la crise en 2008, le "Sunshine State" ne voit pas le bout du tunnel. Ses électeurs non plus...

Le cercle vicieux de la perte d’emploi, de l’emprunt hypothécaire douteux que l’on ne peut ensuite plus rembourser, et enfin de la maison saisie par la banque, est une réalité que connaissent de nombreux Américains de la classe moyenne à travers le pays. La Floride a cependant le triste privilège d’être l’un des Etats les plus touchés par le fléau, avec le Nevada.

Le terrain de Floride était donc particulièrement fertile aux idées du Tea Party qui est parvenu à y imposer son candidat pour l’élection de sénateur –la plus suivie dans les médias- en la personne de Marco Rubio, chef de file de la majorité républicaine à la Chambre des représentants de Floride de 2000 à 2008. Charlie Crist, le gouverneur républicain sortant qui se verrait bien quitter le calme de Tallahassee pour l’effervescence de Washington DC, avait, lui aussi, tenté de décrocher l’investiture du parti, mais sans succès. Sentant que ses chances faiblissaient, il a quitté le parti républicain, avant l’investiture, pour se présenter comme candidat indépendant. Boudé par les conservateurs, il est cependant parvenu à s’attirer le soutien de certains démocrates estimant que leur candidat, le député de la Chambre de Floride Kendrick Meek, est trop fade et n’a plus la moindre chance de l’emporter. Mais cela ne suffira sans doute pas. D’après un récent sondage Zogby, Rubio jouit de 40% des intentions de vote, contre 33% pour Crist et 18% pour Meek.

Une crise sans fin

Lors des élections présidentielles de 2008, l’économie du Sunshine State semblait déjà au fond du trou. Depuis lors, les choses ne se sont pas améliorées, au contraire. C’est donc peu dire que d’affirmer que le terrain est miné pour les démocrates dans cette région du sud des Etats-Unis où le conservatisme est toujours bien ancré.

"Le taux de chômage est de deux points supérieur à la moyenne nationale et la plupart des Floridiens ont l’impression que les choses vont encore plus mal qu’il y a deux ans", constate Aubrey Jewett professeur en sciences politiques à la University of Central Florida (Orlando). "Le marché immobilier qui s’est effondré en 2008 ne s’est toujours pas remis. Les maisons ont perdu 30 à 40 % de leur valeur et même plus dans certaines régions de l’Etat ", ajoute-t-il.

Pas d’effet "marée noire"

La marée noire causée par BP dans le Golfe du Mexique ne pèse assez étrangement pas très lourd dans la campagne. Même si les côtes de Floride avaient finalement été très peu touchées, les touristes ont boudé l’Etat à un moment où il pouvait difficilement se passer de cette importante source de revenus. Seul sujet réellement débattu dans la campagne, la question de savoir s’il faut, ou non, poursuivre les forages pétroliers off shore. Meek soutient le moratoire, tandis que Crist a changé d’avis sur la question. "Comme la plupart des Floridiens, il en est arrivé à la conclusion que les forages pétroliers étaient trop importants pour l’économie de l’Etat et que l’on ne pourrait probablement pas s’en passer", explique Jewett. Rubio, lui, maintient que cela n’aurait pas beaucoup de sens pour les Etats-Unis d’interdire les forages off-shore au large des côtes de Floride alors que Cuba va entamer des forages dans ses eaux territoriales, à 80 km des côtes de l’Etat américain.

Quant à la réforme des soins de santé, pointée par Obama comme l’une de ses plus belles victoires, elle suscite plutôt la méfiance dans cet Etat où tant d’habitants de la côte est viennent couler une retraite ensoleillée. "Les retraités profitent du programme public Medicare pour leurs soins de santé et ils craignent que la réforme d’Obama se traduira par des coupes budgétaires dans Medicare".

Crist trop proche d’obama

Considéré comme trop modéré sur les questions de société –en tant que gouverneur, il a notamment restauré les droits civiques des criminels condamnés et nommé un Afro-Américain à la Cour Suprême de Floride- Crist s’est montré hésitant sur la question des soins de santé. Après l’avoir saluée, il s’en est pris à la réforme pendant sa campagne. Cette façon de retourner sa veste lui est d’ailleurs régulièrement reproché par ses détracteurs.

L’homme est également jugé trop proche du président Obama. "La cerise sur le gâteau pour les conservateurs de Floride fut probablement la manière dont Crist reçut Obama lorsque ce dernier est venu présenter son plan de relance en Floride", se souvient par exemple Jewett. Alors que d’autres gouverneurs républicains avaient accepté l’argent fédéral du bout des lèvres, Crist a carrément donné l’accolade au président démocrate venu présenter son plan de relance en février 2009, en lui témoignant une sympathie et une reconnaissance que la base du parti trouva fort peu à son goût.

La manne fédérale

Pourtant, sans l’argent fédéral débloqué par les démocrates du Congrès, la Floride se porterait encore plus mal, au niveau de ses finances publiques notamment. Pour arriver à boucler un budget opérationnel en équilibre, comme la loi l’y oblige, l’Etat de Floride a dû prendre des mesures exceptionnelles en temps de crise. "Il a fallu geler le salaire des fonctionnaires, cesser les embauches au niveau de la fonction publique, mettre fin à certains programmes sociaux", énumère Jewett. "L’Etat a également puisé dans certains de ses fonds de placement, notamment ceux destinés à financer les transports publics ou les campagnes anti-tabac", poursuit-il. Il a aussi fallu augmenter le prix des permis de conduire, des frais de mariage, des licences de pêches, etc., pour remplir les caisses de l’Etat.

"Sans l’aide de l’Etat fédéral, les choses auraient été pires", constate Jewett qui s’attend encore à une année fiscale très difficile, d’autant que les mesures uniques qui ont aidé à équilibrer le budget depuis l’éclatement d ela crise (aide fédérale, etc.) ne se répéteront pas.

Et à la tête de la floride?

Le successeur de Crist à la tête de l’Etat n’aura donc pas la tâche facile. Ici aussi, le terrain semble plus propice aux républicains qui occupent le poste depuis plus de dix ans. Sauf que leur candidat, Rick Scott, un homme d’affaire qui a pu injecter des millions de dollars dans sa campagne, souffre d’un gros handicap. En 1997, il fut en effet obligé de quitter Columbia/HCA, le groupe hospitalier qu’il avait mis 10 ans à transformer en géant du secteur, après un scandale de fraude autour du programme de santé pour les personnes âgées, Medicare. Le groupe avait gonflé ses factures à l’Etat fédéral pour des centaines de millions de dollars.

La Justice ne put jamais prouver aucune malversation dans le chef de Scott. Mais il pourrait "payer" cette année l’indélicatesse de son ancien groupe. Même si sa candidature pèse moins lourd sur papier, sa rivale démocrate, l’actuelle ministre des Finances de Floride, Alex Sink, pourrait mettre un terme à la mainmise des républicains sur l’Etat depuis l’arrivée de Jeb Bush au pouvoir en 1999. A quelques jours du scrutin, les deux candidats sont en effet dans un mouchoir de poche, le républicain étant crédité dans les sondages d’une avance de moins de deux points en moyenne sur sa rivale démocrate.

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