"Obama ne s'attendait pas à une opposition aussi féroce de la part des républicains"

Les Américains se rendent aux urnes, mardi, pour des élections de mi-mandat pour Obama. Les deux années à venir seront difficiles mais captivantes, estime Laurence Nardon (IFRI).

Laurence Nardon est responsable du Programme Etats-Unis à l'Institut français des relations internationales. La Française a suivi de près la campagne électorale pour les élections de mi-mandat, qui s'annoncent décisives pour la suite de la présidence de Barack Obama. Si l'on en croit les sondages, la Chambre des représentants devrait tomber aux mains des républicains mardi. Et si la probabilité d'un tel basculement est moins grande au Sénat, le risque zéro n'existe pas. Pour Laurence Nardon, les deux années à venir risquent d'être très difficiles pour le président Obama, mais captivantes pour les observateurs de la vie politique américaine.

 

Comment expliquez-vous l'émergence d'un mouvement contestataire comme celui du Tea Party?

Ce mouvement a émergé de l'anxiété due à la crise économique et aux changements démographiques en cours aux Etats-Unis. La crise actuelle fait référence à celle de 1929 et beaucoup d'Américains craignent que leurs enfants aient des conditions de vie plus difficiles qu'eux. En outre, d'après les statistiques démographiques du bureau américain du recensement, moins d'un Américain sur deux sera blanc caucasien d'ici 30 ans. Il y a donc une angoisse identitaire de la part de la communauté blanche, qui se trouve d'ailleurs surreprésentée dans les Tea Parties.

 

Le Tea Party aurait pu connaître un tel succès dans d'autres circonstances économiques ?

Il n'y a rien de neuf dans ce mouvement, que l'on peut replacer dans une mouvance conservatrice remontant aux origines des Etats-Unis. Plus récemment, les Etats-Unis ont connu le McCarthysme dans les années 50, et les discours de Barry Goldwater au début des années 60. A l'époque, les conservateurs travaillaient déjà sur les mêmes thèmes.

 

Le président Obama a reconnu souffrir d'un problème d'image. Etre un homme politique intellectuel cela ne passe toujours pas auprès de l'opinion publique américaine ?

Intuitivement, je dirais que l'intellectualisme n'est pas une valeur reconnue aux Etats-Unis comme elle peut l'être en Europe. On s'y méfie de l'autorité et des experts. On peut aussi lier cette tendance à l'émergence de la socialisation via l'internet. Aujourd'hui, les gens vont plutôt faire confiance à des blogs, à ce qu'ils lisent dans des chat rooms, qu'à des experts. Dans un tel cadre, un président qui se présente comme très intellectuel, qui est dans la réflexion, ne va pas susciter l'adhésion.

 

Que pourrait-il faire pour améliorer son image?

Il va changer son équipe, qui est vue comme un groupe d'intellectuels, coupés du peuple et du monde des affaires. Beaucoup de ses conseillers ont quitté son équipe. Cela m'étonnerait qu'Obama n'ait pas demandé leur départ ou n'en ait pas profité pour les remplacer par des gens qui ont une meilleure image dans l'opinion publique.

 

Barack Obama est allé au clash avec l'opposition républicaine à plusieurs reprises. Était-ce maladroit?

Il n'est pas entièrement à blâmer. C'est lié au fonctionnement du Congrès et en particulier du Sénat, où il faut une majorité de 60 voix sur 100 pour faire passer quelque chose. Ensuite, l'opposition républicaine a choisi une attitude sans concession, d'opposition systématique.

 

On lui a reproché d'avoir laissé le Congrès gérer la réforme des soins de santé. Or, il l'avait fait pour éviter les erreurs des Clinton en 1993…

Oui, mais il est allé trop loin dans l'autre sens. Il a aussi voulu mettre en route un fonctionnement bipartisan, où les deux partis discuteraient de bonne foi des réformes à faire. Mais il aurait dû être plus agressif, plus présent dans le débat, plus batailleur face à un parti républicain agressif.

 

Pensez-vous qu'Obama a été pris par surprise, qu'il ne s'attendait pas à une opposition aussi féroce de la part des républicains?

Oui. La plupart des observateurs affirmaient en 2008 que les Américains étaient prêts à évoluer vers un système presque social-démocrate à l'européenne. Mais le cycle conservateur actuel qui s'était installé à la fin des années 70 et avait connu un âge d'or sous les présidences de Ronald Reagan et de George W. Bush n'est toujours pas achevé. Le président Obama et ses conseillers ont été pris par surprise et ont mis un certain moment à se rendre compte de ce qui se passait. Il était trop tard. C'est pour cela que les deux années à venir seront très intéressantes. On verra comment le mouvement du Tea Party évoluera. Va-t-il se transformer en parti? Les républicains vont-ils réussir ou non à exploiter son succès ?

 

Le Tea Party ne pourrait-il pas être absorbé par le parti républicain?

Il s'agit d'une nébuleuse. Ce serait un reniement pour ses membres, qui agissent de chez eux, avec un blog et une liste d'adresses e-mail, que de se constituer en parti ou de se faire reprendre par le parti républicain. Il sera sans doute possible de récupérer çà et là des candidats, reprendre des thèmes du Tea Party sans en reprendre le nom.

 

Ce serait la stratégie de Sarah Palin, l'ancienne co-listière de John McCain, dans le cadre d'une candidature à la présidentielle de 2012 ?

Il y a beaucoup de candidats républicains possibles pour 2012 et Sarah Palin n'est pas la mieux placée. Elle est vue par l'establishment du parti comme ingérable, peu formée sur les questions de gouvernement et internationales. Le candidat potentiel le mieux placé est Mitt Romney, l'ancien gouverneur du Massachusetts. Mais il est beaucoup trop tôt pour s'avancer. Obama n'était encore nulle part en 2006.

 

Le président Obama sera-t-il bloqué après les élections du 2 novembre?

Il ne faut pas espérer une attitude moins agressive des élus républicains en cas de victoire au Congrès. On peut même s'attendre à un blocage des institutions. Mais en 1994, lorsque les républicains ont obtenu les deux chambres sous la présidence de Bill Clinton, ils n'ont pas tardé eux-mêmes à être blâmés pour tous les problèmes de l'Amérique. Et Clinton a été réélu en 1996.

 

Cela pourrait être une chance pour Obama en 2012 ?

C'est possible, mais ce sera quand même difficile

 

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés