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reportage

Geert Wilders, la haine de l'islam comme seule politique

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Les Néerlandais se rendent aux urnes mercredi prochain. L’extrême droite, incarnée par le député anti-islam Geert Wilders, est au coude-à-coude avec les libéraux dans les sondages. Enquête sur les ressorts de son succès.

"Qu’il vienne ou non, cela n’empêchera pas les gens de voter pour lui." Au bas de son échelle pour la pause cigarette, ce couvreur de la petite ville touristique de Volendam a le verbe haut pour répondre aux curieux. Dans ce fief de Geert Wilders, le leader du mouvement populiste aux Pays-Bas avec son parti de la liberté (PVV), les journalistes ont mauvaise presse.

À part la pluie incessante de ces derniers jours qui a gâché le chiffre d’affaires généré par les masses de touristes venus visiter la "Hollande pittoresque", la colère des habitants est d’avoir été assimilés à des nazis. "On va demander 1 million d’euros de dommages et intérêts", promet Johan Mülher, un avocat qui veut en découdre avec le Volkskrant au lendemain de la publication d’un dessin de villageois de Volendam en costume traditionnel, chacun d’eux représenté avec le visage d’Hitler.

À Volendam comme ailleurs, Geert Wilders alimente la polémique. Prévu dans un premier temps, son déplacement a ensuite été annulé pour des raisons de sécurité, puis reprogrammé…

Cette valse-hésitation est à l’image de la mauvaise posture du PVV à la veille des élections législatives de mercredi prochain. Après avoir caracolé pendant des mois dans les intentions de vote, la mécanique se grippe pour celui qui prône une éradication de l’islam aux Pays-Bas. Le baromètre politique Peilingwijzer (moyenne pondérée de cinq instituts de sondage) prédit désormais la défaite du PVV et une victoire du parti libéral du Premier ministre Mark Rutte.

Exclure et expulser

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Infréquentable mais incontournable, le PVV, partisan d’interdire le Coran et de fermer les mosquées, a toutefois des chances de devenir la deuxième force politique des Pays-Bas. Intitulé "Rendez-nous nos Pays-Bas", son programme électoral confirme que la priorité des priorités est de stopper l’islam. "Exclure et expulser", résume de son côté une député écologiste de Groenlinks face à la politique sectaire défendue par le chef de file populiste, par ailleurs allié de Marine Le Pen sur la scène européenne pour être partisan comme elle de sortir de l’Union européenne.

Reconnaissable entre tous à sa chevelure peroxydée, Geert Wilders a forgé sa notoriété dès le début à l’appui à ses diatribes islamophobes. Ses provocations évoquent le "tsunami de musulmans" aux Pays-Bas. "Le Coran expurgé de ses passages haineux n’est pas plus épais que le journal de Mickey", selon une de ses phrases mêlant dédain et mépris.

Surfant sur la vague populiste qui voit le jour aux Pays-Bas après l’assassinat du politicien d’extrême droite Pim Fortuyn en 2002 et du cinéaste Theo van Gogh en 2004 par un islamiste extrémiste, Geert Wilders est sorti en politique comme un diable de sa boîte.

Le choc des mots et le poids des clichés vont lui permettre d’emblée de marquer les esprits dans une société où le multiculturalisme montre ses limites. À l’automne 2006, son parti de la liberté créé dans la précipitation après sa rupture avec le parti libéral, rafle neuf sièges à la chambre à l’issue des élections législatives.

Il compare le Coran à "Mein Kampf"

Pour avoir comparé le Coran à "Mein Kampf", le livre d’Hitler, Geert Wilders doit répondre d’un premier procès au pénal en 2011 pour discrimination et incitation à la haine. Relaxé cette fois-là, il a été reconnu coupable de discrimination dans une seconde affaire en 2016 pour avoir fait scander à une foule de partisans "moins de Marocains, moins de Marocains".

À l’étranger, sa mauvaise réputation n’est plus à faire. Le mois dernier, lors du carnaval de Düsseldorf, des chars ont défilé dans les rues avec les effigies des figures de proue de l’extrême droite européenne, dont Geert Wilders et Marine Le Pen, aux côtés d’une caricature d’Hitler.

Moins anecdotique, le monde arabe a failli s’enflammer lorsque fin 2007 Geert Wilders annonce la sortie d’un film islamophobe. Promettant de faire plus de bruit que les Versets sataniques de Salman Rushdie. Celui-ci n’aura l’effet que d’un "pétard mouillé".

Le mal est fait. Menacé de mort par Al-Qaïda, Geert Wilders vit entouré en permanence de gardes du corps qui entravent sa liberté d’aller et venir.

Voyage en Israël

Rien ne prédestinait ce Brabançon né dans la ville frontalière de Venlo (Pays-Bas) à s’attirer les foudres du monde. Élevé dans le multiculturalisme politique, son père et sa mère votent plutôt à droite, son frère socialiste et sa sœur écolo.

Jusqu’à ce "voyage initiatique" durant ses études qui l’amène à séjourner un an dans un kibboutz israélien, un terreau de liens étroits sionistes qu’il entretient toujours. Puis, lors d’un périple dans des pays arabes avoisinants, il se dit édifié par l’antisémitisme ambiant. Son camp est dès lors choisi.

Précurseur dans l’art de tweeter avant Donald Trump, le chef de file de l’extrême droite néerlandaise privilégie immédiatement ce mode de communication pour se faire entendre. Mais pas de dialogue avec qui que ce soit. Geert Wilders ne répond jamais à personne.

Quelques clics lui suffisent pour orchestrer des frasques qui vont ipso facto défrayer la chronique. Juste après l’attentat sur le marché de Noël à Berlin, un de ses tweets a présenté un montage photo d’Angela Merkel les mains tâchées de sang. Une façon de la désigner responsable d’avoir ouvert les frontières de l’Europe à l’immigration.

Pleins de baume au cœur, certains tweets de Geert Wilders ont aussi salué le Brexit et l’élection de Donald Trump. "Cet homme va apporter un vent nouveau…. J’espère devenir un leader tel que lui…" "Il est le seul homme politique aux Pays-Bas à s’être réjoui de ces événements", note Roy Kemmers, chargé de cours en sciences sociales à l’université Érasme de Rotterdam.

Une "com’" canalisée

Canalisée, la communication extérieure du PVV est le monopole exclusif de Geert Wilders. Aucun des collaborateurs qui le côtoient n’est autorisé à "parler". Ses interviews sont accordées au compte-gouttes.

Mais les médias sont "à sa botte". Susceptible d’un écart, d’un excès ou d’un dérapage, le moindre de ses déplacements s’accompagne d’un aréopage de radios et de chaînes de télévision.

Derrière ces shows médiatiques, l’envers du décor révèle un parti moins reluisant. Comme Louis XIV était l’État soi-même, le PVV c’est Wilders. Il est le seul à avoir une carte de son parti. Aucun autre adhérent n’existe.

Financement occulte

Quant au financement du parti populiste, il s’avère sujet à caution. "Des rumeurs ont couru sur des fonds en provenance de groupuscules de juifs orthodoxes ou du lobby israélite new-yorkais. Mais, faute d’une législation néerlandaise sur le financement des partis politiques, aucune thèse n’a été étayée", avance Wouter van der Brug, professeur en sciences politiques à l’université d’Amsterdam.

La légitimité politique du PVV pose aussi question. Il n’occupe aujourd’hui que deux sièges de plus au Parlement que lors de sa première élection en 2006. Aux dernières municipales, le PVV ne s’est présenté que dans deux villes: La Haye et Almere. "Geert Wilders a perdu quatre scrutins d’affilée: les législatives de 2012, les élections européennes de 204, les municipales et les provinciales", récapitule le politologue André Krouwel de l’université d’Amsterdam.

Manque de sérieux

Aujourd’hui, le manque de sérieux du programme du PVV pour les élections législatives est brocardé de toutes parts. Pour commencer, l’ensemble du descriptif tient sur une feuille de papier de format A4. "C'est clair, Geert Wilders n’a pas l’intention de gouverner le pays", conclut Wouter van der Brug.

De toute façon, la route vers le pouvoir lui est quasiment barrée. Aucun des partis traditionnels n’envisage de former une coalition aux côtés du PVV. Cerné par un "cordon sanitaire", Geert Wilders s’est condamné à l’exil politique.

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