Les Pays-Bas face à de nouveaux enjeux

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Les élections de ce mercredi risquent d’aboutir à un morcellement du paysage politique néerlandais. Les populistes devraient constituer la principale force d’opposition en devenant le deuxième parti du royaume.

Le résultat des élections législatives de ce 15 mars aux Pays-Bas promet une suprématie des partis de droite, toutes tendances confondues. À l’inverse, les formations traditionnelles de gauche devraient connaître un cuisant revers.

Même si le raz-de-marée de l’extrême droite populiste n’est plus d’actualité, le parti de la liberté de Geert Wilders (PVV) deviendrait la deuxième force politique des Pays-Bas. Les libéraux du VVD menés par le Premier ministre Mark Rutte arriveraient en tête du scrutin.

À l’exception des travaillistes du PvdA, la plupart des partis traditionnels allant du centre droit au centre gauche (chrétiens démocrates du CDA, démocrates du D66, écologistes de GroenLinks), devraient réaliser des scores dans un "mouchoir de poche".

La contre-performance qui guette le parti travailliste se profile comme l’autre trait marquant de cette élection pour la gauche néerlandaise.

Dans tous les cas de figure, il va falloir cinq partis pour former une équipe gouvernementale disposant d’une majorité au Parlement.

Scores attendus

Selon les estimations de ce mardi du baromètre politique Peilingwijzer regroupant six instituts de sondage, le parti libéral est désormais donné vainqueur du scrutin avec 17% des voix, contre 14% des suffrages pour le PVV.

Dans le peloton qui suit, deux formations à droite s’avèrent au coude-à-coude. Les chrétiens démocrates du CDA sont crédités de 13% des suffrages et les démocrates du D66 de 12% des voix. Les écologistes de GroenLinks (centre gauche) les talonneraient avec 11%

Au sein des partis de gauche, le parti travailliste risque d’être relégué à la place de septième parti politique néerlandais avec seulement 7% des suffrages. En regard, les socialistes du SP, plus marqués à gauche, pourraient capter 10% des voix.

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Le programme du peloton de tête

VVD, parti libéral (droite). Plusieurs réformes annoncées sur le marché du travail afin de remédier à la précarité des emplois flexibles. Des enveloppes de dépenses prévues pour l’assistance aux personnes âgées, la sécurité et l’armée. Pro-européen, le VVD plaide pour une fermeture des frontières aux demandeurs d’asile hors l’UE.

-Le CDA, chrétien-démocrate (centre droit). Nombreuses mesures en faveur de la famille à l’agenda Fortes dépenses aussi pour l’armée. Une réforme peu populaire à l’ordre du jour aussi en vue de restreindre les avantages des emprunts immobiliers. Partisan d’une Europe à plusieurs "vitesses".

- D66, démocrates (centre droit/gauche). Politique volontariste en vue d’améliorer l’enseignement ainsi qu’une série de mesures "pro-familiales". Défense d’une Europe plus démocratique: une Commission plus restreinte et un Parlement avec plus de compétences.

GroenLinks, écologistes (gauche modérée). Fortes dépenses en faveur de l’environnent et des personnes dépendantes. Mesures pénalisantes pour réduire la circulation automobile. Plaide en faveur d’une Europe plus "verte" et de davantage de démocratie. Favorable à l’accueil de nouveaux réfugiés.

PvdA, parti travailliste (gauche). À côté d’une hausse des allocations sociales, les dépenses sont à l’agenda pour améliorer la sécurité et le sort des personnes âgées. Favorable à une modulation de l’âge de départ à la retraite. Partisan d’une immigration plus contrôlée et de mesures pour accélérer l’intégration des migrants. Prône une Europe plus sociale.

Coalitions possibles

De prime abord, malgré une percée anticipée des populistes, un cordon sanitaire devrait en principe barrer la route du pouvoir au parti de Geert Wilders. Partant de là, l’hypothèse la plus plausible évoque une coalition articulée autour du parti libéral du Premier ministre actuel. Mais le morcellement du paysage politique laisse présager de laborieuses tractations pour aboutir à un accord de gouvernement.

Dans quasiment tous les cas de figure, il va falloir cinq partis pour former une équipe gouvernementale disposant d’une majorité au Parlement.

La seule exception est une coalition à "quatre" entre les libéraux (droite), les chrétiens-démocrates (centre droit), les démocrates du D66 (centre droit/gauche) et les écologistes (gauche modérée).

Tous les partis recueillant au moins 10% des voix peuvent prétendre à un "ticket d’entrée" dans le prochain gouvernement. à noter que malgré la chute annoncée des travaillistes, le PvdA peut s’avérer une force d’appoint.

Mais quelle que soit la combinaison retenue, une cohabitation entre partis de droite et de gauche apparaît incontournable

Accord de gouvernement

Vu éclectisme politique susceptible de caractériser le gouvernement tout comme sa coloration violette en incluant la gauche modérée, le futur accord de gouvernement devrait opérer un retour de balancier vers l’État-providence après la politique d’austérité menée par Mark Rutte ces dernières années. Face au mécontentement social, la reprise économique qui se confirme aux Pays-Bas, s’avère aussi propice à relâcher les cordons de la bourse.

Le risque du vote "flottant"

Dans les dernières heures de la campagne, l’enjeu des partis a été de mobiliser la grande proportion d’électeurs encore indécis. Selon les estimations, entre un quart et la moitié des 13 millions d’électeurs néerlandais risquaient d’hésiter jusqu’au dernier moment sur la "couleur" de leur bulletin de vote.

INSOLITE: BOND EN AVANT POUR LE PARTI DES ANIMAUX

La défense de nos amis les bêtes a de beaux jours devant elle aux Pays-Bas. Particularité unique au monde, le parti des animaux néerlandais qui siège au Parlement depuis plusieurs années, va sans doute accentuer son empreinte dans l’hémicycle. Son nombre de sièges pourrait tripler (de 2 à 6) lors des élections d’aujourd’hui.

Une récompense prévue par les sondages vu le beau "tableau de chasse" du Partij van de dieren en dix ans de présence dans l’arène politique. Parmi les mesures les plus spectaculaires: l’interdiction d’élever des visons pour en faire des manteaux de fourrures votée en 2013 et la prohibition des numéros de bêtes sauvages dans les cirques ou les cabarets.

Sur le flanc des animaux domestiques, l’ablation de la queue des porcs doit aujourd’hui se faire sous anesthésie et la castration des porcelets est frappée d’interdiction. L’élevage des poules en "batterie" a aussi volé en éclats. Enfin, la zoophilie est devenue un délit pénal passible d’un an de prison.

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