"Les réseaux sociaux servent les idées extrêmes"

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Il y a une défiance généralisée envers les élites, qu’il s’agisse des journalistes ou des hommes politiques. C’est en ce sens que les gens tendent de plus en plus à accéder à l’information en passant par des citoyens "ordinaires", nous explique un expert en communication.

Darren Lilleker est professeur de communication politique à l’Université de Bournemouth (Angleterre). Il est l’auteur de l’ouvrage "Political Communication and Cognition", dans lequel il analyse la façon dont les citoyens reçoivent et s’approprient les messages politiques avant d’exprimer leurs opinions. Dans cette interview, il explique en quoi les réseaux sociaux ont transformé leur rapport à la démocratie.

La puissance médiatique de personnalités politiques clivantes comme Donald Trump est-elle un phénomène lié exclusivement aux réseaux sociaux?

Donald Trump les a utilisés avec beaucoup d’efficacité pour capter l’attention de l’ensemble des médias. Il l’a particulièrement bien fait avec Twitter. Ses visions controversées, son utilisation très personnelle de cet outil ont rendu sa campagne très visible auprès des utilisateurs des réseaux sociaux. Souvent, les gens sont moins inhibés à l’idée d’y partager des idées extrêmes. Twitter et Facebook – surtout Twitter car l’anonymat y est possible – permettent à leurs utilisateurs de dire ou montrer ce qu’ils n’auraient jamais exprimé dans un autre contexte. Voir d’autres personnes exprimer librement des visions relativement proches des leurs les incite à exprimer à leur tour ce qu’ils veulent. Cela contribue à rendre acceptables les idées extrêmes.

La nature profonde de Facebook ou Twitter n’est-elle pas celle d’un serpent qui se mord la queue?

Les recherches scientifiques suggèrent que les gens utilisent les médias sociaux pour avoir une récompense, pour obtenir des likes, pour que les gens aiment ce qu’ils font ou ce qu’ils sont, les soutiennent. Ils se sentent ainsi plus forts pour dire ce qu’ils ressentent et donner leur avis sur le monde qui les entoure. Ils le font de la même manière qu’un Donald Trump a tenu des propos choquants pour susciter de l’attention et obtenir un maximum de retweets.

"Sur les réseaux sociaux, les modérés sont voués à s’effacer."
Darren Lilleker
prof. Université de Bournemouth

S’ils n’adhèrent pas à des théories circulant sur le net, ils finissent par s’en détacher. Cela peut plus spécialement concerner ceux qui expriment des visions politiques typiques ou modérées, et qui peuvent très vite constater que les expressions d’idéologies politiques plus tranchantes, clivantes, tendent à prendre naturellement le dessus, à dominer le débat. Sur les réseaux sociaux, les modérés sont voués à s’effacer.

Comment expliquer cette défiance face aux médias traditionnels et à l’information humaine, et cette confiance aveugle envers les réseaux sociaux et leurs algorithmes?

Il y a une défiance généralisée envers les élites, qu’il s’agisse des journalistes ou des hommes politiques. C’est en ce sens que les gens tendent de plus en plus à accéder à l’information en passant par des citoyens "ordinaires". Mais je ne suis pas sûr qu’ils soient conscients du pouvoir des robots et des programmes informatiques lorsqu’ils sont sur internet. Les interactions leur semblent naturelles, pas déterminées par des formules automatiques. D’ailleurs, Facebook ne crée pas de contenu, il filtre et oriente du contenu à partir du comportement en ligne. Plus les utilisateurs s’expriment, plus ils se voient proposer par les algorithmes des idées et des contenus créés par des personnes qui leur ressemblent, et en qui ils ont confiance.

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