analyse

Trump n’aura pas fait d’étincelles pour l’économie

Donald Trump devant les travailleurs d'une usine Whirlpool en Ohio, le 6 août dernier. Il venait de défendre auprès d'eux sa politique commerciale. ©AFP

L'administration Trump a profité d'un long cycle de croissance, mais il avait commencé à s'essouffler bien avant que l’épidémie de coronavirus ne vienne briser le jeu.

Le trumpisme est-il bon pour l’économie américaine? Il serait facile de répondre d’un simple coup d’œil aux courbes – «it’s the economy, stupid!». À condition de garder à l’esprit que l’influence du président américain sur l’économie ne doit pas être surévaluée: la conjoncture dépend largement de facteurs sur lesquels il a peu ou pas de prise directe.

Avant la déflagration pandémique, la trajectoire prise par l'économie américaine n'avait pas fondamentalement changé depuis le début du mandat de Trump. L’économie américaine poursuivait globalement sa lancée sur des rails empruntés sous l’ère Obama, pour former le plus long cycle de croissance ininterrompu de l’après-guerre.

Coûteux stimulus

En décembre 2017, Donald Trump sort sa carte maîtresse pour l'économie en signant sa réforme fiscale, le «Tax Cut and Jobs Act»: un stimulus fiscal, censé pousser l’avantage d’une économie déjà en assez bonne santé. Il prévoit notamment de réduire à 21% de l'impôt sur les sociétés, qui pouvait jusqu'alors monter jusqu’à 35%. «En réalité, le taux effectif était déjà nettement inférieur, un peu en dessous des 25%, même si c’est difficile à évaluer vu les variations d’un secteur à l’autre, souligne Grégory Daco, chief US economist au bureau d’analyse Oxford Economics. Et l’impact sur les investissements des entreprises n’a pas été aussi fort que l’administration Trump le prévoyait.» La réforme fiscale concernait aussi les ménages, mais les réductions d’impôts ont été fortement orientées sur les segments à plus hauts revenus, souligne l'économiste basé à New York, «or l’effet sur leur consommation est moindre que l’effet sur les réductions d’impôts des plus bas revenus».

«On a eu une sorte d’effet de vases communicants: au moment où la politique fiscale s’essoufflait, les vents commerciaux devenaient de plus en plus forts et contraignants.»
Grégory Daco
Oxford Economics

Somme toute, Oxford Economics estime que le stimulus fiscal a augmenté la croissance de 0,5% à 0,6%. Utile mais dispendieux, selon Grégory Daco: «Le passage de cette loi a coûté plus de 1.200 milliards de dollars au budget, l’effet sur l’économie a été relativement modeste par rapport aux dépenses engendrées.»

Une réforme coûteuse à l'utilité discutable? Les économistes peuvent en débattre, mais elle n’aura en tout cas pas aidé Donald Trump à rembourser la dette publique américaine. Pendant la campagne de 2016, il avait assuré pouvoir effacer la totalité de l'ardoise en huit ans – deux mandats. Avant même l’arrivée du virus sur le sol américain, force était de constater que la dette fédérale... continuait de gonfler.

Guerre des nerfs

Pendant que les économistes guettaient les effets du stimulus fiscal, Donald Trump multipliait les attaques sur le front commercial, menaçant ses voisins mexicain et canadien, s’en prenant à son partenaire européen, et augmentant les tarifs douaniers sur des importations venues de Chine. Les guerres commerciales sont-elles «bonnes et faciles à gagner», comme il l'a tweeté? Elles n’auront en tout cas pas eu de bénéfice à court terme pour la croissance américaine. «On a eu une sorte d’effet de vases communicants: au moment où la politique fiscale s’essoufflait, les vents commerciaux devenaient de plus en plus forts et contraignants», observe Grégory Daco. L’année 2019 est de ce point de vue charnière: l’effet du stimulus fiscal s’était dissipé, tandis que la politique commerciale commençait à peser sur l'économie. Elle aurait coûté 0,5% à la croissance américaine sur 2018 et 2019, estime Oxford Economics... Effaçant à peu de chose près l’effet du stimulus fiscal. La politique menée pour limiter l’immigration a également pesé sur l'économie: «On estime qu’elle a pesé de l’ordre de 0,1 à 0,2% sur la croissance.»

Jobs, jobs, jobs

Si, avant le coronavirus, la politique de l’administration Trump aura fait match nul pour l’économie du pays le président pouvait se prévaloir de résultats historiques sur le plan social. Le taux de pauvreté venait de tomber à son plus bas niveau depuis le début des calculs (10,5%), et le taux de chômage avait atteint début 2020 son niveau le plus bas depuis le premier choc pétrolier (3,6%). Sans l'apparition du nouveau coronavirus, le président sortant tenait son argument de campagne massue.

Pour Grégory Daco, ces performances n'étaient pas à mettre uniquement au crédit de l'administration Trump: «Le cycle économique de 2009 à 2020 a été le cycle de croissance le plus long de tous les temps. L'emploi en a dans l’ensemble profité – et les tranches les plus fragiles ont bénéficié de plus en plus d’un marché du travail qui se rapprochait du plein emploi.»

La catastrophe

Puis ce fut le choc. La pandémie de Covid-19 a été accueillie par une communication semeuse de confusion de la part du locataire de la Maison-Blanche et des mesures sanitaires en ordre dispersé. L'emploi a trinqué – au plus fort du mois d’avril, 6,6 millions de nouveaux demandeurs d’emploi se sont inscrits en une seule semaine. Après un pic historique, le chômage est redescendu pour s'établir avant le scrutin à 7,9%.

"Le premier plan de relance a été très efficace, il a permis une augmentation du revenu, une consommation accrue des ménages. Le problème, c’est qu’il manque une ‘phase 2’."
Grégory Daco
Oxford Economics

Pour contrer les effets économiques du virus, la banque centrale a annoncé dès la fin mars un soutien monétaire «illimité» à l’économie, tandis que le gouvernement approuvait un plan budgétaire de 2.200 milliards de dollars. «Le premier plan de relance a été très efficace, il a permis une augmentation du revenu, une consommation accrue des ménages, souligne Grégory Daco. Le problème, c’est qu’il manque une ‘phase 2’. Ca fait plusieurs mois qu’on en discute, que le président tergiverse, mais les divisions politiques ont pris le dessus.»

À quelques jours du scrutin, l’économie américaine tourne à 82% de son niveau d’avant crise, selon l’indice «back to normal», publié par Moody's Analytics.

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