interview

A quoi faut-il s'attendre du mandat de Trump?

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André Sapir, professeur d’économie à l’ULB et membre du think tank européen Bruegel, voit dans l’unilatéralisme de Trump "un revirement sans précédent de la politique américaine depuis 1945".

Trump va-t-il appliquer son agenda protectionniste ou est-ce du bluff?
Ces déclarations protectionnistes à l’égard du Mexique et de la Chine remontent au printemps 2015, c’est-à-dire au tout début de sa campagne. On peut donc estimer qu’il s’agit d’un point fondamental de son programme. C’est un discours qui s’adresse en priorité aux électeurs des Etats clés du "Rust Belt" (la "ceinture de la rouille", nommée jusque dans les années 70 la "ceinture des usines", NDLR) qui lui ont permis de remporter l’élection présidentielle. Trump doit tenir ses promesses vis-à-vis de ces gens qui ont souffert du déclin du tissu industriel classique.

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Le protectionnisme sera-t-il?
S’il décide de mettre en œuvre ces menaces, il s’en prendra d’abord au Mexique, qui est un partenaire plus faible que la Chine. Il glanera quelques centaines d’emplois qui seront rapatriés, mais pas les dizaines de milliers qu’il a promis. S’il déclenche une guerre commerciale, ce sont au contraire des milliers d’emplois qui seront menacés. Je penche plutôt pour un autre scénario, plus optimiste, qui est celui de la relance par l’investissement dans des infrastructures. Ce serait un coup de pouce pour les secteurs sinistrés.

"Wall Street parie sur une relance par les grands travaux d’infrastructures."

Pourquoi Wall Street boit-il du petit-lait à chacune des déclarations de Trump?
Wall Street parie clairement sur une relance par l’investissement plutôt que sur le protectionnisme. Le programme expansionniste de Trump dopera la croissance. Comme l’économie américaine est déjà quasiment en plein-emploi, des pressions inflationnistes se manifesteront. Ce qui poussera la Réserve fédérale à relever ses taux. Mais comme le mandat de Janet Yellen arrive à échéance en 2018, Trump ne manquera pas de la remplacer par quelqu’un de plus proche de ses idées.

La politique de Trump pourrait-elle faire des émules en Europe?
Le discours protectionniste pourrait trouver un certain écho en France, et pas seulement chez Marine Le Pen d’ailleurs. Mais je ne vois pas l’UE se lancer dans une telle aventure.

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Comment l’Europe doit-elle réagir aux provocations verbales de Trump?
Si on s’en tient à une lecture positive, on peut y voir une manière d’inviter l’Europe à prendre ses responsabilités. Que ce soit Poutine, Erdogan, le Brexit ou Trump, tous nous rappellent à des degrés divers que l’Union, si elle veut assurer sa survie, devra faire des efforts, notamment en matière de défense.

André Sapir, professeur d'économie à l'ULB. ©Frank Toussaint


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