Antony Blinken, un francophone pour diriger la diplomatie de Joe Biden

Antony Blinken va diriger la diplomatie américaine durant les quatre prochaines années. ©AFP

Joe Biden a choisi l’un de ses proches, le diplomate Antony Blinken, à la tête du département d’État. La nomination de ce francophone démontre que Biden veut tourner le dos à la diplomatie de Donald Trump.

Sur la fameuse photo de la salle de crise de la Maison-Blanche, prise le 2 mai 2011 au moment où Barack Obama suit en direct le raid destiné à éliminer Oussama Ben Laden, on se souvient des visages tendus de l’ex-président américain, de celui de son vice-président, Joe Biden, et de celui de sa secrétaire d’État, Hillary Clinton. Un autre personnage sur cette photo va devenir visage familier à travers le monde: il s’agit d’Antony Blinken, alors conseiller adjoint à la Sécurité nationale sous l’administration Obama.

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Près d’une décennie plus tard, le président élu Joe Biden a annoncé lundi les noms de ceux qui occuperont les postes les plus importants de son administration. Et ce malgré un processus de transition bloqué de facto par l’administration sortante. Donald Trump refuse toujours d’admettre sa défaite.

Antony Blinken sera nommé secrétaire d’Etat, l’un des postes les plus prestigieux du gouvernement aux États-Unis. Ce choix signale que le démocrate souhaite voir un homme de confiance diriger la diplomatie américaine. Les deux hommes, des centristes pragmatiques, se côtoient depuis plus de 20 ans. Pendant la campagne présidentielle, c’est lui qui a conseillé le candidat Biden sur les questions de politique étrangère.

Diplomate de carrière, fils et neveu de diplomates, Antony Blinken fait partie du Conseil de sécurité nationale du président Bill Clinton entre 1994 et 2001 avant de démissionner pour travailler à la commission des affaires étrangères du Sénat, dirigée à l’époque par Joe Biden. Quand celui-ci devient vice-président, en 2008, il en fait son conseiller à la sécurité nationale. 

Francophone

Barack Obama, impressionné par son travail, le nomme ensuite conseiller adjoint à la sécurité nationale puis numéro 2 du département d’État de John Kerry aux côtes duquel il négocie l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. "Il est remarquable", a déclaré Barack Obama au Washington Post lundi. "Intelligent, bienveillant, un diplomate de talent, très bien vu de par le monde."

Ce père de famille de 58 ans parle couramment le français. Son beau-père était Samuel Pisar, un avocat et écrivain franco-américain qui fut l’un des plus jeunes survivants de la Shoah. Antony Blinken a vécu et étudié à Paris, au lycée international Jeannine Manuel puis à la fac de droit, avant de terminer son éducation aux États-Unis où il décroche des diplômes à Harvard et à l’école de droit de l’université Columbia. 

Ces dernières années, il a vivement dénoncé la diplomatie de Donald Trump basée sur le rapport de force. Lui est plutôt pour un retour à l’ère Obama, c’est-à-dire pour une diplomatie basée sur le multilatéralisme et des organisations internationales solides. L’Union européenne, aux yeux d’Antony Blinken, est ainsi un allié qui doit rester fort, et ce dans l’intérêt de la relation transatlantique. Reste à savoir s’il parviendra à redonner confiance à des partenaires mondiaux échaudés par quatre ans d’isolationnisme.

Droits de l’Homme

Dans un entretien donné à France 24 en juin 2017, il confiait: "sous l’administration Obama, nous avions la conviction qu’il y avait des solutions gagnant-gagnant où tout le monde pouvait enregistrer un succès et un progrès. Pour le président Trump, il n’y a que des questions à sommes nulles, où il faut un gagnant et un perdant."

Anthony Blinken considère que les États-Unis ont un rôle crucial à jouer dans le monde pour promouvoir la démocratie et les droits de l’Homme. C’est pour cette raison qu’il s’était prononcé pour des frappes en Syrie en 2013, quand le régime de Bachar al-Assad avait été accusé d’avoir utilisé des armes chimiques, une ligne rouge formulée par Barack Obama qui avait finalement renoncé à toute intervention. 

La fin de la diplomatie de "l’Amérique d’abord" de Donald Trump et le retour à l’ère Obama se constate dans les autres choix annoncés lundi par Joe Biden. Son ami John Kerry, l’ex-chef de la diplomatie américaine, fait son grand retour en tant que représentant spécial pour le climat. Jake Sullivan, qui a travaillé avec Hillary Clinton au département d’État, devient conseiller à la sécurité nationale à seulement 43 ans. 

La future administration Biden fait aussi place à la diversité. Alejandro Mayorkas, né à Cuba, est le premier Hispanique nommé au ministère de la Sécurité intérieure. Il aura donc pour responsabilité de mettre en œuvre la politique migratoire des États-Unis. Avril Haines, ex-numéro 2 de la CIA et vice-conseillère à la sécurité nationale de Barack Obama, sera la première femme directrice du Renseignement national. Et la diplomate afro-américaine chevronnée Linda Thomas-Greenfield deviendra ambassadrice américaine à l’ONU. 

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