Avec Yellen, Biden espère une relance budgétaire forte

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Janet Yellen, annoncée au poste de secrétaire au Trésor, devrait porter le plan de soutien budgétaire important souhaité par le nouveau président américain.

Janet Yellen devrait être la prochaine secrétaire au Trésor des États-Unis. D'après plusieurs médias américains, le président élu Joe Biden devrait l'annoncer officiellement dans les prochains jours. L'ancienne présidente de la Réserve fédérale (Fed), la banque centrale des États-Unis, deviendait ainsi la première femme à occuper ce poste équivalent à celui de ministre des Finances chez nous. Il faudra encore que Yellen reçoive l'assentiment du Sénat pour occuper ce poste clé de l'administration américaine mais même si la haute assemblée est actuellement à majorité républicaine, on compte plusieurs partisans de l'ex-banquière centrale parmi les membres du Grand Old Party, ce qui devrait faire pencher la balance en sa faveur.

"Alors que la pandémie affecte toujours sérieusement l'économie, nous devons poursuivre un soutien budgétaire extraordinaire."
Janet Yellen
En octobre 2020

En optant pour ce profil bien connu des observateurs de l'économie américaine, Biden lance un signal clair. Il place à un poste-clé une personnalité qui souhaite ardemment que les pouvoirs publics dépensent davantage pour soutenir une économie qui reste sous le coup des conséquences de la crise sanitaire. Il y a un peu plus d'un mois, Janet Yellen avait déclaré à l'agence Bloomberg qu'"alors que la pandémie affecte toujours sérieusement l'économie, nous devons poursuivre un soutien budgétaire extraordinaire".

Depuis son passage à la Fed, Yellen est considérée comme une "colombe" de la politique monétaire, c'est-à-dire comme une partisane d'un degré élevé d'intervention pour soutenir l'économie et l'emploi, en reléguant les préoccupations relatives à l'inflation au second plan, sans toutefois les perdre de vue. Sous sa présidence, la banque centrale américaine a maintenu un stimulus monétaire important malgré une croissance économique bien présente. La Fed de Yellen avait mis très longtemps avant de resserrer très progressivement sa politique monétaire, compte tenu notamment d'un bref creux économique au premier semestre 2015 puis d'un krach des marchés chinois l'été suivant.

Le Sénat reste la clé

La prochaine secrétaire au Trésor devrait donc se montrer aussi pragmatique en maniant, cette fois, le budget fédéral américain. Les observateurs de la politique aux États-Unis jugent que sa nomination indique que Joe Biden a la ferme intention de déployer un plan de grande envergure.

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Sièges en balance au Sénat américain
Une élection partielle doit avoir lieu en janvier pour deux sièges de sénateurs au Congrès des États-Unis, ce qui sera déterminant pour le sort des mesures budgétaires envisagées par la future administration Biden.

Mais même avec toute son expérience et ses compétences d'économiste, Janet Yellen devra composer avec le Congrès. Tant que la composition du Sénat n'est pas clarifiée (une élection partielle de deux sièges de sénateurs aura lieu en janvier), on ignore si le package budgétaire envisagé par la future administration Biden pourra passer facilement ou s'il faudra négocier pour attirer des voix républicaines...

L'arrivée de Yellen à la tête du Trésor US aura aussi l'avantage de réconcilier l'exécutif et la banque centrale. Jerome Powell, l'actuel président de la Fed, a lui aussi plaidé pour davantage d'intervention budgétaire de l'État américain, tandis que Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor de Donald Trump, a décidé de mettre un terme à des programmes d'aides aux petites entreprises américaines face à la crise. Mnuchin a contraint la Fed de restituer au gouvernement les montants inutilisés de ces programmes, créant une fracture inédite entre les deux institutions. Que ce soit avec Powell à la Fed ou éventuellement avec Lael Brainard à la place de ce dernier si elle lui succédait plus tard comme l'envisagent certains observateurs, Janet Yellen devrait éteindre l'incendie allumé par Mnuchin.

Enfin, sa vision plus multilatérale de l'économie permet aussi d'envisager moins de protectionnisme à l'avenir.

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